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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203118

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203118

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBOUKHELIFA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Boukhelifa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 en tant que la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an renouvelable portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté critiqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le point 2.1.1 de la circulaire du 28 novembre 2012 ne s'oppose pas à la régularisation de sa situation administrative ; il en va de même des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 15 septembre 2002, la clôture d'instruction a été fixée au 15 novembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Luneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne née le 3 juillet 1961 au Plessis-Trévise (France), entrée en France le 5 juin 2016, accompagnée de son fils, né le 19 février 2004, sous couvert d'un visa touristique d'une durée de quatre-vingt-dix jours, a sollicité, le 8 novembre 2021, son admission au séjour sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord

franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 7 mars 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté en tant que la préfète du

Val-de-Marne a refusé de l'admettre au séjour et a prononcé une obligation de quitter le territoire français à son encontre.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " (). / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () ; / 5) Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Mme A soutient qu'elle justifie " d'un lien intense et très particulier avec la France où elle est née et a vécu un quart de siècle " et qu'elle ne peut, ainsi, être regardée comme ne justifiant pas d'une insertion dans la société française. Elle allègue, en outre, que son fils mineur est scolarisé sur le territoire français. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que Mme A, née en France, y a suivi l'intégralité de sa scolarité jusqu'en 1982, y a travaillé du 12 janvier au 11 avril 1984 et s'est vue délivrer un certificat de résidence valable du 11 août 1977 au 10 août 1987, il ressort des écritures de Mme A qu'elle indique avoir quitté la France en 1984 pour se rendre en Algérie où elle s'est mariée et où est né son enfant le 19 février 2004. Si Mme A soutient que son fils est scolarisé sur le territoire français, le certificat de scolarité qu'elle produit, établi le 14 septembre 2020, porte sur la seule année scolaire 2020-2021, soit un an avant la décision attaquée, date à laquelle son fils était devenu majeur. Si Mme A se prévaut de son insertion professionnelle, l'avenant au contrat à durée indéterminée qu'elle produit, conclu avec la SA résidence l'Ile de la Marne, est incomplet. En tout état de cause, la première page de cet avenant indique que " le salarié a été engagé au sein de la société en contrat à durée indéterminée à temps complet, le 1er avril 2022, en qualité d'ASH ", soit postérieurement à la date de la décision attaquée. Mme A ne peut davantage justifier, compte tenu des pièces produites, d'une insertion particulière en France. A cet égard, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, ce qui n'est pas contesté par Mme A, qu'" hormis les aides obtenues du Conseil Départemental, du CCAS de la ville de La Queue en Brie et du Ministère de l'Education Nationale (bourses), elle s'est déclarée de nationalité française auprès des services de la Caisse d'Allocations Familiales des Yvelines et du Val-de-Marne depuis 2016 afin de percevoir régulièrement des prestations (allocation soutien familial, RSA) ". Enfin, la circonstance que les sœurs de Mme A, qui résident en France, auraient la nationalité française, n'est pas suffisante pour considérer que la préfète du Val-de-Marne aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale alors qu'il n'est pas contredit par Mme A qu'elle n'est pas dépourvue de toutes attaches familiales en Algérie où résident trois de ses enfants et un frère. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Il suit de là que les moyens invoqués ne peuvent qu'être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le fils de Mme A, né le 19 février 2004, était majeur à la date de l'arrêté contesté. Or, la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne s'applique pas à un enfant majeur. Il suit de là que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.

6. En troisième et dernier lieu, Mme A ne peut utilement se prévaloir des orientations générales, dépourvues de caractère réglementaire, que le ministre de l'intérieur a adressées aux préfets par la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de cette circulaire doit être écarté. En outre, à supposer que Mme A ait entendu se prévaloir des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au demeurant remplacées par celles de l'article L. 423-23 du même code depuis le 1er mai 2021, ces dispositions sont inapplicables aux ressortissants algériens dont la situation est régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il suit de là que ce moyen ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 mars 2022 en tant que la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien et l'a obligée à quitter le territoire français. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles qu'elle a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

C. RICHEFEU

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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