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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203168

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203168

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBENIFLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 14 mars 2022, enregistrée le 18 mars 2022 au greffe du tribunal administratif de Melun, le président par intérim du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal, en vertu des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B A.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal de Cergy-Pontoise le 1er mars 2022, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 28 février 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai.

Il soutient que :

- les faits qui lui sont reprochés sont inexacts ; il a été interpellé une première fois par les autorités pour défaut de permis de conduire ; depuis 2019, date à laquelle les faits lui sont reprochés, il respecte la loi, ;

- il souhaite rester en France car sa famille y réside, ses enfants y sont scolarisés et il y travaille de manière stable et officielle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022, le préfet des

Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces utiles du dossier en sa possession.

Par un mémoire complémentaire, enregistré au greffe du tribunal administratif de Melun le 16 novembre 2022, M. A, représenté par Me Benifla, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé tout délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou à toute autorité administrative compétente au jour du jugement, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du trentième jour suivant la notification du jugement à intervenir, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Benifla, son avocate, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée, étant précisé que la somme mise à la charge de l'Etat ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État majorée de 50%.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'atteinte portée à sa vie privée et familiale ;

S'agissant de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle n'est pas motivée en fait ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juin 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.

Par une ordonnance du 17 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 décembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Benifla, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité roumaine et moldave, né le 6 mai 1995, a été interpellé, le 28 février 2022, pour défaut de permis de conduire. Par arrêté du même jour, dont le requérant demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () ".

3. D'une part, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, relatifs à la motivation des actes administratifs, à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation de la décision critiquée portant obligation de quitter le territoire français.

4. D'autre part, la décision critiquée, qui vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 251-1 et L. 251-2, énonce ainsi les considérations de droit qui en constituent le fondement. Par ailleurs, en évoquant le parcours de M. A, ses antécédents judiciaires ainsi que sa situation familiale, le préfet des

Hauts-de-Seine, qui n'était pas tenu de reprendre de manière circonstanciée tous les éléments de sa situation personnelle, a exposé avec de suffisantes précisions les considérations de fait sur lesquels il s'est fondé pour prendre la décision attaquée. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire serait entachée d'un défaut de motivation.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. A doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui "

7. M. A, qui soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, se prévaut de son mariage avec une ressortissante roumaine avec laquelle il est parent de deux enfants dont l'ainé est scolarisé, et de ce qu'il justifie d'une adresse stable et d'un emploi lui permettant de subvenir aux besoins de sa famille. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui n'est marié que depuis le 1er novembre 2019, n'est arrivé pour la première fois sur le territoire français qu'en 2019 et qu'il a dû le quitter pendant une année entre 2020 et 2021 en raison d'une précédente mesure d'éloignement prise par le préfet des Yvelines, pour n'y revenir qu'au mois de mars 2021, soit moins d'un an avant la date de la décision attaquée. Par ailleurs, il ressort de ses propres déclarations faites devant les services de police, ainsi que cela ressort du procès-verbal d'audition du 28 février 2022, qu'il est le père d'un autre enfant de sept ans résidant en Roumanie. Enfin, l'intéressé, qui se borne à produire un contrat de travail à durée indéterminée à effet du 3 mai 2021 et deux bulletins de salaire correspondant aux seuls mois d'avril et mai 2022, n'établit pas le caractère stable et durable de l'insertion professionnelle dont il se prévaut. Ainsi, eu égard à l'ancienneté et aux conditions de son séjour en France, et compte tenu de ce qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans et où réside l'un de ses enfants, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Si M. A soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer en Roumanie, pays d'origine du couple, et que ses enfants, dont un seulement est scolarisé en maternelle, ne pourraient être scolarisés dans ce pays. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

10. En cinquième lieu, au vu de la situation décrite aux points 7. et 9. du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, à supposer qu'il ait entendu invoquer un tel moyen.

11. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () / ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () /. L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

12. Il appartient à l'autorité administrative d'un État membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre État membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

13. Pour prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. A, le préfet des Hauts-de-Seine a estimé que son comportement personnel constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société dans la mesure où il a fait l'objet d'une condamnation pour des faits de vol avec violence par un jugement du 21 mai 2019 du tribunal correctionnel de Versailles et qu'il a été interpellé pour des faits de conduite sans permis.

14. Il ressort des pièces du dossier que les faits reprochés à M. A sont matériellement établis. A cet égard, et ainsi que le relève le préfet des Hauts-de-Seine, la requérant a fait l'objet d'une condamnation le 21 mai 2019 par le tribunal correctionnel de Versailles à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours, qu'il a exécutée au centre pénitentiaire de Bois-d'Arcy entre le 21 mai 2019 et le 12 septembre 2019. A cette date, il a fait l'objet de la mise à exécution d'une première décision lui faisant obligation de quitter le territoire français prise par le préfet des Yvelines le 23 août 2019. Ainsi, alors même que les faits reprochés à M. A présentent un caractère isolé, le préfet des Hauts-de-Seine a pu estimer, compte tenu de la nature de ces faits constitutifs notamment d'atteinte aux personnes, et de leur gravité, que son comportement présentait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Il était, ainsi, fondé à prononcer à l'encontre de M. A une décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette mesure constituant non une sanction ayant le caractère d'une punition, mais une mesure de police administrative, M. A ne peut utilement invoquer le principe de la présomption d'innocence dont il bénéficierait, un tel principe ne faisant pas obstacle à ce que le préfet des Hauts-de-Seine considère que les faits pour lesquels il a fait l'objet d'une condamnation à une peine d'emprisonnement ferme sont constitutifs d'une menace pour l'ordre public, indépendamment de leur qualification pénale. En outre, et ainsi qu'il a été dit au point 7. du présent jugement, si M. A justifie être père de deux enfants mineurs dont l'aîné est scolarisé en France, il est également père d'un enfant de sept ans résidant en Roumanie. Par ailleurs, il n'établit pas, par la production d'un contrat à durée indéterminée pour un emploi débutant le 3 mai 2021 et de deux bulletins de paye correspondant aux mois d'avril et mai 2022 d'une insertion professionnelle stable et durable. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait entaché la décision attaquée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale. Il suit de là que ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

Sur la légalité de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

16. Pour refuser à M. A le bénéfice d'un délai de départ volontaire, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur les circonstances que le comportement de M. A constituait une menace pour l'ordre public compte tenu de " la nature des faits commis, de leur répétition et du risque de récidive " et qu'il existait un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet dès lors qu'il avait " explicitement déclaré lors de son audition par les services de police qu'il n'envisageait pas un retour au pays et ne se conformer[ait] donc pas à la mesure d'éloignement ". Il suit de là que, contrairement à ce que soutient M. A, la décision attaquée comporte l'énoncé suffisant des considérations de fait qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation en fait de la décision critiquée ne peut qu'être écarté.

17. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision critiquée ni des pièces versées au dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A.

18. En troisième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7. du présent jugement que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 7. et 9. du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

20. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2. à 14. du présent jugement que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale en raison de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an :

21. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". En application des articles L. 251-6 et L. 251-1 de ce code, pour prononcer une interdiction de circulation sur le territoire français, l'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à la situation des intéressés, notamment la durée de leur séjour en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine.

22. Pour interdire à M. A de circuler sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet des Hauts-de-Seine a estimé qu'" il ne peut justifier de la pérennité et de la durée de sa vie privée et familiale ; qu'il ne peut établir participer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants [et] qu'il n'établit pas être démuni d'attaches personnelles et familiales dans le pays dont il est ressortissant où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans ". Il suit de là que la décision contestée comporte l'énoncé suffisant des considérations de fait qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation en fait de la décision critiquée ne peut qu'être écarté.

23. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision critiquée ni des pièces versées au dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A.

24. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 7., 9. et 14. du présent jugement sur la menace pour un intérêt fondamental de la société que représente la présence de M. A sur le territoire français ainsi que sur sa situation personnelle et compte tenu de ce qu'il a déclaré, " lors de son audition par les services de police qu'il n'envisageait pas un retour au pays et ne se conformer[ait] donc pas à la mesure d'éloignement ", l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaires. Dans ces conditions, il ne peut être reproché au préfet des Hauts-de-Seine d'avoir commis une erreur d'appréciation quant au principe et à la durée de la décision en litige.

25. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7. du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

26. En cinquième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2. à 14. et 19. et 20. du présent jugement que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ne sont pas entachées d'illégalité. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an serait illégale en raison de l'illégalité entachant les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

27. Il résulte de l'ensemble de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 28 février 2022 doivent être écartées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles que M. A a présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des

Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La présidente-rapporteure,

S. C L'assesseur le plus ancien,

B. DUHAMEL

La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2203168

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