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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203247

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203247

vendredi 24 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203247
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantMONAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er avril 2022, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er février 2022 par laquelle le maire de Pécy s'est opposé à sa déclaration préalable déposée le 14 janvier 2022 à fin d'installation d'un relais de téléphonie mobile et d'une clôture sur la parcelle cadastrée section 0A n° 0320 située rue du Lavoir à Pécy ;

2°) d'enjoindre au maire de lui délivrer une décision de non-opposition, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pécy une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation dès lors qu'elle ne précise pas sur quels textes du code de l'urbanisme et du règlement du plan local d'urbanisme elle se fonde ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le terrain d'assiette du projet fait partie d'un milieu essentiellement agricole, qu'il est éloigné des premières maisons du village par une distance d'un peu moins de 200 mètres, que le milieu environnant ne présente pas de caractéristiques susceptibles de lui conférer un intérêt le rendant incompatible avec son projet, et que le projet de la requérante est un pylône treillis métallique qui permet une vue transparente et assurant ainsi la plus grande transparence possible et un impact paysager limité, et de se fondre dans une certaine mesure dans l'environnement.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2024, la commune de Pécy, représentée par Me Monamy, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Free Mobile au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté dès lors qu'il résulte de l'arrêté attaqué qu'il se fonde sur une méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de Pécy assurant la préservation du paysage, à savoir les dispositions de l'article 1. 2. 1 du règlement de la zone A du plan local d'urbanisme ;

- le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté dès lors que le projet de la société pétitionnaire est contraire aux dispositions de l'article UE 1. 2. 1 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme aux motifs que, d'une part, le terrain d'assiette du projet est situé en entrée de village, à 170 mètres du bourg de Pécy, à seulement 670 mètres environ de l'église Sainte-Marie-Madeleine dont le rapport de présentation précise qu'elle doit être mise en valeur au même titre que les autres éléments remarquables du territoire, dans un secteur que le plan local d'urbanisme souhaite particulièrement protéger, que, d'autre part, l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme permet à l'autorité compétente de rejeter la demande d'autorisation lorsque la construction projetée est de nature, par sa situation, à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, y compris lorsque le site ne fait pas l'objet d'une mesure de protection particulière et qu'enfin le pylône, qui mesurera 36 mètres de hauteur, fait partie des pylônes les plus hauts et les plus imposants et sa confrontation visuelle avec un ensemble architectural et historique de premier intérêt et préservé serait de nature à porter atteinte au patrimoine historique, comme l'a relevé l'architecte des bâtiments de France dans son avis du 20 janvier 2022, l'antenne-relais générant un effet de domination incompatible avec la préservation du cadre de vie des habitants de la commune.

Par une lettre du 18 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 8 avril 2024.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 9 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Blanc, conseillère,

- les conclusions de Mme Morisset, rapporteure publique,

- et les observations de Me Monamy, représentant la commune de Pécy.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 1er février 2022, dont la société requérante demande l'annulation, le maire de Pécy s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile à fin d'installation d'un relais de téléphonie mobile (pylône d'une hauteur de 36 mètres) et d'une clôture sur un terrain situé rue du Lavoir. La société Free Mobile demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables ".

3. En l'espèce, la décision en litige, qui se borne à viser le code de l'urbanisme et le plan local d'urbanisme, ne mentionne pas les articles du règlement du plan local d'urbanisme sur lesquels le maire a entendu se fonder pour prendre la décision contestée et ne met pas en mesure la société pétitionnaire de comprendre les considérations de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article A. 4. 2 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux caractéristiques architecturales des façades et toitures des constructions ainsi que des clôtures : " Les constructions à édifier ou à modifier doivent présenter un aspect compatible avec le caractère ou l'intérêt des lieux avoisinants, du site et des paysages. La transformation et l'aménagement des constructions existantes devra en respecter le caractère architectural ".

5. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus de l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de cette autorisation, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

6. Il ressort des mentions de la décision attaquée que la décision d'opposition à déclaration préalable prise par le maire de la commune de Pécy est fondée sur un motif tiré de ce que " le projet est de nature à porter atteinte à la protection de l'environnement visuel du paysage ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est un terrain agricole, dénué de toute construction, situé à environ deux cents mètres de l'entrée de la commune, de sorte que l'environnement immédiat du projet ne présente aucun caractère ou intérêt particulier. Si le projet d'antenne relais en litige présente une hauteur importante de trente-six mètres, il ressort des plans et de la description jointe au dossier de déclaration préalable que la construction du pylône est de type treillis métallique permettant au projet de se fondre dans l'environnement par un effet visuel transparent. Par suite, la société pétitionnaire est fondée à soutenir que le maire de Pécy a commis une erreur d'appréciation en estimant que le projet est de nature à porter atteinte à la protection de l'environnement visuel du paysage.

7. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué, le juge peut procéder à la substitution demandée.

8. Aux termes de l'article A. 1. 2. 1 du règlement du plan local d'urbanisme : " () / Les occupations et utilisations du sol suivantes ne sont admises que si elles respectent les conditions définies : / () / Les constructions et installations qui sont nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière du terrain sur lequel elles sont implantées et qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages () ".

9. La commune de Pécy demande que soit substitué au motif énoncé dans la décision attaquée un autre motif tiré de la méconnaissance de l'article A. 1. 2. 1 du règlement du plan local d'urbanisme. D'une part, la décision litigieuse n'est pas annulée uniquement pour un vice tenant aux motifs qui la fondent, mais également pour une irrégularité de forme. D'autre part, il est constant que le dispositif d'équipements de radiotéléphonie mobile prévu au projet constitue un équipement collectif dès lors qu'il assure un service d'intérêt général destiné à répondre à un besoin collectif de la population. La commune de Pécy fait valoir que l'opposition à la demande de déclaration préalable est justifiée par les dispositions de l'article UE 1. 2. 1 du règlement du plan local d'urbanisme mais se prévaut en réalité des dispositions de l'article A. 1. 2. 1 de ce règlement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le projet de la société pétitionnaire consiste à l'implantation sur 100 m² d'un pylône treillis et d'une clôture sur une parcelle d'environ 17 700 m². Enfin, si le projet d'antenne relais en litige présente une hauteur importante de trente-six mètres, les vues d'insertion du projet dans l'environnement versées au dossier permettent ainsi de constater un impact limité sur le milieu environnant. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet de la société pétitionnaire soit incompatible avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière du terrain sur lequel il est implanté ni qu'il porte atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages. Par suite, cette demande de substitution de motif au titre de l'article A 1. 2. 1 du règlement du plan local d'urbanisme ne peut être accueillie.

10. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 1er février 2022 du maire de Pécy doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

12. Le présent jugement annule l'opposition à déclaration préalable contestée. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée interdisent d'accueillir les conclusions à fin d'injonction pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. Ainsi, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Pécy de délivrer à la société requérante une décision de non-opposition sur la déclaration préalable déposée le 14 janvier 2022 dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Pécy la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la commune de Pécy soit mise à la charge de la société Free Mobile, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 1er février 2022 du maire de Pécy est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Pécy de délivrer à la société Free Mobile une décision de non-opposition à déclaration dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Pécy versera à la société Free Mobile une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Free Mobile est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Pécy présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Free Mobile et à la commune de Pécy.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Blanc, conseillère,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.

La rapporteure,

T. BLANCLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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