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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203254

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203254

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203254
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCPA BOUAZIZ-SERRA-AYALA-BONLIEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er avril 2022 et 12 août 2022, Mme D C, représentée par Me Ayala, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er février 2022 par laquelle le recteur de l'académie de Créteil a prononcé une sanction d'exclusion définitive avec sursis jusqu'au 18 novembre 2022 à l'encontre de son fils E ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle est intervenue en dehors du délai franc d'un mois imparti par les dispositions de l'article D. 511-52 du code de l'éducation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de convocation préalable de la requérante et de son fils dans le délai de 5 jours avant la séance de la commission académique ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de notification préalable des droits de la défense et de la faculté d'accès au dossier disciplinaire en méconnaissance des dispositions de l'article R. 511-32 du code de l'éducation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de débat contradictoire tout au long de la procédure en méconnaissance de l'article D. 511-40 du code de l'éducation ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'il n'est nullement expliqué en quoi les faits reprochés sont avérés ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le handicap de son fils n'a pas été pris en compte ; en outre, elle est disproportionnée par rapport aux faits reprochés à l'élève et à sa situation médicale.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2022, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par lettre du 25 juillet 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture à compter du 16 août 2022.

Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été émise le 1er décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Grand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le jeune E A était élève en classe de première au sein du lycée Pierre Mendès France de Savigny-le-Temple au titre de l'année scolaire 2021/2022. Ayant eu des gestes déplacés envers une camarade le 19 octobre 2021, le conseil de discipline a prononcé le 19 novembre 2021 la sanction d'exclusion définitive avec sursis. Sa mère a fait appel de cette décision auprès du recteur de l'académie de Créteil par courrier du 26 novembre 2021. La commission académique s'est, par un avis du 6 janvier 2022, prononcée en faveur de l'annulation de la décision initiale pour un vice de forme et a proposé la sanction d'exclusion définitive avec sursis courant jusqu'au 18 novembre 2022. Par une décision du 1er février 2022, dont l'annulation est demandée dans le cadre de la présente instance, le recteur a prononcé la sanction d'exclusion définitive avec sursis dont le délai court jusqu'au 18 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 511-52 du code de l'éducation : " Les modalités prévues pour le conseil de discipline de l'établissement ou le conseil de discipline départemental en matière d'exercice des droits de la défense par les articles D. 511-31, D. 511-32 et D. 511-38 à D. 511-40 sont applicables à la commission ainsi que les dispositions du deuxième alinéa de l'article D. 511-42, à l'exception de sa dernière phrase. / La commission émet son avis à la majorité de ses membres. / La décision du recteur d'académie intervient dans un délai d'un mois à compter de la date de réception de l'appel ".

3. Si les dispositions précitées de l'article D. 511-52 du code de l'éducation prévoient que la décision du recteur d'académie intervient dans un délai d'un mois à compter de la date de réception de l'appel formé contre la décision prise par le conseil de discipline, ce délai n'est pas prescrit à peine de nullité. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise les articles D. 511-12 et suivants du code de l'éducation relatifs au régime disciplinaire, le règlement intérieur de l'établissement en cause et reprend les faits reprochés au fils de la requérante, à savoir des gestes déplacés à l'encontre de sa camarade constitués de chatouilles sur le ventre, la poitrine et les hanches. En outre, contrairement aux allégations de la requérante, la circonstance que cette décision ne précise pas les raisons pour lesquelles les faits ont été considérés comme matériellement établis ne saurait faire regarder sa motivation comme étant insuffisante. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article D. 511-52 du code de l'éducation : " Les modalités prévues pour le conseil de discipline de l'établissement ou le conseil de discipline départemental en matière d'exercice des droits de la défense par les articles D. 511-31, D. 511-32 et D. 511-38 à D. 511-40 sont applicables à la commission ainsi que les dispositions du deuxième alinéa de l'article D. 511-42, à l'exception de sa dernière phrase. / La commission émet son avis à la majorité de ses membres. / La décision du recteur d'académie intervient dans un délai d'un mois à compter de la date de réception de l'appel ". Aux termes de l'article D. 511-31 du code de l'éducation : " Le chef d'établissement convoque par pli recommandé ou remise en main propre contre signature, au moins cinq jours avant la séance, dont il fixe la date : / 1° L'élève en cause ; / 2° S'il est mineur, son représentant légal ; / 3° La personne éventuellement chargée d'assister l'élève pour présenter sa défense. / Il convoque par tout moyen, y compris par télécopie ou par courrier électronique, au moins cinq jours avant la séance, les membres du conseil de discipline ainsi que : / 1° La personne ayant demandé au chef d'établissement la comparution de l'élève ; / 2° Les témoins ou les personnes et, s'ils sont mineurs, leur représentant légal susceptibles d'éclairer le conseil de discipline sur les faits motivant la comparution de l'élève ". Et aux termes de l'article D. 511-32 du code de l'éducation : " Le chef d'établissement précise à l'élève cité à comparaître les faits qui lui sont reprochés et lui fait savoir qu'il peut présenter sa défense oralement ou par écrit ou en se faisant assister par une personne de son choix. Si l'élève est mineur, cette communication est également faite à son représentant légal afin qu'il puisse produire ses observations. / Les membres du conseil de discipline, l'élève cité à comparaître, son représentant légal et la personne éventuellement chargée de l'assister pour présenter sa défense peuvent prendre connaissance du dossier auprès du chef d'établissement. / Le représentant légal de l'élève et, le cas échéant, la personne chargée de l'assister sont informés de leur droit d'être entendus, sur leur demande, par le chef d'établissement et par le conseil de discipline ".

6. La requérante soutient que la décision attaquée est entachée de vices de procédure en l'absence de convocation préalable de la requérante et de son fils dans le délai de 5 jours précédant la séance de la commission académique, en l'absence de notification des droits de la défense et de la faculté d'accès au dossier disciplinaire et en l'absence de débat contradictoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'une convocation a bien été adressée à la requérante et à son fils par lettre recommandée avec accusé de réception du 16 décembre 2021 et que la première présentation des deux plis a eu lieu le 17 décembre 2021 au domicile de la requérante. Si ces deux plis ont été retournés à l'administration le 6 janvier 2022 avec la mention " pli avisé et non réclamé ", ils sont réputés avoir été régulièrement notifiés à la date de leur première présentation le 17 décembre 2021. En outre, il ressort explicitement des termes des courriers que les exigences de l'article R. 511-32 ont été respectées dès lors que la requérante et son fils ont bien été informés de la possibilité de présenter des observations et de prendre connaissance du contenu du dossier. Par suite, les moyens tirés de l'existence de vices de procédure doivent être écartés.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 511-13 du code de l'éducation : " I.- Dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l'éducation, les sanctions qui peuvent être prononcées à l'encontre des élèves sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° La mesure de responsabilisation ; / 4° L'exclusion temporaire de la classe. Pendant l'accomplissement de la sanction, l'élève est accueilli dans l'établissement. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; / 5° L'exclusion temporaire de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; / 6° L'exclusion définitive de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. / Les sanctions prévues aux 3° à 6° peuvent être assorties du sursis à leur exécution dont les modalités sont définies à l'article R. 511-13-1. / () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un élève ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis et constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

8. Il ressort des pièces du dossier que le jeune E a lui-même, dans un témoignage rédigé par ses soins peu après les faits, reconnu avoir commis des " guillis " à sa camarade. S'il tend à minimiser les faits commis, le rapport d'incident rédigé le 19 octobre 2021 par la proviseure-adjointe du lycée établit le caractère plus large des attouchements et le traumatisme de la victime. Si l'intéressé n'a pas nécessairement mesuré la portée de tels attouchements, compte tenu de ses troubles autistiques, le psychologue qui suit le jeune E précise qu'il convient de maintenir un cadre à l'élève et qu'il ne faut pas accepter les débordements et comportements hors-norme. Il a également indiqué que l'élève ne peut se retrancher derrière son profil différent pour être excusé à chaque erreur qu'il commet. Ainsi, eu égard à la gravité de ses actes et à l'existence de sanctions disciplinaires antérieures, c'est sans disproportion que la sanction d'exclusion définitive avec sursis dont le délai court jusqu'au 18 novembre 2022 a pu être prononcée à son encontre.

9. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 1er février 2022 du recteur de l'académie de Créteil. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Jeannot, première conseillère,

Mme Blanc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

La rapporteure,

F. BLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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