mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2203538 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre DALO |
| Avocat requérant | LECLERCQ-CAMBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 avril 2022, Mme A C, représentée par Me Leclercq-Cambier, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 3 750 euros, sauf à parfaire, en réparation du préjudice lié à l'absence de relogement qu'elle estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 3 750 euros, sauf à parfaire, en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- par une décision du 9 septembre 2019, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ; par une ordonnance du 15 mars 2021, le tribunal a enjoint à l'autorité préfectorale de lui attribuer un logement de type T1 ; faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- l'intéressée a droit à l'indemnisation du préjudice tiré des troubles aux conditions d'existence et du préjudice moral qu'elle a subi, car elle court le risque de devenir sans abri du fait de la mise en vente du logement qu'elle occupe.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 avril 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requérante a bénéficié d'une proposition pour un logement, attribué à un autre demandeur, le 9 octobre 2020 ;
- la requérante ne fournit aucun élément complémentaire concernant la vente du bien qu'elle occupe à part un compromis de vente vierge et non signé, bien dont elle est d'ailleurs une des propriétaires ;
- si la vente venait à avoir lieu, le produit de cette vente permettrait à la requérante de bénéficier d'un autre logement par ses propres moyens ;
- la requérante n'a pas renouvelé sa demande de logement social, a été radiée du fichier des demandeurs de logement social et par conséquent ne peut voir son éventuel préjudice indemnisé que jusqu'au 1er novembre 2022, date de non-renouvellement de sa demande de logement social.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision rectifiée le 8 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.
L'instruction a été clôturée après appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence dans un logement de type 1, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 9 septembre 2019 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne. Saisi par l'intéressée, le tribunal a, par une ordonnance n° 2004226 du 15 mars 2021, prise sur le fondement du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code, enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'assurer le relogement de l'intéressée, conformément à la décision de la commission de médiation, avant le 1er juin 2021. En l'absence de relogement, Mme C a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 2 février 2022, par la préfète du Val-de-Marne qui l'a rejetée implicitement. Par la requête susvisée, Mme C demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 7 500 euros en réparation des troubles dans les conditions d'existence et préjudice moral qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de relogement.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
3. En premier lieu, par une décision du 9 septembre 2019, Mme C s'est vue reconnaître un droit au logement opposable pour un premier motif tiré de ce qu'elle est " Dépourvue de logement/Hébergée chez un particulier ". Toutefois, l'appréciation de la situation des demandeurs hébergés par un parent, au titre de l'obligation alimentaire réciproque prévue par les dispositions des articles 205 et 207 du code civil, doit tenir compte notamment de leurs degrés d'autonomie, de leurs âges, de leur situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portée à la connaissance du juge.
4. En l'espèce, Mme C soutient sans être contredite qu'elle est hébergée par sa mère, ascendant débiteur à son égard d'une obligation alimentaire, dans la maison de ses parents sis 31 rue Pierre Loti à Villeneuve-le-Roi, depuis plusieurs années. Toutefois, aucun élément versé au dossier ne permet de considérer que les conditions de cohabitation dans le logement hébergeant la requérante étaient difficiles. Par suite, compte tenu de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance du tribunal, Mme C ne peut être regardée comme pouvant prétendre à un droit à la réparation de son préjudice au titre de telles conditions d'hébergement.
5. En deuxième lieu, Mme C fait valoir qu'elle est dépourvue de logement dès lors que son père étant décédé, sa mère a été contrainte de vendre le logement dans lequel elle était accueillie. Toutefois, s'il résulte de l'instruction que le père de la requérante est décédé le 19 avril 2021, et que le projet de compromis de vente de cet immeuble a été trouvé avec les consorts B et qu'il devait être réitéré devant notaire avant le 6 janvier 2022, aucun élément versé au dossier ne permet de considérer que la requérante a quitté les lieux à la date du présent jugement.
6. En troisième lieu, dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'avait pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard notamment de ses capacités financières et de ses besoins.
7. En l'espèce, par la décision du 9 septembre 2019, Mme C s'est vue reconnaître un droit au logement opposable pour un second motif tiré de " l'Attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral ".
8. Mme C verse au dossier un projet de compromis de vente concernant le bien qu'elle occupe. S'il ressort de ce document qu'un état établi par la structure AMK révèle la présence de matériaux ou produits de construction contenant de l'amiante et indique leur localisation et leur état de conservation, cette circonstance, à elle-seule, ne permet pas de considérer que le logement occupé par la requérante serait impropre, insalubre ou dangereux au sens de la loi. En revanche, il ressort du projet de compromis de vente que le diagnostic de l'installation intérieur de gaz établi par la structure AMK met en évidence un risque pouvant compromettre la sécurité des personnes. Dans ces conditions, le logement occupé par Mme C doit être regardé comme n'étant pas adapté aux besoins de la requérante.
9. En quatrième lieu, il ressort de l'attestation de renouvellement régional de la demande de logement social de Mme C que cette dernière a déposé initialement sa demande de logement social le 20 novembre 2013. En défense, la préfète du Val-de-Marne fait valoir que Mme C doit être regardé comme ayant renoncé au bénéfice de l'ancienneté de sa demande de logement social à compter du 1er novembre 2022, en raison du non-renouvellement de sa demande de logement social. Toutefois, cette seule circonstance ne suffit à établir l'existence d'une volonté de renoncer au droit au logement opposable qu'elle tient de la décision du 9 septembre 2019. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C aurait manifesté une telle volonté, ni qu'elle aurait adopté un comportement de nature à faire obstacle à l'exécution de cette décision. Ainsi, la préfète du Val-de-Marne n'est pas fondée à soutenir qu'elle serait déliée de son obligation de reloger la requérante au-delà du 1er novembre 2022.
10. En cinquième et dernier lieu, la préfète du Val-de-Marne fait valoir que si la vente venait à avoir lieu, le produit de cette vente permettrait à Mme C de bénéficier d'un autre logement par ses propres moyens. Toutefois, il n'est pas établi que compte tenu de la dissolution du régime matrimonial des parents de la requérante, du partage du prix de vente entre les héritiers et des droits de mutation, Mme C pourrait accéder à un logement dans les conditions du marché en raison des liquidités qu'elle tirerait de l'héritage de son père.
En ce qui concerne la réparation du préjudice :
11. Il résulte de tout ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur et de la durée de cette carence, soit 45 mois après la naissance de l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence et du préjudice moral en condamnant l'Etat à verser à la requérante une somme de 950 (neuf cents cinquante) euros.
Sur les frais d'instance :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C une somme de 950 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
S. DELMAS
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026