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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203571

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203571

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 8 et 21 avril 2022, Mme B A C, représentée par Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :

- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance des 1° et 4° de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un défaut de base légale ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le délai de départ volontaire :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire sur laquelle elle est fondée ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public ;

- et les observations de Me Simon.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A C, ressortissante congolaise née en 1986, est entrée en France, selon ses déclarations, en juillet 2011. Elle a sollicité, le 19 janvier 2022, son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 7 mars 2022, dont l'intéressée l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". En vertu de l'article L. 435-1 de ce code : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

3. Mme A C soutient qu'à la date du refus de titre de séjour contesté, elle résidait habituellement en France depuis plus de dix ans, de sorte que la préfète était tenue de saisir la commission du titre de séjour en application des dispositions précitées. Cependant, les pièces versées ne sont pas de nature à établir sa présence effective et continue en France depuis plus de dix ans à la date du 7 mars 2022, notamment au titre de l'année 2019, pour laquelle l'intéressée ne produit que deux courriers d'EDF. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Mme A C soutient qu'entrée en France en 2011, elle justifie d'une durée de présence de plus de dix ans sur le territoire, où résident sa mère et sa sœur, et se prévaut de sa relation avec un ressortissant français depuis cinq années. Cependant, d'une part, si les documents produits par l'intéressée permettent de justifier de sa présence en France sur plusieurs périodes depuis 2012, ils ne permettent pas, ainsi qu'il a été dit au point 3, d'établir avec certitude que Mme A C a été présente sur le territoire français de manière continue depuis cette date, notamment au titre de l'année 2019. D'autre part, si la requérante se prévaut de son concubinage avec un ressortissant français depuis 2015, et verse à cet égard une attestation d'hébergement rédigée par ce dernier, ingénieur, plusieurs témoignages de proches, un courrier attestant de l'ouverture d'un compte-joint, ainsi que des factures et courriers libellés à leurs deux noms et à la même adresse, il ressort des pièces du dossier que les intéressés ont clôturé leur compte bancaire commun au plus tard en 2020, que Mme A C a sollicité à deux reprises une aide alimentaire du département au cours de l'année 2021, et que le projet de pacte civil de solidarité dont elle se prévaut a seulement été déposé en mairie et n'a pu aboutir faute pour l'intéressée d'obtenir un certificat de célibat des autorités consulaires congolaises. A cet égard, elle n'établit pas les difficultés administratives dont elle se prévaut pour expliquer l'abandon de ce projet initié en 2017. En outre, la demande d'avenant au contrat de bail de leur lieu de résidence, établi au seul nom de son compagnon, pour y faire figurer son nom est postérieure à la décision contestée. La requérante n'établit ni ne se prévaut par ailleurs des liens l'unissant à sa mère, dont elle n'établit au demeurant pas la présence en France, et à sa sœur, de nationalité française. Elle ne conteste pas être dénuée d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans au moins, et où réside à tout le moins son frère. Elle n'apporte, enfin, aucun élément justifiant d'une intégration sociale ou professionnelle particulière dans la société française. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, la préfète du Val-de-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de son refus ou des buts qu'elle a poursuivis, et n'a donc méconnu ni les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par un étranger qui n'est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Les dispositions précitées de l'article L. 435-1 laissent enfin à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir.

8. D'une part, si la requérante soutient que la préfète n'a pas expressément mentionné l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort sans ambiguïté des termes de l'arrêté attaqué que la préfète a examiné la situation de la requérante au regard des critères de l'admission exceptionnelle fixés par cet article.

9. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, Mme A C n'établit pas que sa situation personnelle ou familiale répondrait à des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète du Val-de-Marne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation ou méconnu ces dispositions, en refusant de l'admettre au séjour en France à titre exceptionnel.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

11. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles cités par le 1° de cet article L. 423-13 et auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non du cas de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Pour les motifs précédemment indiqués, Mme A C ne remplissait pas les conditions la rendant éligible à la délivrance d'un titre sur le fondement de l'article L. 423-23. Ainsi, la préfète n'était pas tenue de soumettre sa demande de titre de séjour à la commission du titre de séjour avant de la rejeter. Le moyen tiré du défaut de consultation de cette commission doit, par suite, être écarté.

12. Enfin, compte tenu des éléments précédemment exposés, Mme A C n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme A C ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Mme A C n'est pas davantage fondée à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision fixant un délai de départ volontaire, prise sur son fondement, serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.

16. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

17. La requérante n'établit ni même n'allègue avoir demandé à bénéficier d'un délai supplémentaire, ni avoir fait état de circonstances particulières autres que celles qu'il avait fait valoir lors de sa demande de titre de séjour. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait insuffisamment motivé sa décision en ne lui accordant pas un délai de départ volontaire supérieur au délai de droit commun. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète aurait, dans les circonstances de l'espèce, commis une erreur manifeste d'appréciation en n'accordant pas à l'intéressée, à titre exceptionnel, un délai de départ supérieur à trente jours.

18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 mars 2022. Il convient également de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressé au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

M. D

La présidente,

I. BILLANDON

Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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