jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2203601 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CISSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 avril 2022, Mme C A, représentée par Me Cisse, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de regroupement familial prise par le préfet de Seine-et-Marne le 15 septembre 2021 ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, sous astreinte, de faire droit à sa demande de regroupement familial ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés pour sa défense, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- sa demande fut déposée le 30 décembre 2019 et n'a toujours pas reçu une réponse ; l'attestation de dépôt de l'OFII a été reçue très tardivement, le 15 mars 2021, en violation l'article R. 434-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- une décision implicite de rejet est donc née le 15 septembre 2021 ;
- les mentions figurant au bas de l'attestation de l'OFII n'étant pas régulières, aucun délai de recours ne saurait lui être opposé de telle sorte que la présente requête est recevable ;
- la décision litigieuse viole les articles L. 434-7 et R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers puisqu'elle dispose d'un salaire net moyen de 1 300 euros supérieur au SMIC sur un intervalle de plus de 12 mois avant la date de dépôt de la demande mentionnée dans l'attestation de dépôt ;
- la décision querellée viole également les articles L. 434-8 et R. 434-5 du même code puisqu'elle dispose également d'un logement d'une superficie de 60 m², dépassant largement 32 m² qu'exige la loi pour un foyer de 3 personnes ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- elle porte manifestement atteinte aux règles françaises édictées à l'article R. 434-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui exigent le traitement des demandes de regroupement familial dans un délai de 6 mois à compter de la date de réception de l'attestation de dépôt ; pour les mêmes raisons, elle méconnaît l'article 5 paragraphe 4 de la directive 2003/86/CE relative au droit au regroupement familial qui exige le traitement d'un dossier de regroupement familial dans un délai de 9 mois maximum ;
- enfin, la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en observation, enregistré le 19 avril 2022, l'Office français de l'immigration e de l'intégration (OFII) conclut à sa mise hors de cause en faisant valoir qu'à ce jour, le dossier est en cours d'instruction auprès de la préfecture de Seine-et-Marne, seule autorité décisionnaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2003/86/CE du 22 septembre 2003 relative au droit au regroupement familial ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Freydefont, rapporteur ;
- les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public ;
- et les observations de Me Cisse, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger fait sa demande auprès des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le préfet territorialement compétent ou, à Paris, le préfet de police en est immédiatement informé. " Aux termes de l'article R. 434-12 du même code : " Au vu du dossier complet de demande de regroupement familial, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration délivrent sans délai une attestation de dépôt de dossier qui fait courir le délai de six mois dont bénéficie l'autorité administrative pour statuer. " Enfin, aux termes de l'article R. 434-26 dudit code : " L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'entrer en France dans le cadre du regroupement familial est le préfet et, à Paris, le préfet de police. Cette autorité statue sur la demande de regroupement familial dans un délai de six mois à compter du dépôt par l'étranger du dossier complet de cette demande. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la demande de regroupement familial ".
2. Il résulte des dispositions précédentes que seule la délivrance par les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), auxquels l'étranger doit avoir adressé sa demande de regroupement familial en application de l'article R. 434-7 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'attestation de dépôt d'un dossier complet de regroupement familial prévue à l'article R. 434-12 fait courir le délai de 6 mois de l'article R. 434-26 au-delà duquel le silence gardé par l'autorité administrative, à savoir le préfet de département, fait naître une décision implicite de rejet de la demande de regroupement familial.
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, ressortissante ivoirienne née le 23 septembre 1989 à Abobo et titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 17 août 2030, a sollicité auprès de l'OFII le 30 décembre 2019 le regroupement familial au bénéfice de son fils, E B, ressortissant ivoirien né le 10 novembre 2016. L'OFII lui a délivré le 15 mars 2021 l'attestation de dépôt mentionnée à l'article R. 434-12 précité et le silence gardé à compter de cette date pendant plus de six mois par le préfet de Seine-et-Marne a fait naître une décision implicite de rejet à compter du 16 septembre 2021. Par la requête susvisée, Mme A demande l'annulation de cette décision préfectorale implicite.
Sur les conclusions de l'OFII tendant à sa mise hors de cause :
4. L'OFII, qui n'est pas l'auteur de la décision contestée par Mme A, est fondé à demander sa mise hors de cause.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, si Mme A invoque la violation des dispositions citées au point 1 de l'article R. 434-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que l'OFII ne lui a remis son attestation de dépôt que le 15 mars 2021, pour une demande adressée en décembre 2019, cette circonstance, pour regrettable qu'elle soit, n'est pas de nature à entacher la décision de refus de regroupement familial d'illégalité.
6. Mme A invoque également la violation des mêmes dispositions en soutenant que son dossier n'a pas été traité dans le délai de 6 mois à compter de la date de réception de l'attestation de dépôt qu'impose l'article R. 434-12 précité. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 3, le silence gardé par l'administration au-delà de ce délai a fait naître une décision implicite de rejet à compter du 16 septembre 2021 qu'il appartenait à la requérante de déférer à la censeure du tribunal administratif compétent sans avoir à attendre, comme elle l'a fait, le 10 avril 2022. Ce moyen sera donc écarté comme inopérant. Il en sera de même du moyen tiré de la violation de l'article 5 paragraphe 4 de la directive 2003/86/CE du 22 septembre 2003 relative au droit au regroupement familial qui exige le traitement d'un dossier de regroupement familial dans un délai de 9 mois maximum.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : () / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. " Aux termes de l'article L. 434-7 du même code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. " Aux termes de l'article L. 434-8 de ce code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième ".
8. Aux termes de l'article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes () ". Enfin, aux termes de l'article R. 434-5 dudit code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : / 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / a) en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes () ".
9. Mme A soulève la violation de ces dispositions en faisant valoir que, d'une part, elle dispose d'un salaire net moyen de 1 300 euros supérieur au SMIC sur un intervalle de plus de 12 mois avant la date de dépôt de la demande mentionnée dans l'attestation de dépôt et que, d'autre part, elle dispose également d'un logement d'une superficie de 60 m², dépassant largement 32 m² qu'exige la loi pour un foyer de 3 personnes situé dans une commune classée en zone A comme l'est Melun.
10. Toutefois, d'une part, Mme A ne justifie pas, au vu des pièces versées au dossier, de ce qu'elle satisfaisait au moment de sa demande en décembre 2019, à la condition de régularité de son séjour imposée par les dispositions de l'article L. 434-2 précité puisqu'elle ne produit qu'une copie de sa carte de résident valable à compter du 18 août 2020. Par suite, le respect des conditions de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas démontré. D'autre part, les bulletins de paie produits ne permettent pas de déterminer le salaire de la requérante sur les douze mois précédant le dépôt de sa demande puisque huit d'entre eux concernent une dénommée Carine Niobly dont il n'est même pas allégué dans la présente requête qu'il s'agirait de la même personne que la requérante. Par suite, au vu des pièces jointes à la requête, la condition de ressources fixée aux articles L. 434-7, L. 434-8 et R. 434-4 n'est pas non plus remplie. Dans ces conditions, quand bien même la condition relative à la superficie du logement de Mme A est satisfaite, l'intéressée ne remplissait pas toutes les conditions cumulatives pour se voir accorder le regroupement familial au bénéfice de M. E B.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées des articles L. 434-2 et suivants et R. 434-4 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. Toutefois, en se contentant d'invoquer la violation de ces stipulations, sans assortir ce moyen d'aucune précision ni d'aucun élément sur sa situation personnelle et familiale, Mme A ne permet au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de regroupement familial doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, laquelle n'est au demeurant pas chiffrée, ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : L'OFII est mis hors de cause.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Freydefont, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.
Le rapporteur,
Signé : C. Freydefont
Le président,
Signé : N. Le Broussois Le greffier,
Signé : G. Ngassaki
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour exécution conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026