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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203626

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203626

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 19 avril 2022, enregistrée le jour même au greffe, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme D.

Par cette requête, enregistrée le 11 avril 2022, et un mémoire enregistré le 10 février 2023, Mme E D, représentée par Me Simon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 10 février 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui verser rétroactivement les allocations pour demandeur d'asile à compter de la date à laquelle leur bénéfice a été interrompu ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente pour en connaître ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée préalablement à l'édiction de la décision ;

- elle n'a pas été informée, dans une langue qu'elle comprend, des conséquences des éventuels manquements à ses obligations de bénéficiaire des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur d'appréciation et d'un défaut d'examen dès lors que l'absence à une seule convocation n'est pas suffisante pour démontrer le caractère intentionnel et systématique de la soustraction aux autorités en charge de l'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 janvier 2023, ainsi qu'un mémoire enregistré le 16 février 2023, qui n'a pas été communiqué, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante tibétaine née en 1987, a sollicité l'asile en France et a accepté, le 12 février 2021, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile. Elle a fait l'objet, le 1er octobre 2022, d'un arrêté de transfert aux autorités suisses, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Versailles. Par une décision du 10 février 2022, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à son profit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme D n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle depuis l'enregistrement de sa requête. En l'absence d'urgence, il n'y a pas lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par une décision du 10 septembre 2021 régulièrement publiée, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a délégué sa signature à Mme B A, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil, à l'effet de signer tous actes, décisions et correspondances se rapportant aux missions dévolues à la direction de Créteil telles que définies par la décision du 31 décembre 2013 portant organisation générale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui prévoit, en son article 8, que " les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l'OFII " et, en son article 12, que " les directions territoriales de l'office et les délégations qui leurs sont rattachées sont : () 9° la direction de Créteil, compétente pour les activités de l'OFII dans les départements de l'Essonne et du Val-de-Marne. Elle dispose d'une délégation à Evry ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée, après avoir visé les articles L. 551-16 et R. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique qu'il est mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme D au motif que l'intéressée n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, en s'abstenant de se rendre aux entretiens personnels concernant sa demande d'asile, les 22 novembre et 10 décembre 2021. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la directrice territoriale de l'OFII de Créteil n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de Mme D avant de prendre la décision litigieuse, au regard notamment de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ". Aux termes de l'article D. 551-16 de ce code : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 551-9 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qu'il y soit mis fin dans les conditions prévues par les articles L. 551-15, L. 551-16 et D. 551-17 à R. 551-23. ". Aux termes de l'article R. 551-23 de ce code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du document intitulé " Offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil ", signé par Mme D le jour de l'enregistrement de sa demande d'asile le 12 février 2021, que cette dernière a été informée, avec le concours d'un interprète dans une langue qu'elle comprend, des conditions et des modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil, ainsi que des éléments devant être portés à sa connaissance conformément aux dispositions précitées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à l'information et de l'absence de notification, dans une langue qu'elle comprend, des modalités de cessation des conditions matérielles d'accueil, ne peut être qu'écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que, par lettre du 5 janvier 2022, la directrice territoriale de l'OFII a informé la requérante de son intention de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile et l'a invitée à faire parvenir ses observations dans un délai de quinze jours, ce qu'elle a d'ailleurs fait préalablement à l'édiction de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes du 3° de l'art L. 551-16 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités () ".

12. Pour décider de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme D, la directrice territoriale de l'OFII s'est fondée sur la circonstance que l'intéressée s'est abstenue de se présenter à deux reprises aux convocations de la préfecture de l'Essonne, les 22 novembre et 10 décembre 2021. L'intéressée, qui reconnaît avoir manqué le premier rendez-vous du 22 novembre 2021, soutient toutefois avoir honoré celui du 10 décembre 2021, de sorte qu'il ne saurait lui être reproché de ne pas avoir respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Cependant, il ressort du document de la préfecture de l'Essonne faisant état de ces convocations, qu'aux côtés de la mention de ce rendez-vous du 10 décembre 2021 figure la mention " Pas venu ", et que l'intéressée n'a pas apposé sa signature à l'endroit prévu à cet effet, contrairement à d'autres rendez-vous qu'elle a honorés. Par ailleurs, si Mme D explique ne pas avoir honoré le rendez-vous du 22 novembre 2021 dès lors que son recours contre l'arrêté de transfert était pendant, cette circonstance ne saurait, à elle seule, être regardée comme un motif légitime l'ayant empêchée de se rendre à cette convocation. Dans ces conditions, Mme D, qui ne justifie pas des manquements qui lui sont reprochés ni qu'elle n'aurait pas été destinataire des convocations précitées, a pu, à bon droit, sans erreur d'appréciation et ni erreur de fait, être regardée comme n'ayant pas respecté les obligations auxquelles elle avait consenti en acceptant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et l'OFII pouvait, en conséquence, y mettre fin.

13. En septième lieu, Mme D, n'établit pas, par les pièces qu'elle produit, et notamment le document attestant de la prise d'un rendez-vous au centre hospitalier sud francilien le 11 mai 2022, au demeurant postérieur à la date de la décision contestée, qu'elle serait dans une situation de particulière vulnérabilité. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la requérante a bénéficié d'un entretien évaluant sa vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile qui n'a pas mis en lumière d'éléments particuliers de vulnérabilité, laquelle avait été évaluée à 1 sur une échelle de 0 à 3. Dans ces conditions, la directrice territoriale de l'OFII n'a pas, par la décision attaquée, inexactement apprécié la vulnérabilité de l'intéressé.

14. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation n'est, au vu de ce qui précède, pas établie.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 10 février 2022. Il convient également de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La demande de Mme D tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est rejetée.

Article 2 : requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

M. C

La présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

C. MAHIEU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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