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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203676

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203676

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHODEZ ROUFIAT AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 avril 2022 et 20 juillet 2022, M. B C, représentée par Me Roufiat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 février 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer à la société Armatures industrielles une autorisation de travail le concernant ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de délivrer l'autorisation de travail qui a ainsi été sollicitée, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision en litige :

- est entachée d'incompétence dès lors que son signataire ne dispose pas d'une délégation de signature régulière, la décision ne mentionnant pas que le chef de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère de la préfecture de la Seine-Saint-Denis agirait par délégation du préfet de Seine-et-Marne ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'erreurs relatives à la date de dépôt de la demande d'autorisation de travail et aux conditions dans lesquelles il a été salarié auprès de la société qui a présenté cette demande ;

- est entachée d'illégalité dès lors que l'ensemble des conditions prévues pour l'obtention d'une autorisation de travail sont remplies ;

- repose sur un motif erroné tiré de ce qu'il a fait l'objet d'une condamnation pénale ;

- la décision de refus de séjour sur laquelle elle se fonde est elle-même entachée d'illégalité dès lors que le préfet qui l'a prise est territorialement incompétent et que cette décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.

Le ministre de l'intérieur a présenté des observations le 25 mai 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet d'une requête enregistrée sous un autre numéro et par un autre requérant.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 8 février 2022 par lequel le préfet de la Gironde a retiré à M. C la carte de séjour pluriannuelle qui lui avait été délivrée et l'a obligé à quitter le territoire français, prononcée par le jugement nos 2210265 et 2208683 du tribunal administratif de Paris, emporte, par voie de conséquence, l'annulation de la décision du 14 février 2022 refusant de délivrer à la société Armatures industrielles une autorisation de travail concernant M. C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Timothée Gallaud, président-rapporteur,

- et les conclusions de Mme Félicie Bouchet, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain, s'est vu délivrer, en qualité de conjoint de français, une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 10 février 2022. A à la suite de la rupture de la communauté de vie avec son épouse, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement. La société Armatures industrielles, qui l'avait embauché antérieurement, a quant à elle sollicité une autorisation de travail le concernant. M. C demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 14 février 2022 prise par délégation

du préfet de Seine-et-Marne et rejetant cette demande d'autorisation de travail.

2. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle repose sur un motif tiré de ce que la demande présentée par M. C, tendant au renouvellement de son titre de séjour sur un autre fondement, a été rejetée et que celui-ci s'est vu obligé à quitter le territoire français. La décision du préfet de Seine-et-Marne doit ainsi être regardée comme étant intervenue en raison de l'arrêté du 8 février 2022 par lequel le préfet de la Gironde a retiré à M. C la carte de séjour pluriannuelle qui lui avait été délivrée et l'a obligé à quitter le territoire français. Il s'en suit que l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté, prononcée par le jugement nos 2210265 et 2208683 du tribunal administratif de Paris, emporte, par voie de conséquence, l'annulation de la décision du 14 février 2022.

3. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens de la requête, la décision du 14 février 2022 refusant de délivrer à la société Armatures industrielles une autorisation de travail concernant M. C doit être annulée.

4. Le présent jugement n'implique pas nécessairement, compte tenu du motif qui le fonde, que l'autorisation de travail concernant M. C soit accordée. En revanche, il implique nécessairement que le préfet de Seine-et-Marne réexamine la demande d'autorisation de travail présentée par la société Armatures industrielles. Il y a lieu de fixer à deux mois le délai dans lequel devra intervenir ce réexamen. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte.

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 14 février 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer à la société Armatures industrielles une autorisation de travail concernant M. C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer la demande d'autorisation de travail présentée par la société Armatures industrielles concernant M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Copie pour information en sera transmise au préfet de la Seine-Saint-Denis, au préfet de police et à la société Armatures industrielles.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Marine Robin, conseillère,

Mme Héloïse Mathon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

T. GallaudL'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

M. ALa greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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