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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203749

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203749

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHENRY-WEISSGERBER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2022, M. B A, représenté par Me Henry-Weissgerber, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 avril 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée : il a une tumeur au cerveau et du diabète ; il n'aura pas accès aux traitements au Pakistan ;

- il ne peut y retourner du fait qu'il aidait les églises chrétiennes ;

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas présenté de mémoire.

Vu :

- le jugement du magistrat désigné du présent Tribunal n°2105290 du 11 juillet 2022 ;

- le titre de séjour délivré à M. A par la préfète du Val-de-Marne valable du 11 novembre 2022 au 10 novembre 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, inscrit sur la liste prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, pour statuer sur les recours dont le présent tribunal est saisi en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 17 mai 2023 en présence de Mme Riellant, greffière d'audience :

- le rapport de M. Guillou, magistrat désigné ;

- les observations de Me Henry-Weissgerber, représentant M. A assisté de M. C, interprète assermenté en langue ourdou, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et produit en outre le titre de séjour en qualité d'étranger malade de M. A et le jugement susvisé du présent Tribunal ;

- les observations de Me Rahmouni représentant la préfète du Val-de-Marne qui conclut au rejet de la requête mais prend acte de la caducité de l'obligation de quitter le territoire français.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais, né le 21 février 1975 à Sialkat (Pakistan), entré en France le 13 mars 2019 selon le relevé des informations de la base de données " TelemOfpra " produit en défense, a sollicité l'asile qui lui a été refusé par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 8 juillet 2020 et le 26 mai 2021 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 30 avril 2021 et le 14 octobre 2021. Par arrêté du 4 avril 2022, la préfète du Val-de-Marne a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 4 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage d'éloigner un étranger du territoire national, de vérifier que cette décision ne peut avoir de conséquences exceptionnelles sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait une éventuelle interruption des traitements suivis en France. Lorsque cette interruption risque d'avoir des conséquences exceptionnelles sur la santé de l'intéressé, il appartient alors à cette autorité de démontrer qu'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays de destination.

3. Il ressort des pièces du dossier que par jugement du 13 juillet 2022 susvisé, le magistrat désigné du présent Tribunal a annulé une précédente obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A en enjoignant à la préfète du Val-de-Marne de saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la situation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement. Dès lors en édictant la décision litigieuse le 4 avril 2022, en obligeant à nouveau M. A à quitter le territoire français, pour les mêmes motifs que ceux figurant au point 5 du jugement précité, la préfète du Val-de-Marne a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées du 9° de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autant plus au demeurant que, postérieurement à la décision attaquée, la préfète du Val-de-Marne a délivré à l'intéressé le titre de séjour susvisé à compter du 11 novembre 2022.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de destination qui est désormais dépourvue de base légale.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 avril 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : J-R GuillouLa greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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