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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203776

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203776

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203776
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSTEPHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 avril 2022, M. D A, représenté par Me Stephan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, compte tenu de son temps de présence en France ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant fixation du pays de destination :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est illégale en raison de l'illégalité des décisions lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mars 2022.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né en 1957, est entré en France le 26 décembre 2001 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 1er octobre 2012, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, alors en vigueur, à laquelle la préfecture de Seine-et-Marne a opposé un refus implicite. Cette décision a été annulée par un jugement n°1303592 du tribunal administratif de Melun du 13 mars 2014, qui a enjoint à la préfète de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de sa situation. A compter du 22 janvier 2015, M. A a été mis en possession de plusieurs titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dont il a sollicité le renouvellement le 19 octobre 2021. Par un arrêté du 11 janvier 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sous trente jours le territoire français, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur le moyen commun aux décisions contestées :

2. Par un arrêté du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour et accessible à tous, le préfet de Seine-et-Marne a donné à M. B, sous-préfet de l'arrondissement de Torcy, délégation de signature aux fins de signer les décisions contestées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 11 janvier 2022 doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la légalité de la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Pour contester le refus opposé par le préfet à sa demande de renouvellement de titre de séjour, M. A soutient qu'il réside en France depuis la fin de l'année 2001 et que sa situation n'a pas changé depuis l'obtention de ses titres de séjour, et se prévaut de son activité professionnelle antérieure d'agent de service. Cependant, s'il est constant que le requérant a notamment bénéficié de plusieurs titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " de 2015 à 2021, et qu'il a travaillé ponctuellement pour plusieurs employeurs dès 2003 en déclarant notamment des revenus pour les années 2012, 2015 à 2018, cette dernière année étant celle de la cessation de ces activités, ces circonstances sont insuffisantes pour caractériser l'existence de liens suffisamment stables et intenses en France, en dépit de plusieurs années de présence sur le territoire. Le requérant n'établit ni même n'allègue être dénué de toute attache personnelle et familiale dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où réside, à tout le moins, son épouse selon ses déclarations. Il ne se prévaut en outre d'aucune autre relation personnelle qu'il aurait nouée en France. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de lui renouveler son titre de séjour, le préfet de Seine-et-Marne, à supposer même qu'il avait été informé de la présence au Sénégal de l'épouse du requérant avant 2021, aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant ne peut qu'être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". En vertu de l'article L. 435-1 de ce code : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

6. D'une part, M. A soutient qu'à la date du refus de titre de séjour contesté, il résidait habituellement en France depuis plus de dix ans, de sorte que le préfet était tenu de saisir la commission du titre de séjour en application des dispositions précitées. Cependant, il n'établit pas avoir sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et il ressort des termes de la décision contestée que le préfet n'a pas examiné sa situation au regard de cet article. Le moyen tiré du vice de procédure dont serait entachée la décision contestée doit, en conséquence, être écarté.

7. D'autre part, il résulte de ces dispositions citées au point 5 du présent jugement que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions de délivrance de plein droit des cartes de séjour citées auxdits articles auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Dès lors que, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 4, M. A ne remplissait pas les conditions lui permettant de bénéficier du renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Seine-et-Marne n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision refusant le renouvellement d'un titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. Compte tenu de ce qui précède, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégales, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation, par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions, de la décision fixant le pays de destination.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Stephan et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressé au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.

La rapporteure,

M. C

La présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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