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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203781

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203781

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantTOMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 avril 2022, M. B A, représenté par Me Tomas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision refusant de lui délivrer un titre de séjour :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- est entachée d'un défaut d'examen ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation dans les conditions d'application de cet article, le préfet ne pouvant lui opposer l'absence de visa.

La décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard notamment à son mariage avec une ressortissante française.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit d'observations en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2022.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- conclusions de M. Philipbert, rapporteur public,

- et les observations de M. A.

M. A a produit une note en délibéré, enregistrée le 7 février 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant mauritanien né en 1994, est entré en France au cours de l'année 2018, et a sollicité le 28 août 2018 son admission au séjour au titre de l'asile. Par une décision du 10 avril 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande, rejet confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 30 juillet 2019. M. A a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français le 12 mai 2020, annulée par le tribunal administratif le 26 février 2021, et a reçu un récépissé valable jusqu'au 7 octobre 2021. Par un arrêté du 13 septembre 2021, dont M. A demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, par arrêté n° 2021/656 du 1er mars 2021 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture et accessible à tous, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à Mme Mireille Larrède, secrétaire générale de la préfecture du Val-de-Marne, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, relevant des attributions de l'Etat dans le département du Val-de-Marne, à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de son arrêté, la préfète du Val-de-Marne a visé les textes applicables à la situation du requérant, notamment les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a également précisé les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle de M. A, en relevant notamment que si l'intéressé s'était marié le 7 mars 2020 avec une ressortissante française, il ne remplissait pas les conditions prévues par l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni de l'arrêté contesté ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A, à l'aune des informations portées à sa connaissance.

5. En quatrième lieu, M. A ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation qui aurait été commise dans l'application de ces dispositions, dès lors que la préfète ne s'est pas fondée sur ses dispositions pour lui refuser un titre de séjour et qu'il n'est pas établi que l'intéressé aurait sollicité un titre de séjour sur leur fondement.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ;2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes de l'article L. 412-1 de ce même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

7. Pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité de conjoint de français, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur les circonstances que l'intéressé ne disposait pas d'un visa de long séjour prévu par les dispositions précitées de l'article L. 412-1, et qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français et d'une vie commune de plus de six mois avec son épouse, au sens des dispositions de l'article L. 423-2. Le requérant, qui ne conteste pas être dépourvu d'un tel visa et qui ne justifie pas, par ailleurs, d'une entrée régulière sur le territoire français, n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les motifs ainsi retenus par la préfète pour s'opposer à la délivrance du titre de séjour sollicité, et établir que cette dernière aurait méconnu ces dispositions, à supposer le moyen soulevé.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a épousé, le 7 mars 2020 à Valenton (Val-de-Marne) une ressortissante française, avec laquelle il réside depuis lors dans la même ville, et que le couple a notamment engagé une démarche de procréation médicalement assistée. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé bénéficie d'un contrat à durée indéterminée de chantier à temps plein, conclu le 2 mars 2021, en qualité de menuisier. Dans ces conditions, alors même que M. A n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, la décision portant obligation de quitter le territoire français a porté au droit au respect d'une vie privée et familiale normale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, et méconnaît, par suite, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête dirigé contre cette décision, que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. L'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'implique pas que la préfète du Val-de-Marne délivre l'intéressé un titre de séjour, ainsi que ce dernier le demande, mais seulement, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, qu'il soit procédé au réexamen de la demande de M. A. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne ou au préfet territorialement compétent de procéder à cet examen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer à l'intéressé, pendant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Tomas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Tomas de la somme de 1 100 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 septembre 2021 de la préfète du Val-de-Marne est annulé en tant qu'il oblige M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la demande de M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressé, pendant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Sous réserve que Me Tomas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Tomas, avocat de M. A, la somme de 1 100 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, Me Tomas et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

La rapporteure,

M. C

La présidente,

I. BILLANDON

Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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