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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203846

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203846

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203846
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDOGAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 17 avril 2022 et 25 décembre 2022, Mme A D, représentée par Me Dogan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente pour en connaître ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la fraude n'est pas établie et que l'ensemble de ses attaches familiales se situe en France où elle est prise en charge par ses enfants ;

- l'arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public,

- et les observations de Me Jannot-Drouin, se substituant à Me Dogan.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante turque née en 1959, est entrée en France le 18 octobre 2013 sous couvert d'un visa touristique valable vingt jours. Au cours de l'année 2019, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Une autorisation provisoire de séjour lui a été délivrée le 8 mars 2019, valable jusqu'au 11 mai 2020. Par un arrêté du 14 mars 2022, dont Mme D demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n°2021/659 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour et accessible à tous, la préfète du Val-de-Marne a donné à M. B C, sous-préfet de Nogent-sur-Marne, délégation de signature aux fins de signer notamment les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français des étrangers résidant dans le ressort de son arrondissement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

4. Mme D soutient que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. D'une part, pour rejeter la demande d'admission au séjour présentée par Mme D, la préfète du Val-de-Marne a relevé que la requérante avait produit un diplôme d'études en langue française (DELF) de niveau A1, alors que " l'intéressée n'a jamais communiqué elle-même avec les agents préfectoraux mais par le truchement de son fils ou de son avocate ", que lors de la présentation de l'intéressée en préfecture le 18 février 2022 " il n'a pas été permis de procéder à un entretien basique avec cette dernière, laquelle ne maitrisant aucunement de façon élémentaire la langue française ", qu'ainsi, le diplôme produit ne permettait pas d'identifier l'intéressée comme en étant la véritable dépositaire et que le document ne pouvait, en conséquence, qu'avoir été obtenu par fraude. Si la requérante conteste l'existence d'une fraude, elle a elle-même déclaré à plusieurs reprises dans ses écritures être " totalement illettrée et analphabète ", alors qu'il ressort du décret n° 2020-1196 du 29 septembre 2020 relatif au diplôme d'études en langue française et au diplôme approfondi de langue française, publié au Journal officiel de la République française n°0239 et accessible à tous, que le DELF A1 comprend notamment une épreuve de compréhension écrite, consistant à répondre à des questionnaires de compréhension portant sur plusieurs documents écrits ayant trait à des situations de la vie quotidienne et une épreuve de production écrite, portant sur la transmission d'informations personnelles et la rédaction de phrases simples. Il ressort ainsi de ces éléments, au demeurant confirmés par les tentatives infructueuses d'échanges avec Mme D à la barre, que la préfète a pu considérer que la production du diplôme en cause ne permettait pas d'identifier l'intéressée comme en étant la véritable titulaire.

6. D'autre part, et en tout état de cause, même à supposer avérée l'absence de fraude, il ressort des termes de la décision contestée que la préfète du Val-de-Marne ne s'est pas fondée sur cette seule circonstance pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme D, dès lors qu'elle a examiné sa situation personnelle. A cet égard, si Mme D fait valoir qu'elle réside en France depuis 2010, qu'elle est veuve et qu'elle est prise en charge par ses enfants majeurs en situation régulière sur le territoire français, où elle est hébergée chez l'un de ses fils, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dans l'obligation d'être prise en charge par ses enfants ni, en tout état de cause, que cette prise en charge ferait obstacle à ce qu'elle retourne dans son pays d'origine. Mme D, entrée en France à l'âge de 53 ans selon ses déclarations, a vécu la majorité de sa vie en Turquie, où elle ne conteste pas que résident ses parents et ses frères et sœurs. En outre, elle n'établit aucune insertion sociale ou professionnelle sur le territoire français, et ne se prévaut d'aucun autre lien privé qu'elle aurait tissé en France. Dans ces conditions, les éléments ainsi exposés de sa situation ne peuvent être regardés comme constituant des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en refusant de délivrer à l'intéressée un titre de séjour.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. A l'appui de son moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la requérante se prévaut des mêmes arguments que ceux exposés à l'appui de son moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en soutenant qu'elle a établi en France le centre de ses intérêts familiaux auprès de cinq de ses six enfants, en situation régulière sur le territoire français. Cependant, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement et alors qu'elle ne produit aucune pièce de nature à établir qu'elle serait dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où elle a vécu la majorité de sa vie, et qu'elle ne démontre pas l'intensité des liens familiaux allégués avec ses enfants, arrivés plusieurs années auparavant sur le sol français, l'arrêté contesté n'a pas porté au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnu les stipulations précitées de l'article 8.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mars 2022. Il convient également de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressé au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.

La rapporteure,

M. E

La présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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