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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203853

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203853

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203853
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantMISSEOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 15 avril 2022 et 7 février 2023, M. D C, représenté par Me Lambert, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande de regroupement familial qu'il avait déposée au profit de son épouse et de son fils ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne d'admettre au séjour son épouse et son fils dans le cadre de la procédure de regroupement familial ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que les dispositions de l'alinéa 10 du préambule de la Constitution de 1946.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 février 2023 :

- le rapport de M. E ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant bangladais né en 1986, a sollicité le 30 août 2021 le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse et de leur fils né en janvier 2021. Par décision du 24 janvier 2022, la préfète du Val-de-Marne a rejeté cette demande. Par la requête précitée, l'intéressé sollicite l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021/3820 du 20 octobre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète du Val-de-Marne a donné à M. A B, chef du bureau du séjour des étrangers, délégation pour signer les décisions accordant et refusant le bénéfice du regroupement familial. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, en particulier la circonstance que le requérant ne dispose pas d'un logement considéré comme normal en ce qui concerne sa superficie, ainsi que la mention des dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1°) Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2°) Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 434-5 du même code : " Pour l'application du 2°) de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : 1°) Présente une superficie habitable totale au moins égale à : a) en zones A bis et A : 22 m2 pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes () ".

5. En l'espèce, pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. C au profit de son épouse et de leur fils, la préfète a relevé que ce dernier ne justifiait pas d'un logement d'une superficie suffisante pour accueillir décemment une famille de trois personnes. Si le requérant soutient que la surface de son logement est de 36 m², il ne produit aucune pièce justificative en ce sens à l'appui de ses allégations. Par ailleurs, s'il produit un contrat de bail signé le 27 juin 2022 pour un appartement dans le 11ème arrondissement de Paris d'une superficie de 34 m², ce contrat est postérieur à la décision contestée alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé résidait alors à Charenton-le-Pont. Par suite, et dès lors que le requérant ne justifie pas d'un logement d'une superficie d'au moins 32 m² à la date de la décision contestée la préfète du Val-de-Marne n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que depuis leur mariage intervenu le 19 août 2014, M. et Mme M. C vivaient séparés, Mme C ayant toujours vécu au Bangladesh. De la même façon, l'enfant du requérant y réside depuis sa naissance le 24 janvier 2021. Dans ces conditions, alors même que M. C réside régulièrement en France, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Dès lors que la décision contestée n'a pas pour effet de séparer M. C de son enfant, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision porterait atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de la préfète du Val-de-Marne doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles au titre des frais de justice doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera délivrée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

P. E La présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,2

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