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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203925

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203925

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203925
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantMADRE JULIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés respectivement le 20 avril 2022, le 26 juillet 2022 et le 11 mai 2023, M. E B et Mme F A, représentés par Me Madre, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 décembre 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne leur a demandé de restituer la carte nationale d'identité et le passeport de leurs fils mineur, C B et le passeport de leur fils mineur D B ainsi que le procès-verbal de carence du 22 mars 2022 pris par le préfet de Seine-et-Marne constatant que les requérants n'ont pas répondu à la convocation ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de délivrer un passeport français à chacun des enfants C et D B et une carte nationale d'identité à C B dans un délai de cinq jours à compter de la notification du présent jugement, assortie d'une astreinte d'un montant de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (le préfet de Seine-et-Marne) le versement à leur conseil, Me Madre, de la somme de 1 800 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B et Mme A soutiennent que :

- la demande de restitution des titres d'identité a été prise par une autorité incompétence ;

- cette demande est insuffisamment motivée ;

- la décision du préfet a été prise selon une procédure irrégulière dès lors que la procédure contradictoire prévue par le code des relations entre le public et l'administration n'a pas été respectée ;

- le préfet a commis une erreur de fait en retenant que la cour d'appel avait adopté la décision de refus de délivrance d'un certificat de nationalité ;

- la décision porte une atteinte grave à la liberté d'aller et venir des enfants et à leur droit à une vie privée et familiale, méconnaît les dispositions des articles 3-1 et 7 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et l'article 7 de la charte des droits fondamentaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation du procès-verbal de carence dès lors que ce procès-verbal n'a pas le caractère d'une décision faisant grief aux requérants.

M. B et Mme A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Potin,

- les conclusions de Mme Salenne-Bellet, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux décisions du 1er octobre 2020, le pôle de la nationalité du tribunal judiciaire de Paris a refusé de délivrer à M. B et à Mme A un certificat de nationalité pour leurs enfants mineurs, C et D. Par une décision du 24 décembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne a demandé à M. B et à Mme A de restituer la carte nationale d'identité et le passeport de l'enfant C et le passeport de l'enfant D. Le 22 février 2022, le préfet de Seine-et-Marne a émis un procès-verbal de carence au motif que les intéressés ne s'étaient pas manifestés. Par la présente requête, M. B et Mme A demandent l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions tendant à l'annulation du procès-verbal de carence du 22 février 2022 :

2. M. B et Mme A demandent notamment l'annulation du procès-verbal de carence émis le 22 février 2022 par le préfet de Seine-et-Marne. Toutefois, la mesure qui se borne à constater que les intéressés n'ont pas répondu à la convocation en vue de la restitution de documents administratifs à la suite d'une décision de refus de délivrance d'un certificat de nationalité française, ne peut être regardée comme ayant le caractère d'une décision faisant grief aux requérants. Par suite, les conclusions dirigées contre un acte qui ne présente pas le caractère d'une décision faisant grief sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 24 décembre 2021 :

3. Aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande. / () ". Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. () ". Aux termes de l'article 29 du code civil : " La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques. () ". Aux termes de l'article 30 du même code : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants ", et aux termes de l'article 31 de ce code : " Le directeur des services de greffe judiciaires du tribunal judiciaire a seul qualité pour délivrer un certificat de nationalité française à toute personne justifiant qu'elle a cette nationalité ".

4. Lorsqu'elle délivre un passeport ou une carte nationale d'identité, l'administration se borne à constater, au vu des documents produits, l'état civil et la nationalité de l'intéressé. Le caractère purement recognitif d'une telle décision de délivrance d'un passeport ou d'une carte nationale d'identité a pour conséquence que l'administration doit, lorsqu'elle est informée que la personne ne dispose plus de cette qualité, rapporter sa décision, sans condition de délai et même en l'absence de fraude.

5. En l'espèce, dès lors que le certificat de nationalité française a été refusé aux enfants B par le tribunal judiciaire de Paris, le préfet était tenu de procéder au retrait des documents d'identité de ces derniers. Le préfet se trouvant en situation de compétence liée pour retirer aux enfants des requérants leurs titres, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de la motivation insuffisante de la décision, de la violation du principe du contradictoire, de l'erreur de fait, de l'atteinte grave à la liberté d'aller et venir des enfants et à leur droit à une vie privée et familiale, et de la méconnaissance des dispositions des articles 3-1 et 7 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux sont, dès lors, inopérants et doivent être écartés.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Mme F A et au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

La rapporteure,

M. Potin

Le président,

J-Ch. GraciaLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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