lundi 14 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2203939 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | HADDAG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 avril 2022, M. B A, représenté par Me Haddag, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 11 janvier 2022 par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;
3°) de mettre à la charge de l'État, outre les dépens, une somme de 1 500 euros à verser à son avocat sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'elle ne mentionne ni les nom et prénom du préfet, ni la qualité du signataire et que le signataire ne pouvait valablement signer cette décision alors que cette dernière appartient à la catégorie des actes pour lesquels une délégation a été donnée à la directrice de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'évoque que la seule séparation du requérant avec son épouse sans faire état des autres liens personnels et familiaux sur le territoire français, de ses conditions d'existence, des efforts fournis pour s'intégrer dans la société française et des liens du requérant avec son pays d'origine ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que le requérant a rejoint le territoire français en 2013 en raison de violences subies dans son pays d'origine, qu'il réside de manière habituelle en France depuis neuf ans et qu'il n'a causé aucun trouble à l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle aura des conséquences irréversibles sur son état de santé ;
S'agissant de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle est fondée ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le système de santé guinéen ne permet pas au requérant de poursuivre un traitement équivalent dans son pays d'origine.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une lettre du 30 mai 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 30 juin 2022 sans information préalable.
Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 20 septembre 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 16 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 2 mai 1975, est entré en France le 14 octobre 2013 selon ses déclarations. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Il demande l'annulation des décisions du 11 janvier 2022 par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".
3. Le requérant soutient que la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'elle ne mentionne ni les nom et prénom du préfet, ni la qualité du signataire et que le signataire ne pouvait valablement signer cette décision alors que cette dernière appartient à la catégorie des actes pour lesquels une délégation a été donnée à la directrice de l'immigration et de l'intégration. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision contestée mentionne, de manière suffisamment distincte, les nom, prénom et qualité de son signataire, M. E D, sous-préfet de l'arrondissement de Torcy alors qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'impose de faire figurer les nom et prénom du préfet de Seine-et-Marne qui n'est pas signataire de la décision litigieuse. D'autre part, le signataire de la décision bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de Seine-et-Marne en date du 19 juillet 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs, notamment à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'État dans l'arrondissement de Torcy, à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions de refus de titre de séjour. Si le requérant soutient qu'une délégation de signature relative aux décisions de refus de séjour a été accordée à la directrice de l'immigration et de l'intégration par arrêté du 10 septembre 2021, il n'établit pas que cette délégation a eu pour effet de priver le sous-préfet de l'arrondissement de Torcy de la possibilité de signer la décision litigieuse en vertu de la délégation qui lui a été consentie. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision de refus de séjour, qui ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne également que le requérant a informé l'administration qu'il était séparé de sa femme, qu'une requête en divorce a été présentée le 11 août 2020, qu'il est sans emploi et ne peut justifier de ressources. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
6. Le requérant soutient que la décision attaquée n'évoque que la seule séparation du requérant avec son épouse sans faire état des autres liens personnels et familiaux sur le territoire français, ni de ses conditions d'existence, ni des efforts fournis pour s'intégrer dans la société française et des liens du requérant avec son pays d'origine. Il soutient également qu'il a rejoint le territoire français en 2013 en raison de violences subies dans son pays d'origine, qu'il réside de manière habituelle en France depuis neuf ans et qu'il n'a causé aucun trouble à l'ordre public. Il soutient enfin que la décision attaquée aura des conséquences irréversibles sur son état de santé. Toutefois, le requérant ne justifie pas résider habituellement sur le territoire français depuis 2013. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ne puisse pas reconstituer sa vie privée et familiale dans son pays d'origine dès lors qu'il est séparé de son épouse et qu'il n'a pas d'enfant à charge. Il ne démontre pas, ni même n'allègue, être dépourvu de liens personnels dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans. Par ailleurs, la seule production d'un certificat de travail d'un mois en qualité d'agent de service hôtelier et d'une attestation de présence aux journées de formation civique ne permettent pas d'établir que le requérant bénéficie d'une situation professionnelle stable et durable et d'une intégration sociale au sein de la société française. Enfin, s'il se prévaut de son état de santé pour justifier la délivrance d'un titre de séjour, il n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants "
8. Le requérant ne saurait utilement se prévaloir de ces stipulations à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour qui ne fixe pas en elle-même le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par suite, le moyen soulevé est inopérant.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions du requérant tendant à l'annulation de la décision lui refusant la délivrance de son titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée.
11. En second lieu, aux termes du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".
12. Si le requérant fait valoir qu'il souffre d'un état de dépression majeur et d'un syndrome post-traumatique le contraignant à suivre un traitement médicamenteux, les pièces du dossier ne permettent pas de regarder son état de santé comme faisant obstacle à son éloignement en application des dispositions précitées.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions du requérant tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions du requérant à fin d'annulation des décisions du préfet de Seine-et-Marne du 11 janvier 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative, 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et R. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Haddag et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Jeannot, première conseillère,
Mme Blanc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.
La rapporteure,
F. CLa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
V. GUILLEMARD
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026