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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204036

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204036

mardi 6 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP LYON-CAEN & THIRIEZ

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. B A, agent contractuel de l’École nationale des ponts et chaussées, qui contestait le non-renouvellement de son contrat à durée déterminée et demandait réparation. Les conclusions en annulation ont été jugées irrecevables car dirigées contre une décision inexistante, M. A ayant lui-même refusé la proposition de renouvellement. Sur la responsabilité, le tribunal a estimé que l’administration n’avait commis aucune faute, le délai de prévenance prévu à l’article 45 du décret du 17 janvier 1986 ayant été respecté et le motif du contrat étant sans incidence sur la légalité du non-renouvellement. La demande indemnitaire a donc été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 avril 2022 et le 25 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Abbes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle, le directeur de l'Ecole nationale des ponts et chaussées a refusé de renouveler son contrat de travail ;

2°) de condamner l'Ecole nationale des ponts et chaussées à lui verser la somme de 7 866 euros au titre des préjudices qu'il a subi ;

3°) de mettre à la charge de l'Ecole nationale des ponts et chaussées une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

En ce qui concerne la décision de rejet de renouveler son contrat de travail :

- le délai de prévenance prévu par l'article 45 du décret du 17 janvier 1986 a été méconnu ;

- le motif de son contrat de travail ne lui a pas été indiqué ;

En ce qui concerne la responsabilité de l'administration :

- le non-respect du délai de prévenance est constitutif d'une illégalité fautive ;

- l'absence d'indication du motif pour lequel il a été recruté est fautif ;

- l'absence de proposition d'un parcours personnalisé dans le cadre d'une recherche d'emploi ni d'autorisation spéciale d'absence sont constitutives d'une faute ;

En ce qui concerne les préjudices :

- il a subi un préjudice d'un montant de 5 619 euros résultant de la privation d'anticiper le non-renouvellement de son contrat ;

- il a subi un préjudice d'un montant de 2 247 euros en l'absence de versement d'une indemnité de fin de contrat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, le directeur de l'Ecole nationale des ponts et chaussées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de renouveler son contrat de travail comme dirigées contre une décision inexistante.

Par ordonnance du 6 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 6 juin 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°84-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rehman-Fawcett,

- et les conclusions de Mme Deleplancque, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, a été engagé à compter du 1er janvier 2017 par l'Ecole nationale des ponts et chaussées en qualité de Technicien en Chimie par un contrat à durée déterminée. A la suite de plusieurs renouvellements, le contrat a pris fin le 31 décembre 2021. Par une demande indemnitaire préalable en date du 20 janvier 2022, il a sollicité le versement de la somme de 5 619 euros au titre du préjudice qu'il a subi en raison du non-respect du délai de prévenance et de 2 247 euros au titre du de son indemnité de contrat. Par une décision expresse en date du 14 mars 2022, la directrice de l'Ecole nationale des ponts et chaussées a rejeté sa demande. M. A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le directeur de l'Ecole nationale des ponts et chaussées a refusé de renouveler son contrat de travail et de condamner l'Ecole nationale des ponts et chaussées à raison des préjudices qu'il estime avoir subi.

Sur la recevabilité :

2. Il ressort des pièces du dossier que par un courriel en réponse en date du 14 décembre 2021 M. A a refusé la proposition de renouvellement de son contrat, par l'Ecole nationale des ponts et chaussées. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle, le directeur de l'Ecole nationale des ponts et chaussées a refusé de renouveler son contrat de travail sont irrecevables comme dirigées contre une décision inexistante.

Sur la responsabilité de l'administration :

3. Toute illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'administration est susceptible de faire l'objet d'une indemnisation, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice en lien direct et certain avec la faute commise.

4. En premier lieu, aux termes de l'article 45 du décret du 17 janvier 1986, alors en vigueur : " Lorsque l'agent non titulaire est recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'administration lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : - huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ; - un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure ou égale à six mois et inférieure à deux ans ; - deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure ou égale à deux ans ; - trois mois avant le terme de l'engagement pour l'agent dont le contrat est susceptible d'être renouvelé pour une durée indéterminée en application des dispositions législatives ou réglementaires applicables. La notification de la décision doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus pour répondre à un besoin permanent est supérieure ou égale à trois ans.

Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux deuxième, troisième et quatrième alinéas sont décomptés compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux effectués avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent. Lorsqu'il est proposé de renouveler le contrat, l'agent non titulaire dispose d'un délai de huit jours pour faire connaître, le cas échéant, son acceptation. En cas de non-réponse dans ce délai, l'intéressé est présumé renoncer à l'emploi. "

5. Il résulte de l'instruction que le requérant a été recruté par contrats successifs du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2021, dès lors l'administration était tenue de respecter un délai de prévenance d'une durée de deux mois et de faire précéder la notification de la décision d'un entretien. Or, il résulte de l'instruction que M. A a, de sa propre initiative, refusé le renouvellement de son contrat pour une durée de trois mois, dès le 23 octobre 2021, puis finalement de participer à l'entretien qui lui avait été proposé, le 14 décembre 2021, par courriel envoyé ce même jour. Il n'est toutefois pas contesté que le délai de prévenance n'a pas été respecté par l'administration. Néanmoins, si M. B soutient qu'il a subi un préjudice du fait de ces illégalités, il résulte toutefois de l'instruction et notamment d'un courriel en date du 23 octobre 2021, que l'intéressé, ainsi qu'il a été dit, avait indiqué ne pas avoir l'intention de renouveler son contrat pour une durée de trois mois. S'il résulte de l'instruction que le refus de M. A était motivé par son désaccord sur la durée et les conditions d'exécution de son contrat, cette circonstance est sans incidence sur l'appréciation du préjudice qu'il allègue résulterait du non-respect du délai de prévenance, qui a seulement pour objet de permettre à un agent public d'anticiper le non-renouvellement de son contrat. Or, M. A étant à l'initiative du non-renouvellement de son contrat, l'absence de délai de prévenance ne lui pas occasionné un préjudice. Par suite, la méconnaissance de l'article 45 du décret du 17 janvier 1986 n'est pas de nature à engager la responsabilité de l'Ecole nationale des ponts et chaussées.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 de la loi du 11 janvier 1984, alors en vigueur : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 du titre Ier du statut général, des agents contractuels peuvent être recrutés dans les cas suivants : 1° Lorsqu'il n'existe pas de corps de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; (). " Aux termes de l'article 3 bis de la loi du 13 juillet 1983, alors en vigueur : " Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents de l'Etat, des régions, des départements, des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont, à l'exception de ceux réservés aux magistrats de l'ordre judiciaire et aux fonctionnaires des assemblées parlementaires, occupés soit par des fonctionnaires régis par le présent titre, soit par des fonctionnaires des assemblées parlementaires, des magistrats de l'ordre judiciaire ou des militaires dans les conditions prévues par leur statut.".

7. Le requérant soutient qu'il n'a pas été informé du motif du recrutement de son contrat, alors qu'il a été recruté, en application des conditions générales de recrutement et d'emploi des personnels contractuels de l'Ecole nationale des ponts et chaussées qui prévoit un recrutement, pour un emploi permanent, pour le remplacement temporaire d'un agent, pour une vacance d'emploi ou un besoin occasionnel ou saisonnier. Or, il résulte de l'instruction et notamment de son contrat en date du 22 décembre 2016, qu'il a été recruté sur le fondement de l'article 4 de la loi du 11 janvier 1984 qui prévoit la possibilité de recruter des agents publics par contrat pour des emplois civils permanents de l'Etat, dès lors, l'intéressé était en mesure de savoir que son recrutement relevait d'un emploi permanent. Dans ces conditions, M. A était informé du motif de son recrutement et la faute alléguée doit être écartée.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 45-1-1 du décret du 17 janvier 1986, alors en vigueur : " I.- L'indemnité de fin de contrat prévue à l'article 7 ter de la loi du 11 janvier 1984 susvisée n'est due que lorsque le contrat est exécuté jusqu'à son terme. Elle n'est pas due si l'agent refuse la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée pour occuper le même emploi ou un emploi similaire auprès du même employeur, assorti d'une rémunération au moins équivalente. / Le montant de rémunération brute globale au-delà duquel cette indemnité n'est pas attribuée est fixé à deux fois le montant brut du salaire minimum interprofessionnel de croissance applicable sur le territoire d'affectation et déterminé dans les conditions prévues à l'article L. 3231-7 du code du travail. / II.- Le montant de l'indemnité de fin de contrat est fixé à 10 % de la rémunération brute globale perçue par l'agent au titre de son contrat et, le cas échéant, de ses renouvellements. / L'indemnité est versée au plus tard un mois après le terme du contrat. / NOTA : Conformément à l'article 4 du décret n° 2020-1296 du 23 octobre 2020, les présentes dispositions s'appliquent aux contrats conclus à compter du 1er janvier 2021. "

9. Il résulte de l'instruction, que par un avenant en date du 9 décembre 2020, le contrat à durée déterminée de M. A a été prolongé du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2021. Il résulte de l'article 45-1-1 du décret du 17 janvier 1986 précité qu'une indemnité de fin de contrat est seulement applicable aux contrats conclus à compter du 1er janvier 2021, dans ces conditions, M. A ne peut pas utilement soutenir qu'il est éligible au versement d'une indemnité de fin de contrat.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède, que M. A n'établit pas que l'administration a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité, dès lors il n'est pas fondé à demander l'indemnisation du préjudice financier et moral subi du fait de l'illégalité des décisions attaquées et de sa perte de rémunération alléguée.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur de l'Ecole nationale des ponts et chaussees.

Délibéré après l'audience du 15 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

M. Rehman-Fawcett, conseiller,

Mme Seignat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2025.

Le rapporteur,

C. Rehman-Fawcett

Le président,

S. DewaillyLa greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne au directeur de l'école nationale des ponts et chaussées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision ;

Pour expédition conforme,

La greffière

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