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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204061

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204061

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantCHARLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 avril 2022, M. B A, représenté par Me Charles, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé en cas d'inexécution ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer le titre de séjour qu'il a sollicité dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, ou subsidiairement, de réexaminer sa demande et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché du vice d'insuffisance de motivation ;

- il méconnaît l'article 133-13 du code pénal ;

- il est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne l'existence d'une menace à l'ordre public ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense malgré une mise en demeure adressée le 22 juin 2023.

Par une ordonnance du 14 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 30 septembre 2023 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massengo,

- et les observations de Me Charles, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1982, déclare être entré sur le territoire français en mai 2016 sous couvert d'un visa court séjour et s'être marié le 26 septembre 2016 avec une ressortissante algérienne titulaire d'un certificat de résidence algérien de dix ans obtenu en mars 2013 et renouvelé en mars 2023. Le 9 novembre 2021, M. A a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ou subsidiairement au titre du pouvoir de régularisation du préfet. Par un arrêté du 22 mars 2022, la préfète du Val-de-Marne a rejeté cette demande, a obligé M. A à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à un telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et qu'il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; /()/ ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. La préfète du Val-de-Marne a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité au motif que la présence de M. A sur le territoire français constituait une menace à l'ordre public compte tenu d'une condamnation pénale à trois ans d'emprisonnement prononcée en 2011 pour des faits de trafics de stupéfiants, et que la situation personnelle et familiale ne justifiait pas la délivrance d'un titre portant la mention vie privée et familiale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France en mai 2016 sous couvert d'un visa espagnol, qu'il s'est marié avec une ressortissante algérienne le 26 septembre 2016 et qu'il réside avec son épouse avec qui la communauté de vie n'a jamais cessé depuis leur mariage. Il ressort également des pièces du dossier que l'épouse de M. A est titulaire d'un certificat de résidence algérien de dix ans depuis le 15 mars 2013, renouvelé le 16 mars 2023, et qu'elle présente une situation professionnelle stable. Par ailleurs, M. A participe à l'éducation de la fille de son épouse, née d'une première union, de nationalité française et qui réside au domicile familial. Dans les circonstances particulières de l'espèce, la préfète du Val-de-Marne a ainsi porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. A au regard du but poursuivi par la décision, et a ainsi méconnu tant les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de refus de délivrance du titre de séjour est entachée d'illégalité et doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions subséquentes.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

7. Le présent jugement implique nécessairement que la préfète du Val-de-Marne fasse droit à la demande de délivrance de titre de séjour dont M. A l'a saisie. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 mars 2022 de la préfète du Val-de-Marne est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à M. A un certificat de résidence algérien d'un an dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Massengo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La rapporteure

C. MASSENGO

La présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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