jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2204119 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | LAROSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 avril et 10 juin 2022, M. D A, représenté par Me Larose, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sans délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
M. A soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté attaqué :
- il a été signé par une autorité incompétente pour ce faire ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il n'a pas été précédé d'un examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;
- il est entaché " d'une erreur de droit " et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er août 2022 à 12 h 00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention conclue entre le gouvernement de la République française et la République de Côte-d'Ivoire, relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 21 septembre 1992 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Leconte a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant ivoirien né en 1991, est entré en France le 24 mars 2018 muni d'un visa long séjour portant la mention " conjoint de Français ". Il a obtenu le renouvellement de son titre de séjour le 24 mars 2019. M. A a sollicité la délivrance d'un nouveau titre le 24 mars 2021. Par un arrêté du 31 mars 2022 dont il demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C B, nommé préfet de Seine-et-Marne par décret du président de la République du 30 juin 2021, publié le 1er juillet 2021 au Journal officiel de la République française (texte n° 62), lequel a pris ses fonctions le lundi 19 juillet suivant. Celui-ci était compétent tant pour prendre la décision attaquée que la signer. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision manque en fait et ne peut ainsi qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les dispositions en application desquelles il est édicté, fait état de différents éléments que M. A a fait valoir au cours de l'instruction de sa situation, tant ceux présentés lors du dépôt de sa demande, visant le renouvellement de son titre en qualité de conjoint de français, qu'ultérieurement, afférents à l'évolution de sa situation personnelle, et énonce les motifs pour lesquels le préfet a considéré que l'intéressé ne remplissait pas les conditions pour l'octroi d'un titre de séjour. Ce faisant, le préfet a énoncé de façon suffisante les éléments de fait et de droit qui constituent le fondement de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne a, tout d'abord, examiné la possibilité de renouveler le titre de séjour de M. A, délivré en qualité de conjoint de Français, conformément à la demande de l'intéressé telle que présentée le 24 mars 2021. Il est constant que, cependant, la vie conjugale était rompue depuis 2018, et l'autorité préfectorale ayant informé M. A, par courrier du 5 octobre 2021, de son intention de procéder au retrait de son titre de séjour, l'intéressé a sollicité, par courrier du 20 octobre 2021, un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, " salarié ". Or, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, notamment pas des énoncés de l'arrêté attaqué, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas tenu compte des éléments nouveaux ainsi communiqués. Le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la seule circonstance que l'autorité préfectorale, examinant ses demandes y compris au titre de son pouvoir général de régularisation, n'ait pas visé dans son arrêté les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors d'ailleurs que le courrier du 20 octobre 2021, précité, était dépourvu de tout fondement juridique précis. Ainsi, il ne ressort d'aucune pièce le défaut d'examen invoqué. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
5. En quatrième et dernier lieu, à supposer que le requérant ait entendu invoquer une " erreur de droit " distincte des moyens sur lesquels il vient d'être statué plus haut, il n'assortit le moyen d'aucune précision permettant à la formation de jugement d'en saisir le sens et la portée. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.
Sur la légalité du refus de titre de séjour :
6. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
7. Si l'intéressé fait valoir qu'il est présent en France depuis trois ans aux côtés de son père et de sa sœur et qu'il vit avec une compatriote détentrice d'une carte de résident avec laquelle il a eu une fille née le 11 juillet 2019, il n'établit ni la nécessité de rester auprès de son père et de sa sœur ni l'intensité et la stabilité de son concubinage, qu'il fait débuter au 1er décembre 2020, par les justificatifs produits qui, pour certains, sont postérieurs à la décision attaquée, telles que l'attestation d'hébergement établie par sa concubine et le certificat de concubinage et qui, pour les autres, ne présentent pas de caractère probant. L'intéressé ne démontre pas non plus sa contribution à l'entretien et à l'éducation de sa fille, par la seule production de deux justificatifs de virements fin 2021 et de huit clichés photographiques, sur plusieurs desquels il est d'ailleurs absent ou non identifiable. Il ne justifie par ailleurs d'aucune circonstance faisant obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans le pays d'origine où tous ses membres sont légalement admissibles, où il n'est pas dénué d'attaches et où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Il s'ensuit que le refus de titre en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni n'a méconnu les dispositions susvisées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
9. A supposer que le requérant ait entendu invoquer qu'il devait se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions susvisées, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est titulaire d'un contrat à durée indéterminée signé environ un an seulement à la date de l'arrêté attaqué, en qualité d'agent polyvalent et ne justifie pas ainsi d'un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 précité, justifiant son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail.
10. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que l'intéressé ne justifie pas d'un motif exceptionnel ou de considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 précité justifiant son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale.
11. Il résulte des constatations opérées aux points 9 et 10 que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
12. En troisième et dernier lieu, il ne résulte pas des faits précédemment décrits que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.
Sur la légalité de la mesure d'éloignement :
13. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
14. Au cas particulier, M. A fait valoir que l'arrêté du préfet méconnaît l'intérêt supérieur de sa fille née en 2019. Toutefois, il résulte de ce qui précède sur l'absence d'obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France que cette circonstance ne suffit pas en l'espèce à établir que la décision prise à son encontre aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 précité.
15. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, les moyens tirés de l'erreur de droit, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées par le requérant à fin d'injonction sous astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Issard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 septembre 2023.
La rapporteure,
S. LECONTELa présidente,
I. BILLANDON
La greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026