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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204121

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204121

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantLENGRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 avril 2022 et le 2 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Lengrand, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 10 mars 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui remettre dans l'attente un récépissé de sa demande de titre de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la préfère aurait dû saisir la commission du titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 423-13 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale et d'une erreur de droit dès lors qu'elle est uniquement fondée sur la menace qu'il représenterait pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il réside sur le territoire français depuis plus de 18 ans ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un courrier du 13 juillet 2022, la préfète du Val-de-Marne a été mise en demeure de produire un mémoire dans le délai d'un mois, en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mai 2022.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Issard, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais né en 1962, est entré en France le 14 septembre 1999 selon ses dires. Il a été muni de plusieurs titres de séjour pour raisons de santé, le dernier étant une carte de séjour pluriannuelle valable du 29 août 2018 au 28 août 2021. Il a sollicité le renouvellement de son titre le 16 août 2021. Par une décision en date du 10 mars 2022, dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mai 2022. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à ce que l'aide juridictionnelle provisoire lui soit accordée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. " Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. "

4. Il est constant que M. B a fait l'objet d'une condamnation le 29 février 2016 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le 8 avril 2016 pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, des faits de violence par une personne en état d'ivresse manifeste sans incapacité et des faits d'outrage à agent exploitant de réseau de transport public de personnes ou habilité à constater les infractions à la police ou à la sûreté de transport et des faits de rébellion, puis le 1er juillet 2016 pour des faits de conduite sans permis. Il ressort cependant des pièces du dossier que M. B est présent sur le territoire français depuis le 14 décembre 1999, qu'il a obtenu la délivrance de plusieurs titres de séjour en raison de sa pathologie à compter du 11 mars 2004, le dernier étant valable jusqu'au 28 août 2021, et qu'il est père de deux enfants mineurs de nationalité française. Au regard de l'ancienneté de sa durée de séjour en France, de la circonstance que son dernier titre de séjour lui a été délivré postérieurement aux condamnations mentionnées par la décision attaquée, lesquelles sont au demeurant anciennes, et de la gravité de sa pathologie, M. B étant sidéen et incapacité de ce fait à un taux estimé à 80 % par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, il est fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur d'appréciation en se fondant sur les dispositions précitées pour rejeter sa demande de titre de séjour.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté le renouvellement de son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Il ressort des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne a délivré le 9 août 2023 à M. B un titre de séjour valable du 24 février 2023 au 23 février 2024. Il n'y a donc pas lieu de faire droit à ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. () ".

8. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que l'avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lengrand de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 10 mars 2022 de la préfète du Val-de-Marne est annulé.

Article 3 : Sous réserve que Me Lengrand renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Lengrand, avocate de M. B, la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lengrand et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Issard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.

La rapporteure,

C. ISSARD

La greffière,

V. TAROT

La présidente,

I. BILLANDON

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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