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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204215

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204215

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204215
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 avril 2022, M. A C, représenté par Me de Sèze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 19 novembre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, ensemble la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire formé le 30 novembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de novembre 2021, dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que les décisions attaquées :

- sont insuffisamment motivées ;

- ont été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il aurait bénéficié d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité et que cet entretien aurait, le cas échéant, été conduit par un agent ayant reçu une formation spécifique ;

- sont illégales par exception d'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile ;

- sont entachées d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait, dès lors qu'il a demandé à pouvoir déposer une demande d'asile à l'occasion de plusieurs interpellations intervenues dans les quatre-vingt-dix jours suivant son entrée sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'une décision expresse de rejet du recours administratif préalable obligatoire est intervenue le 19 novembre 2022 et s'est substituée à la décision implicite de rejet attaquée, et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 9 décembre 2022 à midi.

Par courrier du 2 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision expresse du 19 novembre 2022, dès lors que le directeur général adjoint de l'OFII ne pouvait prendre la décision attaquée en son nom propre.

Un mémoire, présenté par l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été enregistré le 6 mai 2024 en réponse au moyen d'ordre public et communiqué.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Massengo a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant afghan né en 1998, a présenté une demande d'asile en France le 19 avril 2021, enregistrée en procédure accélérée. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de l'OFII de Créteil a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile au motif qu'il a, sans motif légitime, présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. L'intéressé a formé un recours administratif préalable obligatoire par courriel du 30 avril 2021. M. C demande au tribunal l'annulation de la décision du 19 janvier 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours préalable.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes, d'une part, de l'article 18 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " L'aide juridictionnelle peut être demandée avant ou pendant l'instance. ". Aux termes de l'article 20 de la même loi : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. / () ".

3. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 15 juin 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, qui est devenue sans objet.

Sur le cadre juridique et l'étendue du litige :

4. Par une décision du 19 novembre 2021, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil a refusé d'attribuer à M. C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile au motif que l'intéressé a, sans motif légitime, présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France. L'intéressé a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article D. 511-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il a adressé par courriel du 30 novembre 2021 à l'OFII. Le silence de l'administration pour statuer sur ce recours a fait naître le 30 janvier 2022 une décision implicite de rejet, qui s'est ainsi substituée à la décision du 19 novembre 2021. A cette décision implicite s'est ensuite substituée la décision du 19 novembre 2022 par laquelle le directeur général adjoint de l'OFII a expressément rejeté le recours préalable. Il suit de là que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, dirigées contre la décision du 19 novembre 2021, ensemble la décision implicite de rejet née le 30 janvier 2022, doivent être regardées comme dirigées contre cette décision expresse de rejet du 19 avril 2022 qui s'y est substituée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L 551-15 du code des relations entre le public et l'administration : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. /Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ".

6. La décision attaquée a été signée par M. B D, directeur général adjoint de l'OFII, en son nom propre, sans qu'il justifie d'une délégation de pouvoir. Dès lors qu'elle n'est pas signée pour le directeur général de l'OFII et par délégation, conformément à la décision du 10 novembre 2020 par laquelle M. D a reçu délégation du directeur général de l'OFII à l'effet de signer tous les actes ou décisions dans le cadre des textes en vigueur, la décision attaquée, est entachée d'incompétence de son auteur et doit, par suite, être annulée sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / () ".

8. L'annulation de la décision du 19 novembre 2022 implique seulement, eu égard au motif d'annulation et seul susceptible d'être retenu, que le directeur général de l'OFFI réexamine la situation de M. C et prenne une nouvelle décision relative aux conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au directeur général de l'OFII d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. () ".

10. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me de Sèze, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me de Sèze de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. C.

Article 2 : La décision du 19 avril 2022 du directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration refusant à M. C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire formé le 30 novembre 2021, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer la situation de M. C et de prendre une nouvelle décision relative aux conditions matérielles d'accueil, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve que Me de Sèze, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me de Sèze, la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me de Sèze et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, première conseillère,

Mme Massengo, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

C. MASSENGOLa présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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