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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204250

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204250

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204250
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantMAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2022, M. A C, représenté par Me Maire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'inexécution ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer le titre de séjour qu'il a sollicité dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans le même délai et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance du titre de séjour :

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la préfète ne démontre pas avoir respecté les règles relatives à la saisine préalable obligatoire du collège de médecin de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 20 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 septembre 2023 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né en 1991 et de nationalité indienne, déclare être arrivé en France en 2015 afin de poursuivre ses études. En mars 2021, il a sollicité son admission au séjour pour raisons de santé. Par un arrêté du 5 avril 2022, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance du titre de séjour :

2. En premier lieu, le requérant invoque l'irrégularité de la procédure à l'issue de laquelle a été prise la décision, dès lors que l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 30 août 2021 ne lui a pas été communiqué, empêchant la vérification de l'identité des membres du collège de médecin, et de ce que le collège a bien rendu son avis après rédaction d'un rapport par un médecin rapporteur distinct des membres de ce collège. Toutefois, il ressort des mentions de cet avis produit à l'instance par la préfète que cet avis respecte ces conditions de forme, dès lors qu'un médecin rapporteur a transmis le 28 juillet 2021 son rapport au collège de médecins au sein duquel il n'a pas siégé et que la signature des médecins de ce collège permettant de les identifier est portée sur cet avis. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure soulevé par la requérante doit être écarté en toutes ses branches.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

4. Par l'avis mentionné au point 2, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'au vu des éléments du dossier l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre de voyager sans risque vers le pays d'origine.

5. M. C soutient être atteint, d'une part, de " psychose " avec une " composante dissociative " et, d'autre part, d'une " rhinite vasomotrice ", justifiant la délivrance d'un titre de séjour pour raisons médicales. En ce qui concerne le diagnostic de la maladie psychiatrique qu'il évoque, le requérant ne fournit qu'un certificat médical par lequel son médecin généraliste l'oriente vers le centre médico-psychologique en raison d'une " psychose " et dans lequel il mentionne au titre des antécédents de l'intéressé " la composante dissociative " et l'existence d'un suivi psychologique " en construction " ayant donné lieu à une prescription d'un traitement médicamenteux qu'il n'a pas pris. S'agissant de cette prise en charge médicamenteuse, M. C fournit une seule ordonnance en date du 15 novembre 2018 concernant des traitements antipsychotiques et anxiolytiques, et un certificat médical daté du 7 février 2020 faisant état d'une précédente prescription d'un médicament antidépresseur qu'il n'aurait pas pris. Ainsi, M. C n'établit ni la réalité de sa maladie psychiatrique, ni la nature et l'ampleur des conséquences du défaut de prise en charge. En ce qui concerne la rhinite vasomotrice, M. C n'apporte aucun élément permettant de remettre en cause l'avis rendu par le collège de médecins sur l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité du défaut de prise en charge de cette maladie. Par suite, le préfet n'a commis aucune erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. C soutient qu'il est présent en France depuis 2015, alors qu'il avait 24 ans, qu'il a noué des liens forts sur le territoire, qu'il a mené à terme son master en management et qu'il est parfaitement inséré socialement et professionnellement. Toutefois, l'intéressé qui est célibataire et sans enfant, n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et n'apporte aucun élément permettant de déterminer la nature et la pérennité des attaches fortes dont il se prévaut. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, l'arrêté n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel il a été pris.

8. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité.

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : /()/ 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. /()/ ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, M. C n'établit pas que le défaut de prise en charge médicale pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, en obligeant l'intéressé à quitter le territoire français, le préfet n'a pas méconnu les termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.

12. En troisième et dernier lieu, le requérant soutient que cette décision a également méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise.

13. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

15. En deuxième lieu, l'arrêté du préfet vise les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant au préfet de désigner le pays de renvoi en cas de décision d'éloignement. Par ailleurs, l'arrêté précise également que M. C n'établit pas qu'il serait exposé, dans son pays d'origine, à des peines ou traitements contraire aux dispositions de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision doit être écarté.

16. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. Il appartient à l'autorité administrative chargée de prendre la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger obligé de quitter le territoire de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les mesures qu'elle prend n'exposent pas l'étranger à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique, non plus qu'à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. En l'espèce, à supposer que la rhinite vasomotrice dont est atteint M. C et les troubles psychologiques qu'il allègue s'aggravent en cas de retour dans son pays d'origine, ce que les pièces médicales du dossier ne permettent pas d'établir, il n'apporte pas la preuve que les conséquences sur son état de santé seraient d'une gravité telle qu'elles auraient dû être regardées comme constitutive d'un traitement dégradant au sens des stipulations précitées. Par suite, M. C n'établit pas être personnellement exposé à des risques graves en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 avril 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

20. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Irline Billandon, présidente,

Mme Clarisse Massengo, conseillère,

Mme Claire Issard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

La rapporteure

C. B

La présidente,

I.BILLANDON

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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