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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204273

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204273

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHOUAM-PIRBAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 avril 2022, complétée les 8 juin et 22 septembre 2022, M. B A C, représenté par Me Houam-Pirbay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 avril 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à tout le moins de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision en cause a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'il n'est pas démontré non plus la compétence de l'agent ayant procédé à sa notification, qu'elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'examen sérieux de sa situation car il vit en France avec l'ensemble de sa famille, qu'elle a été prise sans qu'il ait été entendu, que sa présence sur le territoire français ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 3 avril 2023, en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu :

- les observations de Me Houam-Pirbay, représentant M. A C, requérant, présent, qui rappelle que la décision en cause a été prise sans qu'il ait été entendu, qu'il est entré en France à 15 ans, qu'il vit avec ses parents, que la condamnation dont il a fait l'objet est ancienne et que toute sa famille est en France.

Le préfet de Seine-et-Marne dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Le 4 avril 2023, M. B A C, représenté par Me Houam-Pirbay, a présenté une note en délibéré.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C, ressortissant tunisien né le 12 janvier 1999 à Tataouine, entré en France en juillet 2014, à l'âge de 15 ans, muni d'un visa délivré par les autorités consulaires françaises à Tunis, a fait l'objet de plusieurs condamnations pour des faits de trafic de stupéfiants. Il a été écroué à la maison d'arrêt de Villepinte à compter du 16 octobre 2020, puis au centre pénitentiaire du Sud-Francilien à compter du 27 janvier 2022. Le 15 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui avait fait obligation de quitter sans délai le territoire français assortie d'une interdiction de retour pour une durée de deux ans, décision qui n'a été ni contestée ni exécutée par l'intéressé. Par une décision du 22 avril 2022, notifie le 25 avril 2022, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait à nouveau obligation de quitter sans délai le territoire français, assortie cette fois d'une interdiction de retour pour une durée de trois ans, en relevant que sa présence constituait une menace pour l'ordre public. Il a été libéré le 26 mai 2022 et a indiqué une adresse à Paris (75018), 71 rue Riquet, à laquelle il a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours par une décision du préfet de Seine-et-Marne du 25 mai 2022.

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; ()".

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, par un arrêté n° 22/BC/025 du 22 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné à Mme G E, attachée d'administration de l'Etat, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, délégation, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme F, cheffe du bureau de l'éloignement, n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen d'incompétence doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la circonstance que le nom et la qualité de l'agent ayant procédé à la notification de l'arrêté contesté ne seraient pas mentionnés sur celui-ci est sans incidence sur sa légalité, cette notification n'ayant pour but que de faire partir les délais de recours.

5. En troisième lieu, aux termes de L. 613-1 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " ; aux termes de l'article L. 613-2 dudit code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

6. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet de Seine-et-Marne a motivé l'obligation faite à M. A C de quitter sans délai le territoire français sur le fondement du 5°) de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile et donc sur la menace que la présence sur le territoire de l'intéressé constituerait pour l'ordre public, en citant notamment les deux condamnations dont l'intéressé a fait l'objet par le tribunal correctionnel de Bobigny et par la cour d'appel de Paris, pour des faits relatifs aux stupéfiants. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation et de l'insuffisance de l'examen de sa situation personnelle ne pourra qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, si le droit d'être entendu en tant qu'il fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, un tel droit ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé. Notamment, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

8. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier, pas plus que de la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. A C, qu'à supposer que celui-ci ait détenu des informations relatives à sa situation personnelle, de telles informations, si elles avaient pu être communiquées à l'autorité préfectorale avant que ne soit pris l'arrêté litigieux, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction des décisions qu'il contient, dès lors que la mesure envisagée à son encontre était essentiellement fondée sur la menace pour l'ordre public que constituait la présence de l'intéressé sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme infondé.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. A C est célibataire et sans charges de famille et, d'autre part, et comme il l'a été dit au point 6, il a fait l'objet de deux condamnations par l'autorité judiciaire notamment pour des faits de transport, détention, offre ou cession, acquisition non autorisée et usage illicite de produits stupéfiants et qu'il a été condamné à un total de deux ans et demi de prison, même s'il n'en a effectué qu'un peu plus de dix-neuf mois. Dans ces conditions, en prenant la décision attaquée, le préfet de Seine-et-Marne, d'une part, n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A C, qui n'a d'ailleurs jamais demandé de titre de séjour, y compris à sa majorité, alors même qu'il indique que l'ensemble de sa famille vit sur le territoire français en situation régulière, une atteinte disproportionnée au regard des motifs de son refus et des buts qu'il a poursuivis et d'autre part, a pu à bon droit, estimer que la présence de l'intéressé sur le territoire français constituait une menace pour l'ordre public. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A C ne pourra qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A C, au préfet de Seine-et-Marne et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

Le magistrat désigné,

M. DLa greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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