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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204283

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204283

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantMAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 avril et 23 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Maire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré son certificat de résidence algérien, a assorti cette mesure d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un certificat de résidence, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais irrépétibles engagés pour l'instance, à verser à son avocate.

M. B soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- le retrait de titre de séjour, ainsi que les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination, sont insuffisamment motivées ;

- le retrait de titre de séjour et la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'ont pas été précédées d'un examen sérieux de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant retrait de son certificat de résidence :

- l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inapplicable aux ressortissants algériens et aucun fondement juridique ne permettait, au seul motif qu'il ne remplissait plus les conditions d'obtention de son certificat, de le lui retirer ;

- il n'a pas commis de fraude ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien.

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du retrait de son certificat de résidence ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 23 janvier 2023 à 12 h 00.

Sur demande du greffe, présentée sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le préfet de Seine-et-Marne a produit une pièce enregistrée le 1er août 2023 qui a été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Leconte a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né en 1988, est entré en France le 18 août 2012 sous couvert d'un visa de court séjour mention " conjoint de Français ". Il a obtenu, en cette qualité, un premier certificat de résidence algérien d'un an puis un second de dix ans, valable du 7 novembre 2013 et 6 novembre 2023. Par un arrêté du 11 avril 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré son certificat de résidence, a assorti cette mesure d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence est délivré de plein droit () / 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il a été inscrit préalablement sur les registres de l'état civil français. () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre 2 ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () a) au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2, et au dernier alinéa de ce même article. () " .

3. Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles relatives à la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Il suit de là que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives tant aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers qu'aux conditions de leur délivrance et de leur renouvellement ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, lesquels relèvent à cet égard des règles fixées par l'accord précité. Aucun dispositif de retrait du certificat de résidence légalement délivré à un ressortissant algérien n'est prévu par l'accord franco-algérien. Le préfet peut, en revanche, légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte et eu égard à l'absence de stipulations expresses sur ce point prévues par l'accord susmentionné, pour retirer une décision individuelle créatrice de droits obtenue par fraude.

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour retirer le certificat de résidence algérien portant la mention " conjoint de Français " qui avait été délivré à M. B pour une durée de 10 ans, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent le retrait d'une carte de résident d'une durée de dix ans délivrée en qualité de conjoint de Français, lorsqu'en particulier la vie commune est rompue dans les quatre années suivant le mariage, ainsi que sur celles de l'article L. 432-5 du même code, permettant de procéder au retrait d'un titre de séjour si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de celui-ci. Ce faisant, le préfet s'est fondé sur la circonstance que, postérieurement au mariage entre M. B et une ressortissante française, célébré le 7 juillet 2012, il a été établi une rupture de la vie commune survenue en novembre 2014, soit, dans le délai maximal de quatre années suivant le mariage, un divorce ayant en outre été prononcé en janvier 2015.

5. Toutefois, d'une part, comme il a été dit au point 3, dès lors que la situation de M. B est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien, l'autorité territoriale ne pouvait, sans méconnaître le champ d'application de la loi, faire application des dispositions en cause du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour procéder au retrait du certificat de résidence du requérant. D'autre part, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci serait fondé sur un motif tiré de la fraude, qui n'est pas davantage invoqué en défense, alors d'ailleurs que le certificat de résidence en litige a été délivré à M. B le 7 novembre 2013, antérieurement à la rupture de la vie commune et au divorce de l'intéressé, sans que puisse lui être opposée la seule circonstance que sa situation familiale ait changé postérieurement à l'obtention de son certificat de résidence. Il suit de là que le requérant est fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne ne pouvait légalement procéder au retrait de son certificat de résidence sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 11 avril 2022 en tant qu'il a ordonné le retrait de son certificat de résidence algérien valable du 7 novembre 2013 et 6 novembre 2023. Les décisions du même jour faisant obligation à M. B de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixant le pays de destination doivent être annulées par voie de conséquence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Compte tenu de l'objet de l'arrêté attaqué et du sens du présent jugement, qui annule le retrait du certificat de résidence algérien de M. B valable du 7 novembre 2013 au 6 novembre 2023, et alors d'ailleurs qu'il résulte de l'instruction que l'intéressé est toujours en possession de ce titre, le présent jugement, qui n'implique notamment pas la délivrance au requérant d'un nouveau certificat, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

9. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, de faire droit aux conclusions de la requête présentées au titre des frais irrépétibles engagés pour l'instance, en mettant à la charge de l'Etat (préfecture de Seine-et-Marne) la somme de 1 200 euros, en remboursement des frais exposés par M. B non compris dans les dépens. Son avocate ne peut, en revanche, se prévaloir d'aucune disposition applicable, notamment pas celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, M. B n'étant pas bénéficiaire de cette aide, qu'il n'a pas demandée, pour solliciter que soit versée à cette avocate la somme précitée. En outre, à supposer que le requérant, en visant l'article R. 761-1 du code de justice administrative, ait entendu solliciter le versement d'une somme sur ce fondement, la présente instance n'ayant pas donné lieu à dépens, de telles conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 11 avril 2022 est annulé.

Article 2 : L'Etat (préfecture de Seine-et-Marne) versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre des frais irrépétibles engagés pour l'instance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Issard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

S. LECONTELa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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