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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204448

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204448

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantTOUZET DU VIGIER JEAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mai 2022, M. A B , représenté par Me Sidibe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre de principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " salarié " dans un délai de 24 heures à compter de la notification du présent jugement sous astreinte qu'il plaira au tribunal de fixer ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente un récépissé l'autorisant à séjourner et à travailler en France, dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

Les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire sont insuffisamment motivées.

La décision de refus de titre de séjour :

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par la préfète ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors d'une part, qu'elle interprète de manière erronée les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'autre part, qu'elle se fonde sur le fait que le requérant a obtenu son emploi en fournissant une fausse carte de séjour ;

- est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation en retenant qu'il ne justifiait pas d'une présence en France depuis plus de dix ans alors qu'il avait sollicité son admission exceptionnelle au séjour en sa qualité de salarié et non au titre de la vie privée et familiale ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la durée de sa résidence habituelle en France, de ses conditions d'exercice d'une activité professionnelle et de son intégration dans la société française.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- est entachée d'une erreur de droit en se fondant sur des faits inexacts, sur une interprétation erronée des dispositions précitées ainsi que sur la fraude ;

- méconnaît la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences exceptionnelles qu'elle entraîne sur sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entraîne des conséquences exceptionnelles sur sa situation personnelle.

La procédure a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Par ordonnance du 10 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 avril 2023 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la circulaire NOR INTK1229185C du 28 novembre 2022 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bourdin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 31 décembre 1991 à Tacoutala ( Mali) est entré en France, selon ses déclarations, irrégulièrement le 1er janvier 2016. Il a sollicité le 9 mars 2022 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 1er avril 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. /Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

3. Pour prendre la décision attaquée, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur la circonstance que l'usage d'une fausse carte de séjour a pour conséquence d'exclure un demandeur de titre de séjour de la régularisation pour motif exceptionnel, même à titre humanitaire, la fraude constituant une circonstance permettant à l'administration de faire échec à la théorie des actes créateurs de droit. Toutefois, cette seule circonstance n'est pas suffisante pour caractériser une menace à l'ordre public, ni faire perdre le caractère exceptionnel au motif de régularisation par le travail. Par suite, c'est en entachant sa décision d'une erreur de droit que la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande d'admission au séjour de M. B.

4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et par voie de conséquence de celles portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Compte tenu du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté du 1er avril 2022 implique uniquement que la demande de titre de séjour de M. B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir dans cette attente de cette nouvelle décision d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : l'arrêté du 1er avril 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de faire droit à la demande de titre de séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne ou à toute autre autorité compétente de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement et de le munir, dans l'attente du réexamen, d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ghaleh-Marzban, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett , conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

S. BOURDIN

La présidente,

S. GHALEH MARZBAN La greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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