mercredi 13 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2204458 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CECCATO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mai 2022, M. C, représenté par Me Ceccato , doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2021 pris par la préfète du Val-de-Marne en tant qu'il lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou à défaut en cas d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire d'enjoindre à la même autorité de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jours de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
M. B soutient que la décision attaquée:
Les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire :
- sont entachées d'incompétence et du défaut de signature et d'identification de son auteur;
- sont insuffisamment motivées ;
La décision de refus de titre de séjour :
- est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète s'est estimée liée par les condamnations pénales dont il a fait l'objet et n'a pas fait usage de son pouvoir de régularisation ;
- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et porte atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale.
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et porte atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme Bourdin a été entendue en son rapport au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 12 mai 1949 à Ben Fissa ( Maroc), entré selon ses déclarations sur le territoire français le 6 juillet 1970 a demandé le bénéfice de l'admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable. Par un arrêté du 24 avril 2019, le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par jugement du 15 octobre 2020, le tribunal administratif de Melun a annulé l'arrêté précité du 24 avril 2019 et a enjoint au préfet du Val-de-Marne de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B. Par arrêté du 5 août 2021, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 5 août 2021 en tant qu'il a refusé de faire droit à sa demande de titre et qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L.131-30 du code pénal, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. /L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. /Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée par la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. () ". Il résulte de ces dispositions qu'un étranger sous le coup d'une condamnation pénale assortie d'une interdiction du territoire nationale n'est plus légalement autorisé à séjourner sur le territoire national tant que la condamnation qui le vise produit ses effets et que la préfète se trouve en situation de compétence liée pour rejeter une demande de titre de séjour.
3. M. B soutient que la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur de droit en s'estimant liée par les condamnations pénales dont il avait fait l'objet. Pour prendre la décision attaquée, la préfète du Val-de-Marne mentionne que le requérant est titulaire d'un casier judiciaire portant mention d'une première condamnation en 1990 à la peine de deux ans et six mois d'emprisonnement avec interdiction de retour sur le territoire pendant cinq ans pour des faits d'infraction à la législation sur les stupéfiants ainsi que d'une seconde condamnation en 1998 pour des faits de transport et détention de stupéfiants à la peine de dix mois d'emprisonnement et à une interdiction définitive du territoire. L'autorité administrative a alors considéré que l'intéressé ayant fait l'objet d'une interdiction définitive du territoire français ne pouvait solliciter son admission au séjour. Si la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas présenté de mémoire en défense, ne produit pas le casier judiciaire du requérant, il ressort des écritures et des pièces produites par le requérant, que ce dernier, a constaté l'existence de cette dernière condamnation et de son caractère définitif après avoir consulté son casier judiciaire le 8 septembre 2021, auprès du service de l'exécution des peines du tribunal judiciaire de Créteil. Le requérant indique avoir demandé l'effacement de cette condamnation de son casier judiciaire au procureur de la République et être en attente de sa décision. Il s'ensuit qu'étant encore sous le coup d'une décision d'interdiction définitive du territoire à la date de la décision attaquée, M. B ne pouvait légalement être autorisé à séjourner en France et que la préfète du Val-de-Marne était tenue de rejeter sa demande de titre de séjour et n'a pas commis d'erreur de droit. Ainsi, les moyens de l'incompétence de l'auteur de la décision de refus de titre de séjour, du défaut de signature et d'identification de l'auteur de la décision attaquée, d'insuffisance de motivation, de l'absence de menace à l'ordre public, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de son droit à mener une vie privée et familiale sont inopérants.
4. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 août 2021 portant refus de titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
S'agissant de l'office du juge compte tenu de l'existence d'une décision d'interdiction judiciaire du territoire :
5. Si l'interdiction du territoire prononcée par le juge pénal à l'encontre d'un étranger sur le fondement de l'article 131-30 du code pénal "emporte de plein droit la reconduite du condamné à la frontière", comme le précisent ce même article, et si, par conséquent, l'exécution d'une telle mesure ne nécessite l'intervention d'aucun arrêté préfectoral portant obligation de quitter le territoire, le prononcé d'une telle interdiction ne fait pas obstacle à ce que le préfet fasse usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre une mesure d'éloignement à l'encontre du même étranger lorsque celui-ci, du fait de l'absence d'exécution de la sanction pénale, se trouve en situation irrégulière sur le territoire français. Dans une telle hypothèse, la décision préfectorale ne revêt pas un caractère superfétatoire dès lors qu'elle peut être exécutée alors que l'intéressé ne serait plus sous le coup de l'interdiction judiciaire, soit que la durée de celle-ci soit expirée, soit que l'étranger en soit relevé par le juge pénal. Il en résulte, d'une part, que l'intéressé justifie d'un intérêt qui le rend recevable à contester cette décision administrative, d'autre part, que le juge de l'excès de pouvoir, saisi du litige, doit statuer sur l'ensemble des moyens de légalité présentés par l'intéressé, qui ne sont pas inopérants dès lors que le préfet, auteur de la décision, n'est pas en situation de compétence liée pour la prendre sur le fondement des dispositions l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il appartient toutefois au juge de tenir compte de l'autorité absolue de la chose jugée qui s'attache aux constatations de fait mentionnées dans la décision du juge pénal et qui sont le support nécessaire de son dispositif. Il doit également, au cas où il annule la décision préfectorale alors que l'étranger est toujours sous le coup de l'interdiction judiciaire, s'abstenir de prescrire toute mesure d'exécution de son jugement qui serait en contradiction avec cette interdiction judiciaire.
S'agissant des conclusions aux fins d'annulation de l'obligation de quitter le territoire :
6. En premier lieu, par un arrêté n°2021/656 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne du même jour et au demeurant visé dans l'arrêté contesté, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à Mme Mireille Larrède, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, requêtes juridictionnelles, () et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département du Val-de-Marne " à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Par ailleurs, si le caractère contradictoire de la procédure fait en principe obstacle à ce que le juge se fonde sur des pièces qui n'auraient pas été préalablement communiquées à chacune des parties, le tribunal peut toutefois en l'espèce se fonder régulièrement sur l'arrêté précité du 1er mars 2021, bien qu'il n'ait ni été produit par la défense, ni été communiqué aux parties, dès lors qu'il s'agit d'un acte réglementaire et régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne et qu'il est librement accessible et consultable, notamment sur le site Internet de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté, qui manque en fait, doit être écarté. En outre, contrairement à ce qu'allègue le requérant, l'arrêté querellé comporte la signature de son auteur et les éléments permettant l'identification du signataire.
7. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs dont les dispositions pertinentes ont été abrogées et remplacées, à compter du 1er janvier 2016, antérieurement à l'édiction de la décision contestées par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, elles-mêmes inopérantes à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire dès lors que la motivation de ces décisions est explicitement prévue au premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, la décision portant obligation de quitter le territoire comportent les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement.
8. En troisième lieu, M. B ne peut utilement invoquer que la décision en cause serait entachée d'illégalité dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public dès lors qu'elle n'est pas fondée sur ce motif.
9. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. M. B fait valoir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale dès lors qu'il réside sur le territoire français depuis l'année 1970 et vit en concubinage avec une ressortissante française depuis plusieurs années et a noué des attaches amicales sur le territoire français. Toutefois, le requérant ne justifie pas dans le cadre de la présente instance d'une présence habituelle en France depuis le mois de juillet 1970. De plus, les pièces produites au dossier sont insuffisantes pour établir l'effectivité de la vie commune avec sa compagne postérieurement à l'année 2019. Enfin, M. B qui ne produit des éléments justificatifs de présence continue en France qu'à compter de l'année 2013, ne justifie d'aucune insertion sociale et professionnelle sur le territoire national. Par suite, la préfète du Val-de-Marne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale. Pour les mêmes motifs l'erreur manifeste d'appréciation allégué n'est pas établie.
11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire du 5 août 2021.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée ainsi que par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la Préfère du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Ghaleh-Marzban, présidente,
Mme Bourdin, première conseillère,
M. Rehman-Fawcett , conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023 .
La rapporteure,
S. BOURDIN
La présidente,
S. GHALEH-MARZBAN La greffière,
Y. SADLI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026