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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204462

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204462

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204462
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMIRGODIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mai 2022, M. A C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a prononcé son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa demande d'asile, de lui délivrer une attestation de demande d'asile et de lui permettre de saisir l'Ofpra d'une demande d'asile dans un délai de quinze jours, sous une astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C doit être considéré comme soutenant que la décision portant transfert :

- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il a quitté l'espace Schengen plus de cinq mois ;

- méconnaît l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il en France de la famille.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Mirgodin, représentant M. C assisté de Mme B, interprète assermentée en langue turque, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, l'erreur de droit par la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par " ricochet " ;

- et M. C, assisté de Mme B, interprète assermentée en langue turque, qui indique que s'il retour en Allemagne il sera renvoyé en Turquie où sa vie est en danger.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent, ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc, né le 15 novembre 1997 à Horasa (République de Turquie), a déposé une demande d'asile et a été mis en possession de l'attestation correspondante le 23 mars 2022, attestation renouvelée le 21 avril 2022. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de cette demande d'asile, par l'arrêté susvisé du 12 avril 2022, le préfet de Seine-et-Marne a prononcé le transfert de M. C aux autorités allemandes. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, si M. C soutient avoir quitté l'espace Schengen plus de cinq mois depuis sa demande d'asile en Allemagne le 18 août 2021, la seule production d'un certificat de vaccination réalisé en Turquie est insuffisante pour établir une telle absence hors de la zone Schengen, les autres documents n'étant pas traduits de la langue turque. Le préfet de Seine-et-Marne n'a donc commis à cet égard aucune erreur de droit.

3. En second lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement (). ". Aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

4. M. C soutient avoir en France de la famille, étant d'ailleurs hébergé chez un de ses cousins, et que s'il retour en Allemagne il sera renvoyé en Turquie où sa vie est danger. Toutefois, d'une part, l'arrêté contesté a seulement pour objet de transférer l'intéressé en Allemagne et non de le renvoyer en Turquie. D'autre part, il n'apporte aucun élément sur sa famille, la seule présentation de la copie de différents titres de séjour est insuffisante pour caractériser la filiation alléguée et l'existence de liens forts et continue avec ces personnes. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, M. C ne peut se prévaloir d'aucun motif exceptionnel ou d'aucune circonstance humanitaire qui aurait justifié que le préfet de Seine-et-Marne décide, à titre dérogatoire, d'examiner sa demande de protection internationale en application des dispositions précitées de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé. Dès lors, en prenant la mesure de transfert litigieuse, cette autorité administrative n'a pas méconnu les dispositions précitées. L'autorité administrative n'a davantage pas méconnu l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni à commis, à cet égard, une erreur de droit.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 avril 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a prononcé son transfert aux autorités allemandes. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

Le magistrat désigné,

G. D

La greffière,

S. Aït Moussa La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Aït Moussa

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