vendredi 23 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2204506 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SAIDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Saïdi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2022 en tant que le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de ne pas solliciter la remise de la carte de résident de la requérante ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Saïdi, avocat de Mme B, de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
La décision de retrait de sa carte de résident :
- est entachée d'un vice de procédure dès lors que sa réponse à la demande d'observation qui lui a été adressée le 1er mars 2022 n'a pas été prise en compte par la préfecture dans la décision attaquée ;
- est entachée d'une erreur de droit dès lors que la décision fait application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que seul l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 a vocation à s'appliquer et que cet accord ne permet pas le retrait de la carte de résident après le premier renouvellement ;
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son intégration professionnelle et personnelle en France, des violences conjugales qu'elle a subies et de son enfant à naître.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 9 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas fondé dans la mesure où les dispositions de l'accord franco-algérien ne prévoyant pas la possibilité de retrait du titre de séjour pour rupture de la communauté de vie dans les quatre années suivant le mariage avec un ressortissant français, ce sont bien les dispositions des articles L. 423-6 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ont vocation à s'appliquer ;
- l'atteinte à la vie privée et familiale de l'intéressée n'est pas établie ;
- le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire en raison de l'illégalité de la décision portant retrait du titre de séjour ne saurait prospérer.
Par ordonnance du 1er septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 octobre 2022 à midi.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bourdin, conseillère rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 9 août 1993 à Maghnia (Algérie), entrée en France le 17 septembre 2015 munie d'un visa de court séjour, mariée à un ressortissant français le 20 février 2016, a été mise en possession, le 5 décembre 2016, d'un premier certificat de résidence algérien valable une année, puis, le 5 décembre 2017, d'un second certificat de résidence en sa qualité de conjointe d'un français valable jusqu'au 4 décembre 2027. Au motif que la communauté de vie du couple avait cessé le 1er janvier 2018, le préfet de Seine-et-Marne, lui a retiré le certificat de résidence dont elle bénéficiait depuis le 5 décembre 2017, l'a obligée à quitter le territoire national dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée. Mme B demande l'annulation de cette décision en tant qu'elle porte retrait de son titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire national.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 18 mai 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à Mme B. Par suite, cette demande est devenue sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. / () Elle peut être retirée en raison de la rupture de la vie commune dans un délai maximal de quatre années à compter de la célébration du mariage. /Toutefois, lorsque la communauté de vie a été rompue par le décès de l'un des conjoints ou en raison de violences familiales ou conjugales, l'autorité administrative ne peut pas procéder au retrait pour ce motif. ". Aux termes de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration () ". D'autre part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence est délivré de plein droit () / 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il a été inscrit préalablement sur les registres de l'état civil français. () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre 2 ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () a) au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2, et au dernier alinéa de ce même article. () " . Ces stipulations régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles relatives à la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France.
5. Toutefois, en l'absence de stipulations expresses sur ce point prévues par l'accord franco-algérien, le préfet peut légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte, de retirer une décision individuelle créatrice de droits obtenue par fraude. L'administration doit cependant rapporter la preuve de la fraude, le requérant, à qui n'incombe pas la charge de la preuve de l'absence de fraude, étant présumé de bonne foi.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le certificat de résidence algérien portant la mention " conjoint de français " initialement délivré à Mme B le 5 décembre 2016 lui a été renouvelé pour une durée de dix ans le 5 décembre 2017. Le préfet fait valoir dans sa décision que l'intéressée ne remplit plus les conditions prévues à l'article 7 bis a) de l'accord précité dès lors que le couple s'est séparé le 1er janvier 2018, soit moins d'un mois après l'obtention dudit certificat de résident algérien, le divorce étant par ailleurs intervenu le 15 novembre 2019. S'il ressort du jugement de divorce en date du 15 novembre 2019 rendu par le juge aux affaires familiales du Havre que la cohabitation des époux a cessé au 1er janvier 2018, qu'aucun enfant n'est né de cette union et que les violences conjugales alléguées par la requérante ne sont pas établies, il apparaît néanmoins qu'à la date du renouvellement du certificat de résidence, la communauté de vie n'avait pas encore cessé. En outre, Mme B produit l'avis d'imposition sur le revenu commun de 2017 établi au titre des revenus 2016 dont il ressort que les époux déclaraient une adresse commune, qui était l'adresse de son époux avant le mariage, ainsi que le récépissé de sa demande de carte de séjour établi le 18 octobre 2016 mentionnant la même adresse que celle de son époux au Havre. De même, sur les bulletins de salaire pour les missions d'intérim qu'elle a effectué au cours des mois d'avril 2017 jusqu'au début janvier 2018, l'adresse mentionnée est celle du couple. Il résulte de l'ensemble de ces éléments qu'à la date de sa demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien et de son renouvellement, la requérante remplissait les conditions de mariage et de communauté de vie requises pour l'attribution d'un certificat de résidence de dix ans prévu par les stipulations de l'accord franco-algérien. Si le retrait peut être fondé sur la fraude, la décision attaquée n'est pas fondée sur ce motif, étant en tout état de cause relevé que le seul fait que la vie commune ait cessé un mois après la délivrance du certificat de résidence et que la séparation soit intervenue un peu moins de deux ans après le mariage ne sont pas suffisants pour établir l'existence d'une fraude. Le fait pour la requérante d'avoir voulu ultérieurement conserver son titre de séjour, ne peut lui être reproché, dès lors qu'aucun dispositif de retrait du certificat de résidence légalement délivré en cas de modification de situation familiale intervenue après sa délivrance n'est prévu par les textes. Par suite, aucune fraude ne pouvant être reprochée, Mme B est fondée à invoquer l'erreur de droit.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 avril 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a ordonné le retrait de son certificat de résidence algérien valable du 5 décembre 2017 au 4 décembre 2027. La décision du même jour faisant obligation à Mme B de quitter le territoire dans le délai de trente jours doit être annulée par voie de conséquence.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Compte tenu du sens de la décision et alors qu'il est constant que Mme B est toujours en possession du certificat de résidence délivré le 5 décembre 2017, valable dix ans, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet " de ne pas solliciter la remise de ce certificat ".
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
9. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Saïdi, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Saïdi de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle de Mme B.
Article 2 : L'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 14 avril 2022, en tant qu'il retire le certificat de résidence délivré à Mme B le 5 décembre 2017 et qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français est annulé.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Saïdi, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Saïdi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Dewailly, président,
Mme Bourdin, première conseillère,
M. Lacote, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.
La rapporteure,
S. BOURDIN
Le président,
S.DEWAILLY La greffière,
C. SISTAC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026