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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204513

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204513

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL CABANES ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mai et 5 septembre 2022, la société civile immobilière (SCI) Molière Patrimoine et la société à responsabilité limitée (SARL) Molière Investissement, représentées par Me Cassin, doivent être regardées comme demandant au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2021 par lequel le maire de Saint-Maur-des-Fossés a délivré à Mme C A un permis de construire portant sur l'extension d'une maison d'habitation située 64, avenue de Tunis ainsi que la décision explicite du 25 avril 2022 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Maur-des-Fossés et à la charge solidaire de Mme A et M. D une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- elles justifient d'un intérêt à agir ; la construction projetée affectera les conditions de jouissance de leur bien en causant une perte d'ensoleillement ;

- le permis attaqué a été délivré sur la base d'un dossier de demande incomplet, les éléments relatifs aux dimensionnements des installations de rétention des eaux pluviales n'ayant pas été renseignés, ce qui ne permet pas de s'assurer du respect des prescriptions de l'article U. 2 -4-3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Maur-des-Fossés alors applicable ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait, dès lors que seule Mme C A est désignée comme titulaire de l'autorisation, alors que la demande de permis avait été conjointement déposée par Mme C A et M. E D ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article U. 2-6-1 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que la construction sera implantée avec un recul de moins de 3 mètres par rapport à l'alignement de l'avenue de Tunis ;

- il méconnaît les dispositions de l'article U. 2-11-3 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que la construction projetée, qui comprend des volumes de hauteur et de forme différents, ne s'insère pas de façon harmonieuse dans la composition d'ensemble ;

- il méconnaît les dispositions de l'article U. 2-13-2 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors qu'il entraîne un affouillement du sol à l'intérieur d'un rayon de 3 mètres autour du collet d'un arbre conservé.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 6 juin et 13 septembre 2022, Mme C A conclut au rejet de la requête et à ce que soit reconnu le caractère abusif du recours introduit par la SCI Molière Patrimoine et la SARL Molière Investissement.

Elle soutient que :

- les requérants ne justifient pas d'un titre de propriété au regard de l'article R.600-4 du code de l'urbanisme ;

- les sociétés requérantes ne démontrent pas en quoi le projet affecterait les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur bien ;

- les moyens qu'elles soulèvent ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2023, la commune de Saint-Maur-des-Fossés, représentée par Me Cabanes, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI Molière Patrimoine et la SARL Molière Investissement la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, faute pour les sociétés requérantes de justifier d'un intérêt à agir ;

- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article U. 2-13-2 du règlement du plan local d'urbanisme est irrecevable dès lors qu'il a été soulevé plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense ;

- les autres moyens soulevés par la SCI Molière Patrimoine et la SARL Molière Investissement ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Prissette,

- et les conclusions de M. Grand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 9 novembre 2021, le maire de Saint-Maur-des-Fossés a délivré à Mme C A un permis de construire portant sur l'extension de sa maison d'habitation située 64, avenue de Tunis. Le 6 janvier 2022, la SCI Molière Patrimoine et la SARL Molière Investissement ont formé un recours gracieux contre cet arrêté. Une décision implicite de rejet est née le 7 mars suivant du silence gardé par l'autorité administrative sur ce recours, avant que ne s'y substitue la décision du 25 avril 2022 par laquelle le maire de Saint-Maur-des-Fossés a explicitement rejeté le recours gracieux formé par les sociétés requérantes. La SCI Molière Patrimoine et la SARL Molière Investissement doivent être regardées comme demandant l'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2021, ensemble la décision du 25 avril 2022 rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article U. 2-4-3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Maur-des-Fossés, alors applicable : " Les rejets de descentes d'eaux pluviales sur le domaine public ne sont pas autorisés sur le trottoir ou sur le caniveau de la chaussée () / le propriétaire ou l'aménageur doit justifier le dimensionnement suffisant des installations de rétention qu'il envisage d'installer en amont du raccordement, par la production de plans et notes de calcul appropriées () / ".

3. La SCI Molière Patrimoine et la SARL Molière Investissement soutiennent que le permis de construire contesté a été délivré sur la base d'un dossier de demande incomplet, dès lors que n'ont pas été renseignés les éléments relatifs aux installations de rétention des eaux pluviales, et notamment leur dimensionnement, ce qui ne permettrait pas de vérifier que le projet ne méconnait pas les dispositions précitées. Toutefois, la notice architecturale précise que l'extension sera raccordée aux réseaux existants et les raccordements de la construction au réseau d'évacuation des eaux pluviales sont matérialisés sur le plan de masse. Il ne ressort pas des pièces du dossier de demande d'autorisation qu'un dispositif de rétention des eaux pluviales avant raccordement serait prévu et les sociétés requérantes n'établissent, ni même n'allèguent qu'un tel dispositif serait nécessaire compte tenu des caractéristiques du projet et de l'objectif de " zéro rejet au réseau " vers lequel les projets doivent tendre en application des dispositions de l'article U. 2-4-3 cité au point précédent. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, si les sociétés requérantes soutiennent que l'arrêté du 9 novembre 2021 est entaché d'une erreur de fait car il désigne comme seul titulaire de l'autorisation Mme C A, alors que la demande de permis avait été conjointement déposée par elle et M. E D, une telle circonstance demeure sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article U. 2-6-1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Maur-des-Fossés, alors applicable : " sauf disposition contraire inscrite dans une OAP, et en l'absence de commerces en rez-de-chaussée, les constructions doivent être implantées en respectant un recul minimum de 3 mètres compté perpendiculairement par rapport à l'alignement ".

6. En se bornant à se prévaloir d'une mesure réalisée au kutsch sur les plans de coupe, les sociétés requérantes ne démontrent que la construction projetée serait implantée avec un recul de 2, 90 mètres seulement par rapport à l'alignement de l'avenue de Tunis, en méconnaissance de l'article U. 2-6-1 du règlement du plan local d'urbanisme, alors qu'il ressort du plan de masse côté en trois dimensions, produit conformément à l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, que la construction projetée sera implantée en respectant un recul de 3 mètres par rapport à l'alignement de l'avenue de Tunis.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article U. 2-11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Maur-des-Fossés, alors applicable : " Les constructions doivent s'insérer dans le paysage naturel et bâti. Cette intégration doit respecter la végétation existante, le site bâti ou non, le relief naturel du terrain () / L'adjonction de volumes bâtis (lucarnes, prolongements de façades, vérandas) ne peut être autorisée que dans la mesure où ils s'intègrent de façon harmonieuse dans la composition d'ensemble () / ".

8. Si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

9. En l'espèce, les sociétés requérantes soutiennent que la construction projetée sera composée de trois volumes de hauteur et de forme différents, ce qui fait obstacle à son insertion harmonieuse dans la composition d'ensemble de la copropriété. Or, d'une part, le secteur d'implantation du projet ne se caractérise pas par une harmonie architecturale particulière, et ne présente pas d'intérêt patrimonial ou paysager notoire. En effet, l'environnement du terrain d'assiette du projet se compose de pavillons individuels, de petits collectifs ainsi que de bâtiments tertiaires, d'époque, de construction et de style architectural divers. D'autre part, l'extension projetée, qui présente un gabarit conforme aux exigences du règlement du plan local d'urbanisme en termes de hauteur, présentera une toiture classique à deux pans et un bardage bois dans une teinte naturelle. Contrairement à ce que soutiennent les sociétés requérantes, leur propriété et celle des pétitionnaires ne sauraient être regardées comme formant un " tout harmonieux " que l'extension en litige viendrait compromettre, alors que se succèdent quatre niveaux de toiture différents et une diversité de matériaux sur les façades, visibles depuis la voie publique. Dans ces conditions, nonobstant son architecture contemporaine, la construction projetée ne méconnait pas les dispositions de l'article U. 2-11 du règlement du plan local d'urbanisme.

10. En dernier lieu, aux termes du 2 de l'article U. 2-13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Maur-des-Fossés, alors applicable : " () / Aucun affouillement de sol n'est autorisé dans un rayon de 3 m autour du collet d'un arbre conservé () / ".

11. En l'espèce, si les sociétés requérantes soutiennent que le projet entraînera un affouillement du sol à l'intérieur d'un rayon de trois mètres autour du collet d'un arbre conservé, en méconnaissance des dispositions précitées, elles ne le démontrent pas en se bornant à se prévaloir des plans de toiture et d'insertion qu'elles ont elles-mêmes annotés alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des plans de coupe, que l'extension autorisée par le permis de construire en litige entraînerait un tel affouillement. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, les conclusions à fin d'annulation présentées par les sociétés requérantes doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées par Mme A tendant à la reconnaissance du caractère abusif du recours :

13. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".

14. La faculté prévue par ces dispositions constitue un pouvoir propre du juge. Dès lors, à supposer que Mme A ait entendu présenter des conclusions tendant à ce que soit infligée aux sociétés requérantes une amende pour recours abusif, de telles conclusions sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la SCI Molière Patrimoine et la SARL Molière Investissements au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Saint-Maur-des-Fossés et solidairement à celle de Mme A et en tout état de cause de M. D, qui n'ont pas la qualité de parties perdantes dans la présente instance.

16. En revanche, en application de ces mêmes dispositions, il y a lieu de mettre à la charge de la SCI Molière Patrimoine et la SARL Molière Investissements la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Maur-des-Fossés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Molière Patrimoine et la SARL Molière Investissement est rejetée.

Article 2 : Les sociétés Molière Patrimoine et Molière Investissement verseront à la commune de Saint-Maur-des-Fossés la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par Mme A tendant à ce que soit infligée aux sociétés Molière Patrimoine et Molière Investissement une amende pour recours abusif sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Molière Patrimoine, à la société à responsabilité limitée Molière Investissement, à la commune de Saint-Maur-des-Fossés et à Mme C A.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

Mme Prissette, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La rapporteure,

L. PRISSETTE

La présidente,

I. GOUGOTLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2

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