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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204551

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204551

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204551
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAITALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée au greffe du Tribunal sous le numéro 2204551 le 10 avril 2022, et des pièces enregistrées le 17 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Ait Ali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2022 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) de faire droit à sa demande de titre de séjour portant mention travailleur ;

3°) de prononcer la restitution de son passeport vietnamien, de son contrat de travail et de ses fiches de paie.

M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

* méconnait l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2022, le préfet de police de Paris, représenté par le cabinet Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction tendant à enjoindre à l'autorité préfectorale de réexaminer la situation de M. A et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

- les observations de Me Ait Ali, représentant M. A assisté de M. N'Guyen, interprète assermenté en langue vietnamienne, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- M. A, assisté de M. N'Guyen, interprète assermenté en langue vietnamienne, qui indique vivre en France depuis six ans et qu'il s'attache à s'intégrer dans la société française et à apprendre le français.

Le préfet de police de Paris n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h50.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant vietnamien, né le 13 février 1998 à Ngh' An (République socialiste du Vietnam), est entré en France en 2016 selon ses déclarations. L'intéressé a été interpellé le 29 mars 2022 et a été placé le jour même en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par arrêté du 29 mars 2022, le préfet de police de Paris a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 29 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A, dont plusieurs membres de famille étaient présents à l'audience pour le soutenir, justifie bénéficier d'une adresse et d'un contrat à durée déterminée de mai à octobre 2017 puis d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel à compter de septembre 2017 puis à temps plein à compter du 1er février 2019, présentant des bulletins de paie mentionnant une ancienneté au 7 mars 2016 dans le même établissement, même si certains mois le revenu généré par ce travail a été inférieur au salaire minimum. L'attestation de son employeur du 18 juillet 2022 indique que l'intéressé est toujours employé dans le foyer Viet Nâm, cette attestation n'étant opposable que pour la période courant au plus tard jusqu'à la date de la décision en litige en recours pour excès de pouvoir. Il justifie également déclarer ses revenus et suivre des cours de français. Par ailleurs, il n'est pas contesté en défense que la préfète du Val-de-Marne a été saisie en novembre 2021 d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour qui est en cours d'examen. Dans ces conditions, et alors que la motivation de la décision et l'audition de l'intéressé sont sommaires, l'intéressé justifie d'une intégration professionnelle. En conséquence, le préfet de police de Paris doit être considéré comme ayant entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mars 2022 par laquelle le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de l'autre décision attaquée, privée de base légale, par laquelle cette autorité a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les injonctions :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

6. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet de police de Paris réexamine la situation de M. A et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Eu égard aux termes de l'attestation non contestée précitée du 18 juillet 2022 qui indique que l'intéressé travaille toujours dans le foyer Viet Nâm à la date de l'audience, il y a lieu d'enjoindre que l'autorisation provisoire de séjour autorise l'intéressé à travailler. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

7. Enfin, les annulations prononcées impliquent nécessairement que le préfet de police de Paris rende à M. A son passeport. Il y a lieu de prescrire à cette autorité d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 mars 2022 par lequel le préfet de police de Paris a obligé M. B A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de rendre à M. B A son passeport dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé : G. C

La greffière,

Signé : Y. Sadli

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Y. Sadli

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