vendredi 30 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2204560 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | LENGRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 mai 2022, M. A B, représenté par Me Lengrand, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 23 mars 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du 23 mars 2022 et de lui attribuer un lieu d'hébergement, dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation à la part contributive de l'Etat, ou, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée en droit et en fait et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors qu'il avait fait état de sa vulnérabilité,
- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 551-15 et de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est à tout le moins entachée d'une erreur manifeste d'appréciation alors qu'il a sollicité l'asile dans le délai imparti de quatre-vingt-dix jours, qu'il avait un motif légitime justifiant le report du dépôt de sa demande et que son état de particulière vulnérabilité n'a pas été pris en compte, le préfet s'étant cru en situation de compétence liée.
Par ordonnance n° 2205523 du 24 juin 2022, le juge des référés du tribunal a rejeté la demande de suspension de la décision du 23 mars 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil a refusé à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour défaut de doute sérieux quant à la légalité de cette décision. Par mémoire enregistré le 24 juin 2022, le requérant a maintenu sa requête au fond.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bourdin,
- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lengrand, représentant M. B.
Connaissance prise de la note en délibéré présentée pour M. B et enregistrée le 20 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant ivoirien né le 17 août 1981 à Grand Bassam (Côte d'Ivoire), est entré en France le 21 décembre 2021. Il a déposé une demande d'asile le 23 mars 2022 enregistrée en procédure accélérée. Par une décision remise en mains propres le même jour, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil lui a refusé les conditions matérielles d'accueil. Le 5 mai 2022, M. B a formé le recours préalable obligatoire prévu à l'article R. 551-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui a été implicitement rejeté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 15 juin 2022, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a statué sur la demande de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'étendue du litige :
3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 4o Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3o de l'article L. 531-27./ La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ".
4. Par une décision du 23 mars 2022, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B. L'intéressé a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il a adressé, par courriel du 5 mai 2022 à l'adresse mentionnée dans la décision attaquée, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lequel ne conteste pas en avoir été destinataire. Le silence du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet, qui s'est ainsi substituée à la décision du 23 mars 2022. Il suit de là que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B dirigées contre la décision du 23 mars 2022 doivent être regardées comme dirigées contre la décision implicite de rejet qui s'y est substituée, le 5 juillet 2022.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () ; /6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 234 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
6. D'autre part, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " (). / Toute décision de rejet doit être motivée ".
7. Le silence gardé pendant deux mois par le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur la demande du 5 mai 2022 a fait naître, le 5 juillet 2022, une décision implicite de rejet, conformément aux dispositions de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration. Or, M. B ne démontre ni même n'allègue avoir demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire. Il suit de là que le moyen invoqué tiré du défaut de motivation de la décision implicite de rejet ne peut qu'être écarté.
8. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision du 23 mars 2022 qui se réfère à l'examen des besoins et à la situation personnelle de l'intéressé, ni des éléments du dossier et notamment de l'évaluation de la vulnérabilité du requérant à laquelle il a été procédé lors de l'enregistrement de sa demande d'asile que l'administration n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 4o Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3o de l'article L. 531-27. () ". Aux termes de l'article L. 531-27 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants: () 3o Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ". Selon l'article D.551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L.551-17 () prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () ".
10. M. B soutient d'une part avoir sollicité l'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée sur le territoire français, et qu'en tout état de cause, si sa demande devait être considérée comme tardive, il justifiait d'un motif légitime au sens du 4° de l'article L.551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. D'autre part, il fait valoir que la décision contestée a été prise en méconnaissance de son état de particulière vulnérabilité.
11. Toutefois, si M. B produit une copie d'écran d'un message reçu sur téléphone portable lui fixant un premier rendez-vous le 18 mars 2022, celui-ci concerne un rendez-vous auprès de l'association France Terre d'Asile et non un rendez-vous en préfecture pour le dépôt de sa demande d'asile. Il n'a, en tout état de cause, pas honoré ce rendez-vous et n'a déposé sa demande d'asile que le 23 mars 2022, après l'expiration du délai de quatre-vingt-dix jours prévu à l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant fait valoir qu'étant sans abri, il a tenté de se faire domicilier dès le 15 mars 2022, que la commune de Champigny-Sur-Marne a refusé sa demande et l'a redirigé à tort vers une association, ce qui lui a fait perdre du temps, et que ses problèmes de santé l'ont empêché de se présenter au rendez-vous initialement fixé le 18 mars 2022, les pièces produites au dossier ne permettent pas d'établir, alors qu'il résidait en France depuis le 21 décembre 2021 et qu'il ne ressort pas des pièces médicales produites que son état de santé aurait pu faire obstacle à l'engagement de démarches ou aurait nécessité le report du rendez-vous auprès de l'association France Terre d'asile, de circonstances particulières justifiant l'enregistrement tardif de sa demande d'asile. S'il apparaît que le requérant souffre de douleurs abdominales et de céphalées chroniques et qu'il est suivi par un psychologue depuis le 11 mars 2022 pour un syndrome post-traumatique, les éléments produits, y compris le certificat médical établi le 23 mai 2022 qui ne fait que reprendre les dires du requérant, ne permettent pas d'établir que les troubles relevés seraient d'une intensité telle qu'ils témoigneraient d'une situation de grande vulnérabilité. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire, sans enfant, âgé de 40 ans à la date de la décision attaquée et n'a pas déclaré souffrir d'un handicap. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a tenu compte des besoins et de la situation personnelle et familiale du requérant et ne s'est en conséquence pas cru en situation de compétence liée. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il n'avait pas déposé sa demande d'asile dans le délai prévu à l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait méconnu les dispositions des articles L. 551-15 et D.551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Ledamoisel, présidente,
Mme Bourdin, première conseillère,
M. Lacote, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.
La rapporteure,
S. BOURDIN
La présidente,
C. LEDAMOISELLa greffière,
H. BOURDAIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026