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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204592

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204592

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204592
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantBENOIT-GRANDIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 mai 2022, 20 mai 2022 et 13 octobre 2022, M. B D, représenté par Me Benoit-Grandiere, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, au préfet de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou subsidiairement, et dans les mêmes conditions, de lui enjoindre de réexaminer sa demande en lui délivrant durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles 75-I et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il n'est pas établi qu'il constituerait une menace pour l'ordre public et eu égard, également, à sa vie privée et familiale et à son insertion professionnelle dans la société française ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de retour :

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine et du fait qu'il sera séparé de sa famille restée en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, né le 31 mars 1983, de nationalité congolaise (République démocratique du Congo), est entré en France en 2006. Titulaire d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile depuis 2013, il en a sollicité le renouvellement début 2021. Par l'arrêté du 15 décembre 2021 dont il demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Pour l'application de ces dispositions et stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Pour refuser le renouvellement de son titre de séjour à M. D, le préfet de Seine-et-Marne a retenu qu'il constitue une menace à l'ordre public pour être défavorablement connu des services de police en ayant été cité, ainsi qu'il résulte de la note du commissariat de sécurité publique de Moissy Cramayel du 6 juillet 2021, dans plusieurs affaires. Il a été ainsi interpelé en qualité d'auteur de cession ou offre de stupéfiant, le 6 février 2016 et pour avoir conduit un véhicule sans permis sans assurance sous l'emprise de stupéfiants et en faisant usage d'un permis de conduire faux ou falsifié le 19 novembre 2020 puis pour circulation d'un véhicule sans assurance. Il a été, en outre, condamné le 19 juin 2018, à 6 mois d'emprisonnement avec sursis pour violence sur conjoint avec incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours. Le préfet de Seine-et-Marne a également relevé que M. D est divorcé et que s'il est le père de deux enfants de 11 et 6 ans, il ne fournit aucun élément de nature à établir sa participation à l'entretien et l'éducation de ces derniers. Il a, en outre, un fils âgé de 20 ans qui réside en République démocratique du Congo. Il ressort, enfin, des pièces du dossier que du fait de la présence de M. D depuis plus de dix ans en France, le préfet a saisi la commission du titre du séjour qui s'est prononcée le 25 novembre 2021 à la faveur d'un déclassement de son titre de séjour.

6. Pour contester la légalité de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, M. D se prévaut de sa présence ancienne en France ainsi que de celle de ses deux de ses enfants et de sa concubine ainsi que de la circonstance qu'il travaille. Toutefois, il n'apporte devant le tribunal aucun élément de nature à établir l'existence de liens avec ses enfants ni qu'il participe, effectivement à hauteur de ses moyens, à l'éducation et à l'entretien de ces derniers. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et notamment de la fiche pénale de l'intéressé que M. D a été condamné en 2018 à six mois d'emprisonnement avec sursis pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, et pour des faits de stupéfiants, conduite véhicule sans permis sans assurance sous l'emprise de stupéfiants. Dans ces conditions, compte-tenu du caractère récent et réitéré des faits qui lui sont reprochés et en dépit de la durée de séjour de M. D en France, le préfet de Seine-et-Marne n'a, en refusant de lui renouveler son titre de séjour, ni méconnu les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour opposée à M. D n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

9. M. D n'établit pas, ni même n'allègue que la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour serait insuffisamment motivée. Par suite, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français qui est également prononcée à son encontre n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte en application des dispositions rappelées au point précédent, le moyen tiré de ce que cette dernière décision serait insuffisamment motivée ne peut qu'être écartée. En tout état de cause, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit sur lequel il se fonde ainsi que les considérations de fait telles que rappelées au point 5, qui en constituent le fondement. Il ne ressort pas davantage de cet arrêté qu'eu égard à cette motivation, le préfet de Seine-et-Marne se soit abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de M. D.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. Si M. D soutient qu'il serait menacé en cas de retour en République démocratique du Congo en violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'apporte au soutien de son allégation aucun élément tendant à établir qu'il serait personnellement exposé à des menaces en cas de retour dans son pays d'origine, la seule circonstance qu'il serait séparé de sa famille restée en France étant sans incidence pour apprécier les risques encourus.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, si son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font toutefois obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à ce dernier de la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. C, président,

Mme Morisset, conseillère,

M. Cabal, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

A. A

Le président,

M. CLa greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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