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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204611

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204611

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204611
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantSTARTLAW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Lerat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2022 par laquelle le maire de Longperrier lui a refusé le droit à la période de préparation au reclassement, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux réceptionné le 28 janvier 2022 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Longperrier, à titre principal, de lui octroyer une période de préparation au reclassement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande sans délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Longperrier une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence, à défaut pour la commune de justifier de la délégation de signature régulière de son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, la commune ne pouvant légalement lui refuser le droit à la période de préparation au reclassement au seul motif de son placement en disponibilité d'office pour raisons de santé ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, la commune ayant illégalement retiré sa décision du 30 juin 2021 lui accordant le bénéfice de la période de préparation au reclassement quatre mois après son édiction ;

- elle est illégale par voie d'exception, du fait de l'illégalité des arrêtés la plaçant en disponibilité d'office, lesquels sont entachés eux-mêmes d'un vice de procédure et d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, la commune de Longperrier, représentée par Me Si Hassen, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, les conclusions à fin d'annulation étant dirigées contre un acte déclaratif ne faisant pas grief ;

- les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 24 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mai 2023 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delon,

- les conclusions de Mme Mentfakh, rapporteure publique,

- et les observations de Me Abbar, substituant Me Lerat, représentant Mme A, et celles de Me Si Hassen, représentant la commune de Longperrier.

Une note en délibéré a été enregistrée pour la commune de Longperrier le 8 juin 2023 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, titulaire du grade d'adjointe territoriale d'animation, exerce ses fonctions auprès de la commune de Longperrier depuis le 1er novembre 1999. Elle a été victime, les 4 juillet et 9 septembre 2014, d'accidents reconnus imputables au service. Par ailleurs, la qualité de travailleur handicapé lui a été reconnue du 27 juin 2016 jusqu'au 30 juin 2019. Par des arrêtés des 23 mars 2020, 26 avril 2021 et 27 décembre 2021, le maire de Longperrier a placé Mme A en disponibilité d'office avec maintien de son demi-traitement, dans l'attente de son reclassement. Puis, par un courriel adressé à Mme A le 19 janvier 2022, dont elle demande l'annulation, le maire lui a refusé le bénéfice à une période de préparation au reclassement.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Longperrier :

2. Aux termes de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 826-2 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions a droit à une période de préparation au reclassement avec traitement d'une durée maximale d'un an. Cette période est assimilée à une période de service effectif. Pendant cette période, l'agent peut être mis à disposition du centre de gestion pour exercer une mission définie au deuxième alinéa de l'article 25 de la présente loi. / Le fonctionnaire à l'égard duquel une procédure tendant à reconnaître son inaptitude à l'exercice de ses fonctions a été engagée a droit à la période de préparation au reclassement mentionnée au précédent alinéa ".

3. Eu égard à ses termes, le courriel litigieux du 19 janvier 2022, l'informant du refus au bénéfice à une période de préparation au reclassement révèle la décision du maire de Longperrier de refuser à Mme A le bénéfice de la période de préparation au reclassement, qui constitue un droit ainsi qu'il résulte des dispositions précitées de l'article 85-1 de la loi susvisée du 26 janvier 1984. Par conséquent, et alors même que la mise en œuvre de la période de préparation au reclassement implique la signature d'une convention entre l'agent, la commune et le centre de gestion, ce courriel adressé par la commune à Mme A, en ce qu'il lui refuse le droit à la période de préparation au reclassement, constitue une décision faisant grief, susceptible de recours contentieux. Les conclusions tendant à l'annulation de cette décision sont ainsi recevables et la fin de non-recevoir opposée par la commune doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, en l'absence de toute justification apportée par la commune de la compétence du signataire de la décision attaquée, notamment d'une délégation de signature régulière, afin de refuser à Mme A le droit à bénéficier de la période de préparation au reclassement, Mme A est fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'incompétence.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. En l'absence de toute considération de droit énoncée dans la décision attaquée, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, Mme A est également fondée à soutenir que celle-ci est entachée d'un défaut de motivation.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'autorité territoriale ou le président du Centre national de la fonction publique territoriale ou le président du centre de gestion, après avis du comité médical, propose à l'intéressé une période de préparation au reclassement en application de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. L'agent est informé de son droit à une période de préparation au reclassement dès la réception de l'avis du comité médical, par l'autorité territoriale dont il relève. / La période de préparation au reclassement débute à compter de la réception de l'avis du comité médical si l'agent est en fonction ou à compter de sa reprise de fonction si l'agent est en congé de maladie lors de la réception de l'avis du comité médical. / La période de préparation au reclassement prend fin à la date de reclassement de l'agent et au plus tard un an après la date à laquelle elle a débuté () ". Aux termes de l'article 2-1 du même décret : " La période de préparation au reclassement a pour objet de préparer et, le cas échéant, de qualifier son bénéficiaire pour l'occupation de nouveaux emplois compatibles avec son état de santé, s'il y a lieu en dehors de sa collectivité ou son établissement public d'affectation. Elle vise à accompagner la transition professionnelle du fonctionnaire vers le reclassement. / La période de préparation au reclassement peut comporter, dans l'administration d'affectation de l'agent ou dans toute administration ou établissement public (), des périodes de formation, d'observation et de mise en situation sur un ou plusieurs postes. / Pendant la période de préparation au reclassement, le fonctionnaire est en position d'activité dans son corps ou cadre d'emplois d'origine et perçoit le traitement correspondant ".

8. Il résulte des termes de la décision attaquée que, pour refuser à Mme A le droit à la période de préparation au reclassement, le maire de Longperrier s'est fondé sur le seul motif tiré de la position administrative de Mme A, placée en disponibilité d'office pour raisons de santé, à la suite de l'expiration de ses droits à congés de maladie. Or, il résulte des dispositions précitées des articles 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 et 2 du décret du 30 novembre 1985 que l'ensemble des agents reconnus inaptes à l'exercice des fonctions correspondant aux emplois de leur grade ont le droit à la période de préparation au reclassement. Contrairement à ce que fait valoir la commune, les termes du deuxième alinéa de l'article 2 n'ont ni pour objet ni pour effet de réserver ce droit aux seuls agents en fonction ou en congés de maladie, mais précisent le point de départ de la période de préparation au reclassement des agents intéressés, sans pour autant exclure de son champ d'application les agents placés en disponibilité d'office, dont l'inaptitude à l'exercice des fonctions correspondant aux emplois de leur grade est reconnue. Par conséquent, Mme A est également fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaît les dispositions précitées.

9. En outre, à supposer que la commune ait entendu demander au tribunal que soit substitué au motif tiré de la position administrative de Mme A le motif tiré de ce que l'intéressée ne pouvait, en tout état de cause, bénéficier de la période de préparation au reclassement, au regard de son portée de son inaptitude, elle n'assortit pas sa demande des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossiers, notamment des avis concordants émis par le comité médical départemental les 12 février 2020, 7 avril 2021 et, en dernier lieu, 10 novembre 2021 que Mme A a été reconnue définitivement inapte aux fonctions correspondant aux emplois de son grade d'adjointe d'animation territoriale et, ce faisant, a le droit à la période de préparation au reclassement afin d'être reclassée sur un emploi relevant d'un autre grade, le cas échéant du grade d'adjointe administrative territoriale. Enfin, la circonstance que le maire aurait pris après avoir recueilli les conseils du centre de gestion est sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Par conséquent, Mme A est fondée à soutenir qu'en prenant la décision attaquée, le maire de Longperrier a méconnu les dispositions des articles 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 et 2 du décret du 30 novembre 1985.

10. Il résulte de tout ce qui précède que, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à obtenir l'annulation de la décision du maire de Longperrier du 19 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

12. Compte tenu de l'ensemble des motifs d'annulation retenus, et de l'inaptitude définitive de Mme A à l'exercice des fonctions correspondant aux emplois de son grade d'adjointe d'animation, il y a lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A tendant à ce que la commune de Longperrier, sous réserve de changement des circonstances de droit et de fait, lui octroie le bénéfice de la période de préparation au reclassement. Il y a lieu de l'enjoindre d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Longperrier demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Longperrier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du maire de Longperrier du 19 janvier 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Longperrier d'octroyer à Mme A, sous réserve de changement des circonstances de droit et de fait, le bénéfice de la période de préparation au reclassement, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Longperrier versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Longperrier sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Longperrier.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

E. DELON

La présidente,

M. LOPA DUFRÉNOTLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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