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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204617

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204617

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantGALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2022, M. B A, représenté par Me Gall, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 mars 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de sept jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la date de la décision de retrait des conditions matérielles d'accueil ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 400 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée de vices de procédure dès lors que, d'une part, l'interruption du versement des conditions matérielles d'accueil est intervenue en amont de la notification de cessation des conditions matérielles d'accueil alors qu'il n'en a bénéficié que jusqu'au mois de décembre 2021 tandis que la décision de cessation de ces droits date de mars 2022, et que, d'autre part, il n'a pas bénéficié d'un nouvel examen de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'un refus d'embarquer ne constitue pas une situation de fuite et qu'il ne peut avoir refusé d'embarquer en janvier 2021 soit six mois avant l'enregistrement de sa demande d'asile auprès de autorités françaises ;

- il a respecté l'ensemble de ses obligations en se présentant systématiquement à tous les rendez-vous en préfecture depuis le mois de juillet 2021 ;

- les dispositions visées par cette décision sont inconventionnelles et méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 20. 5 de la directive 2013/33/UE ; la décision de retrait des conditions matérielles d'accueil met, en effet, en péril les conditions essentielles de sa vie dès lors qu'elle a pour conséquence de le priver de toute ressource, cette situation étant contraire au respect de la dignité humaine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Morisset a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 11 novembre 1998 et de nationalité afghane, a sollicité, le 15 juillet 2021, la reconnaissance du statut de réfugié en France et a accepté, le 16 août 2021, l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par une décision du 9 mars 2022, la directrice territoriale de l'OFII lui a retiré, sur le fondement des dispositions des articles L. 551-16 et D.551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes (). / Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement. / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

3. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle mentionne notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde. Elle précise ensuite que le requérant n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se rendre aux entretiens personnels concernant sa procédure d'asile et en refusant d'embarquer le 10 janvier 2021. La décision contestée est ainsi motivée en droit et en fait. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision en litige, telle que rappelée au point précédent, laquelle fait état des motifs pour lesquels la décision en litige a été prise à l'encontre du requérant, que le directeur territorial de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

5. En troisième lieu, M. A soutient que la décision attaquée aurait dû être précédée d'un entretien de vulnérabilité. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a déjà bénéficié d'un tel entretien lors du premier enregistrement de sa demande d'asile en France. Aucune disposition légale ou réglementaire n'impose la réalisation d'un nouvel entretien de vulnérabilité préalablement à une décision procédant au retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Enfin, en l'espèce, il ressort des mêmes pièces du dossier que l'intéressé a pu faire valoir, lors de l'entretien du 16 août 2021, tous les éléments utiles sur sa situation personnelle, notamment sur son état de santé en précisant souffrir de douleurs aux reins. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure pour ne pas avoir été précédée d'un entretien de vulnérabilité ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, il est constant que M. A ne s'est pas présenté à la convocation fixée au 10 janvier 2022 pour embarquer sur le vol AF1262. Il ne fait état d'aucun motif légitime de nature à justifier cette absence. Par ailleurs, le requérant ne produit aucun document de nature à justifier d'une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées. Par suite, la décision attaquée n'est entachée ni d'une erreur de droit, ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En cinquième lieu, l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 prévoit que : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; ou c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. / En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites (). / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. / 6. Les Etats membres veillent à ce que les conditions matérielles d'accueil ne soient pas retirées ou réduites avant qu'une décision soit prise conformément au paragraphe 5 ".

8. M. A soulève l'inconventionnalité de dispositions du droit interne français au regard des objectifs et dispositions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, tels qu'interprétés par la Cour de justice de l'Union européenne, au motif qu'elles ne garantiraient pas un niveau de vie digne à tous les demandeurs d'asile et en toutes circonstances. Toutefois, la cessation des conditions matérielles d'accueil en vertu des dispositions nationales applicables n'interdit, ni même n'empêche au demandeur d'asile d'en solliciter le rétablissement en faisant valoir tout élément relatif à sa situation personnelle, l'OFII étant alors tenu de les prendre en compte. Dès lors, l'exception d'inconventionnalité soulevée par le requérant n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil prise à son encontre. Le moyen doit donc être écarté.

9. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 6 et 8, la décision attaquée ne peut être regardée comme ayant été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales selon lesquelles nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, tout ou partie de la somme que le conseil de M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. C, président,

Mme Morisset, première conseillère,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

A. MORISSET

Le président,

M. CLa greffière,

G. AUMOND

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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