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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204645

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204645

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204645
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantCEREJA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 mai 2022, le 8 mai 2023 et le 3 juin 2023, M. C B, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 27 avril 2022 par laquelle le maire de Noiseau a refusé de faire usage de ses pouvoirs de police afin de faire assurer l'observation de la réglementation municipale relative aux nuisances sonores.

Il soutient que :

- la décision attaquée est illégale dès lors que l'arrêté municipal PM-2020-01P du 25 juin 2020 relatif à la lutte contre le bruit de voisinage méconnait le principe d'égalité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2023, la commune de Noiseau représentée par le cabinet Peyrical et Sabatier Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens de la requête sont infondés.

Par un courrier du 12 novembre 2024, les parties ont été informée que le jugement était susceptible de se fonder sur le moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaitre d'un refus de l'autorité administrative de prendre une mesure de police judiciaire (CE, 5/3 SSR, 27 mai 1991, Altiparmakian, n°113159, A - p. 213).

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Combier,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Après que M. B a constaté que la société Nashvert effectuait des travaux de jardinage sur les fonds de propriétaires voisins de son domicile passé midi en méconnaissance, selon lui, de l'arrêté municipal du 25 juin 2020 relatif aux nuisances sonores, il a par deux courriers des 23 mars et 5 avril 2022 sollicité du maire de la commune de Noiseau qu'il " intercède " auprès de la société Nashvert afin qu'elle " respecte la loi ". Par un courrier du 27 avril 2022 le maire a rejeté cette demande. M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions en annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. B a adressé le 23 mars 2022 au maire de Noiseau un courrier mentionnant : " Les incivilités reprennent très tôt avec ce printemps qui s'éveille ; ce jour j'ai interpellé une équipe de la société Nashvert qui intervenait chez un particulier () j'ai rappelé les règles concernant le bruit qui sont définis par un arrêté du maire de Noiseau () " Par un courrier du 5 avril 2022 M. B a demandé " de nouveau d'intercéder auprès de cette société, qui affiche un mépris dangereux et inacceptable envers la population, afin qu'elle respecte la loi. "

3. En premier lieu, aux termes de l'article 12 du code de procédure pénale : " La police judiciaire est exercée, sous la direction du procureur de la République, par les officiers, fonctionnaires et agents désignés au présent titre. " Aux termes de l'article 14 du même code : " Elle est chargée, suivant les distinctions établies au présent titre, de constater les infractions à la loi pénale, d'en rassembler les preuves et d'en rechercher les auteurs tant qu'une information n'est pas ouverte. " Aux termes de l'article 15 du même code : " La police judiciaire comprend : () / 1° Les officiers de police judiciaire ; () ". Aux termes de l'article 16 du même code : " Ont la qualité d'officier de police judiciaire : / 1° Les maires et leurs adjoints ; ". Aux termes de l'article R. 610-5 du code pénal : " La violation des interdictions ou le manquement aux obligations édictées par les décrets et arrêtés de police sont punis de l'amende prévue pour les contraventions de la 2e classe. "

4. A supposer que M. B ait entendu demander l'annulation de la décision du maire de Noiseau en tant qu'il refuserait de constater les infractions alléguées au règlement de police municipal relatif à la lutte contre le bruit de voisinage réprimées par l'article R. 610-5 du code pénal, précité, cette décision a été prise par le maire dans le cadre de ses attributions judiciaires. Dès lors, la juridiction administrative n'est pas compétente pour en connaître.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2212-1 code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. " Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () / 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que (), les bruits, les troubles de voisinage, () et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ; () "

6. Le refus opposé par un maire à une demande tendant à ce qu'il fasse usage des pouvoirs de police que lui confèrent les dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales n'est entaché d'illégalité que lorsque les nuisances sonores portent à la tranquillité publique une atteinte d'une gravité telle que le maire pouvait s'abstenir d'y porter remède, sans méconnaître ses obligations en matière de police.

7. En l'espèce, à supposer que le requérant ait entendu demander au maire de faire usage de son pouvoir de police administrative, il n'établit pas l'existence d'une atteinte à la tranquillité publique telle que le maire aurait méconnu ses obligations en matière de police en se bornant à se prévaloir des bruits causés par les travaux de jardinage entrepris par la société Nashvert sur des fonds voisins du domicile du requérant, dont il allègue qu'ils ont été constatés à deux reprises les 23 mars et 5 avril 2022.

8. En troisième et dernier lieu, pour rejeter la demande du requérant le maire s'est fondé sur la circonstance que si l'arrêté municipal du 25 juin 2020 relatif à la lutte contre le bruit de voisinage interdit les bruits de voisinages entre 12 heures et 14 heures les jours ouvrables, l'article 9 du même arrêté n'interdit les bruits de voisinage émis dans le cadres d'activités professionnelles qu'entre 20 heures et 7 heures le lendemain. Le requérant doit être regardé comme excipant de l'illégalité de cet arrêté en tant qu'il méconnait le principe d'égalité.

9. Aux termes de l'article 4 de l'arrêté municipal du 25 juin 2020 relatif à la lutte contre le bruit de voisinage : " Les travaux de bricolage ou de jardinage réalisés par des particuliers à l'aide d'outils ou d'appareils de nettoyage ou de construction susceptibles de causer une gêne pour le voisinage en raison de leur intensité sonore, tels que tondeuses à gazon, tronçonneuses, perceuses, raboteuses, scies électriques (liste non exhaustive) ne peuvent être effectué que : / Les jours ouvrables de 08 heures à 12 heures et de 14 heures à 19 heures / Les samedis de 08 heures à 12 heures et de 15 heures à 19 heures / Interdiction les dimanches et jours fériés ". L'article 9 du même arrêté dispose notamment que : " Toute personne utilisant dans le cadre de ses activités professionnelles à l'intérieur de locaux ou de plein air, sur la voie publique ou dans des propriétés privées, des outils, appareils ou autres engins, de quelque nature qu'ils soient, susceptibles de causer une gêne pour le voisinage en raison de leur intensité sonore ou de vibrations transmises, doit interrompre ses travaux entre 20 heures et 07 heures et toute la journée des dimanches et jours fériés sauf en cas d'intervention urgente. "

10. Toutefois, le principe d'égalité ne s'oppose ni à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la loi qui l'établit. M. B n'est par suite pas fondé à soutenir que l'arrêté du maire de Noiseau, qui pouvait distinguer les règles relatives aux nuisances sonores selon quelles s'appliquent à un particulier ou à une entreprise dès lors que la distinction entre ces catégories est objective, méconnait le principe d'égalité et le moyen doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 1 000 euros à verser à la commune de Noiseau au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Noiseau la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761­1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Noiseau.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, président présidente,

M. Combier, conseiller,

Mme Prissette, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

D. COMBIER

La présidente,

I. GOUGOT

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Val­de­Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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