mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2204670 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SCP MADRID CABEZO-MADRID FOUSSEREAU-MADRID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mai 2022, M. B C, représenté par la SCP Madrid-Foussereau-Madrid, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré sa carte de résident, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir, de lui délivrer une carte de résident ou, à titre subsidiaire, un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant retrait de la carte de résident :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les dispositions sur lesquelles s'est fondé le préfet de Seine-et-Marne ne s'appliquent pas aux cas de retrait des cartes de résident qui ont été délivrées aux ressortissants tunisiens sur le fondement de l'article 10 de l'accord franco-tunisien alors qu'au surplus, le retrait de son titre de séjour ne pouvait intervenir dès lors que le divorce a été prononcé dix-huit mois après sa délivrance.
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d'une carte de résident :
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait dès lors qu'il peut en tout état de cause bénéficier d'une carte de résident de plein droit sur le fondement du f) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié compte tenu de la durée de son séjour régulier en France depuis plus de dix ans.
En ce qui concerne les moyens communs contre les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour contenues dans l'arrêté querellé :
- les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est inséré personnellement et professionnellement en France.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans, qu'il travaille régulièrement et qu'il justifie de son insertion, de sorte qu'il peut prétendre, sur le fondement de ces dispositions, applicables aux ressortissants tunisiens conformément à l'article 7 quater de l'accord du 17 mars 1988 modifié, à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
- en refusant son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de ces dispositions, le préfet de Seine-et-Marne a entaché sa décision d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation dès lors que le préfet de Seine-et-Marne n'a pas examiné sa situation professionnelle et la durée de son séjour en France ;
- elle est illégale pour être entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il pouvait bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ;
- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réside régulièrement en France depuis plus de dix ans ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Une mise en demeure a été adressée le 30 juin 2022 à la préfecture de Seine-et-Marne.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant tunisien né le 25 janvier 1980, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint de français valable du 3 mai 2011 au 4 mai 2021 qui lui avait été délivrée sur le fondement des stipulations de l'alinéa a de l'article 10 de l'accord franco-tunisien modifié du 17 mars 1988. Par un arrêté du 11 avril 2022, le préfet de Seine-et-Marne a retiré le titre de séjour antérieurement délivré à M. C, lui a refusé la délivrance du certificat de résident sollicité ainsi que la délivrance d'un titre de séjour sur les fondements des articles L. 423-25 et L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par la requête susvisée, le requérant demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". En dépit d'une mise en demeure adressée le 30 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas produit de mémoire en réponse à la requête qui lui a été communiquée le 25 mai 2022. Par conséquent, il doit être regardé comme ayant acquiescé aux faits exposés dans cette requête et non contredits par les pièces du dossier.
En ce qui concerne la légalité de la décision de retrait de la carte de résident :
3. D'une part, aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien modifié du 17 mars 1988 : " Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : / a) Au conjoint tunisien d'un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à
condition que la communauté de vie entre époux n'ait pas cessé, que le conjoint ait
conservé sa nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait
été transcrit préalablement sur les registres de l'état-civil français () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. / La délivrance de cette carte est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. / Elle peut être retirée en raison de la rupture de la vie commune dans un délai maximal de quatre années à compter de la célébration du mariage. () ". Aux termes de l'article L. 432-5 du même code : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. ".
5. Pour retirer la carte de résident dont M. C était titulaire, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur les dispositions précitées des articles L. 423-6 et L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur la circonstance que le mariage de l'intéressé avec une ressortissante française avait été dissous le 24 décembre 2012, après moins de quatre année de mariage. Toutefois, les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant qu'elles prévoient la possibilité de retirer la carte de résident accordée aux étrangers conjoints de Français ayant rompu la vie commune dans les quatre années suivant la délivrance de cette carte ne concernent que le cas des étrangers ayant obtenu leur titre de séjour sur le fondement du même article dont le régime ne peut être assimilé à celui des cartes de résident délivrées de plein droit aux conjoints tunisiens de ressortissants français mariés depuis au moins un an sur le fondement de l'alinéa a de l'article 10 de l'accord franco-tunisien. Par suite, le préfet de Seine-et-Marne ne pouvait se fonder sur ces dispositions pour procéder au retrait de la carte de résident de M. C. Il ne pouvait davantage se fonder sur les dispositions de l'article L. 432-5 du même code qui ne s'applique qu'aux hypothèses d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle. Par suite, M. C est fondé à soutenir qu'en procédant au retrait de sa carte de résident sur le fondement des dispositions des articles L. 423-6 et L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Seine-et-Marne a entaché sa décision d'une erreur de droit et à en demander pour ce motif, et sans qu'il soit besoin d'examiner le moyen tiré de son insuffisante motivation, son annulation.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'illégalité de la décision implicite portant refus de renouvellement d'une carte de résident :
6. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.
7. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors même qu'il soutient être régulièrement présent depuis plus de dix ans sur le territoire français, que M. C a sollicité la délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'alinéa f de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié. Dans ces conditions, et dès lors la décision contestée n'a pas été prise sur ce fondement, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'alinéa f de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié doit être écarté comme inopérant
En ce qui concerne la légalité de la portant refus d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
8. Selon les stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ".
9. Si M. C se prévaut de sa présence en France depuis plus de onze ans à la date de la décision attaquée et de sa bonne insertion professionnelle, il ressort des pièces du dossier qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de trente ans et il résulte des énonciations de l'arrêté attaqué qui ne sont pas utilement contestées, qu'il est marié avec une ressortissante tunisienne avec laquelle il aurait un enfant, ces derniers résidant en Tunisie et qu'il est hébergé en France chez un ami. Dans ces conditions, en dépit de ses efforts d'intégration, et dès lors que le requérant n'établit pas l'existence d'une vie privée particulière en France, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
10. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ". Selon l'article L. 432-13 de ce code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1.". L'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié n'a pas entendu écarter l'application des dispositions de procédures qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titre de séjour, au nombre desquelles figurent notamment les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre que des cas des seuls ressortissants tunisiens qui remplissent effectivement les conditions prévues notamment par l'article L. 435-1 ou des stipulations équivalentes de l'accord franco-tunisien et non de tous ceux qui se prévalent de ces dispositions
11. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de Seine-et-Marne a examiné d'office la situation du requérant au titre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. En l'espèce, M. C soutient avoir vécu régulièrement en France depuis son arrivée en France en 2010 et y avoir travaillé, soit depuis plus de dix ans. Ces faits, auxquels le préfet de Seine-et-Marne est réputé avoir acquiescé ainsi qu'il l'a été dit au point 2, ne sont pas contredits par les nombreuses pièces versées par le requérant à l'instance. Par suite, le préfet ne pouvait refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans avoir saisi préalablement la commission du titre de séjour.
12. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. En l'espèce, l'absence de consultation préalable de la commission du titre de séjour a privé M. C d'une garantie, ce qui, de plus, a été de nature à avoir une influence sur le sens de la décision contestée. Il suit de là qu'en s'abstenant de consulter cette commission, M. C est fondé à soutenir que la décision du préfet de Seine-et-Marne est illégale pour être entachée d'un vice de procédure et d'en demander, pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués à l'appui de ses conclusions, son annulation.
En ce qui concerne les autres moyens de la requête dirigés contre les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. M. C fait valoir qu'il est parfaitement inséré dans la société française compte tenu de son parcours professionnel et des liens amicaux qu'il a pu nouer en France ainsi que de sa bonne moralité . Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point 9 quant à la présence en Tunisie de son épouse et de son enfant, les circonstances qu'il invoque ne sont pas à elles seules suffisantes pour établir que le préfet de Seine-et-Marne aurait porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être également écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède, que M. C est fondé à demander l'annulation des décisions du 11 avril 2022 portant retrait de sa carte de résident et refus de délivrance d'un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné qui manquent de base légale.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
16. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
17. Eu égard aux motifs d'annulation ci-dessus retenus, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer la situation de M. C et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Il y a également lieu d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
18. Pour l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'État (préfecture de Seine-et-Marne) la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 11 avril 2022 est annulé.
Article 2 : il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer la situation de M. C et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Le préfet délivrera à M. C une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa demande de titre de séjour.
Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 4 : l'État (préfecture de Seine-et-Marne) versera à M. C la somme de 1000 euros sur le fondement de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. L'hirondel, président,
Mme Morisset, conseillère,
M. Cabal, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.
Le rapporteur,
P.Y. A
Le président,
M. L'HIRONDEL La greffière,
L. DARNAL
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026