Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204744

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204744
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET BARDON & DE FAY - BF2A

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de MELUN annule la décision du 15 mars 2022 par laquelle le maire de Tigeaux a exercé le droit de préemption sur une parcelle appartenant à M. D. La décision est annulée pour insuffisance de motivation, car elle ne mentionne pas l'objet précis du projet justifiant la préemption, en méconnaissance des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme. Le tribunal accueille ainsi le moyen soulevé par le requérant, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2022, M. B D, représenté par Me Gerphagnon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 mars 2022 par laquelle le maire de Tigeaux a décidé d'exercer le droit de préemption sur la parcelle cadastrée section A n°154 située 1 chemin de la Garenne à Tigeaux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Tigeaux une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence dès lors, d'une part, qu'il n'est pas établi que la commune ait institué un droit de préemption en zone U du règlement du plan local d'urbanisme et, d'autre part, que le maire ne disposait pas de la délégation de compétence requise ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors que le projet censé justifier la préemption ne peut être identifié et qu'aucun élément ne permet d'apprécier la réalité de ce projet.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2024, la commune de Tigeaux, représentée par Me Bardon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée a été signée par une autorité compétente ;

- elle est suffisamment motivée.

La procédure a été communiquée à Mme C qui n'a pas produit d'observations.

Par une lettre du 6 juin 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 20 juin 2024 sans information préalable.

Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été émise le 19 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Collen-Renaux

- et les conclusions de Mme Blanc, rapporteure publique

Considérant ce qui suit :

1. M. D a conclu une promesse de vente avec Mme C portant sur le terrain dont il est propriétaire situé 1 chemin de la Garenne à Tigeaux, sur la parcelle cadastrée section A n°154. Le 24 février 2022, son notaire a adressé à la mairie de Tigeaux une déclaration d'intention d'aliéner, reçue le 28 février 2022. Par une décision du 15 mars 2022, le maire de Tigeaux a exercé le droit de préemption sur ce bien et proposé son acquisition au prix de 5 000 euros. Par la présente requête, M. D demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme alors en vigueur : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. / () / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. Toutefois, lorsque le droit de préemption est exercé à des fins de réserves foncières dans le cadre d'une zone d'aménagement différé, la décision peut se référer aux motivations générales mentionnées dans l'acte créant la zone. () ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code alors applicable : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels. / () ". Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse du 15 mars 2022 indique que le maire " exerce le droit de préemption sur la parcelle identifiée au cadastre sous le numéro A 154 située sur la commune de Tigeaux ", elle rappelle que le terrain n'est pas constructible, qu'il est situé en zone classé et propose à M. D une offre de rachat à 5 000 euros. Dès lors, la décision du 15 mars 2022 ne saurait être regardée comme comportant les éléments permettant d'identifier l'objet pour lequel le droit de préemption est mis en œuvre. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision d'exercice du droit de préemption doit être accueilli.

4. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme (), la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation (), en l'état du dossier ". Pour l'application de ces dispositions, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de la décision du 15 mars 2022 du maire de Tigeaux.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 15 mars 2022 par laquelle le maire de Tigeaux a décidé d'exercer le droit de préemption sur la parcelle cadastrée section A n°154 située 1 chemin de la Garenne doivent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Tigeaux demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Tigeaux la somme de 1 500 euros à verser au requérant au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 mars 2022 du maire de Tigeaux est annulée.

Article 2 : La commune de Tigeaux versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Tigeaux tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à la commune de Tigeaux et à Mme A C.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Senichault-de-Izaguirre, conseillère,

M. Collen-Renaux, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

Le rapporteur,

T. COLLEN-RENAUXLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,