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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204750

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204750

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204750
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCLAUDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 mai 2022 et le 11 décembre 2022, Mme F E, Mme D E épouse A, Mme H E épouse B, M. I E et Mme J C épouse E demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2017 par lequel le maire de Savigny-le-Temple a autorisé, au nom de l'État, la SCI SIM à démolir partiellement quatre bâtiments existants et à construire deux bâtiments de 9 logements sur un terrain situé 5 rue Grande à Savigny-le-Temple ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2019 par lequel le maire de Savigny-le-Temple a, au nom de l'État, délivré à la SCI SIM un permis de construire modificatif en vue de la régularisation des travaux pour démolition et la reconstruction de la façade sur rue à l'identique et la création d'un vide sanitaire sur un terrain situé 5 rue Grande à Savigny-le-Temple ;

3°) d'annuler les décisions implicites du 25 mars et du 22 avril 2022 rejetant leurs recours administratifs ;

4°) d'ordonner une expertise pour déterminer l'état initial du terrain naturel et l'exactitude des cotes des permis de construire et que chaque partie conserva la charge de ses frais et dépens ;

5°) de rejeter les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête n'est pas tardive dès lors que le premier permis de construire délivré le 21 mars 2017 n'a pas fait l'objet d'un affichage régulier et qu'aucun affichage n'est intervenu pour le permis de construire délivré le 29 avril 2019 ;

- la requête est recevable dès lors qu'ils produisent les pièces exigées en application de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- la requête est recevable dès lors que les recours gracieux et hiérarchiques ont été notifiés conformément aux dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- la requête est recevable dès lors qu'ils ont intérêt leur donnant qualité pour agir contre les permis attaqués ;

- les permis attaqués ont été obtenus par fraude ;

- l'arrêté du 21 mars 2017 est caduc dès lors que le chantier a été interrompu et que le délai de péremption est échu au 12 mars 2020 ; le chantier a repris quelques semaines et est de nouveau suspendu depuis le mois d'août 2021 ;

- le dossier de demande de permis de construire modificatif est incomplet et entaché d'inexactitude ; il ne précise pas les éléments pour mesurer la hauteur de la construction ; il ne comporte pas la notice prévue à l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué du 29 avril 2019 est illégal dès lors que les modifications apportées au permis initial modifient la conception générale du projet ;

- l'arrêté du 29 avril 2019 méconnaît l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que la hauteur de la construction est supérieure à 10 mètres au faîtage ;

- l'arrêté du 29 avril 2019 méconnaît l'article 10 du règlement du plan local d'urbanisme et l'article L. 421-3 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué du 29 avril 2019 est illégal dès lors qu'eu égard à la hauteur du vide sanitaire situé à plus de 2,40 mètres au-dessus du terrain naturel, un exhaussement du sol est nécessaire et il n'a pas été autorisé par le permis de construire en litige ;

- les arrêtés attaqués sont illégaux dès lors qu'il n'est pas possible d'apporter de la terre en limite séparative et qu'aucun mur pour soutenir les terres n'est prévu dans le permis de construire modificatif ;

- les arrêtés attaqués méconnaissent l'article 11-6 du plan local d'urbanisme dès lors que la clôture ne pourra être comprise entre 1,80 mètres et 2 mètres ;

- les arrêtés attaqués méconnaissent l'article UA 13 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors qu'une rampe d'accès ne peut être construite sur ces terrains cultivés.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en application de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- la requête est tardive ;

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants n'ont pas intérêt pour agir contre les permis attaqués ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2022, la SCI SIM, représentée par Me Claude, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive dès lors qu'elle n'a pas été exercée dans le délai de recours contentieux, ni dans le délai raisonnable d'un an et que les requérants déclarent avoir pris connaissance du permis de construire modificatif en août 2021 ;

- la requête est irrecevable dès lors qu'ils n'ont pas intérêt pour agir à l'encontre du permis de construire modificatif délivré le 29 avril 2019 qui autorise uniquement la création d'un vide sanitaire ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des observations, enregistrées le 11 octobre 2022 et le 23 décembre 2022, la commune de Savigny-le-Temple, représentée par Me Benjamin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive dès lors qu'elle n'a pas été présentée dans le délai raisonnable d'un an alors que le permis initial du 21 mars 2017 a fait l'objet d'un affichage constaté par huissier durant une période d'au moins deux mois à compter du 20 septembre 2017 ;

- la requête est irrecevable en l'absence de notification du recours hiérarchique effectué auprès du préfet à la commune de Savigny-le-Temple et du recours gracieux effectué auprès de la commune au préfet de Seine-et-Marne en méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants n'ont pas intérêt à agir à l'encontre des arrêtés attaqués ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une lettre du 12 décembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 6 janvier 2023 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture immédiate de l'instruction a été émise le 19 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Blanc, conseillère,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

- et les observations de Mme F E, de Mme G, représentant la préfecture de Seine-et-Marne, et de Me Diallo-Lecamus, représentant la commune de Savigny-le-Temple.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 21 mars 2017, le maire de Savigny-le-Temple a, au nom de l'État, délivré à la SCI SIM un permis de construire en vue de démolir partiellement 4 bâtiments existants et de construire deux bâtiments de neufs logements collectifs sur un terrain situé 5 rue Grande. Par un arrêté du 29 avril 2019, le maire de Savigny-le-Temple a, au nom de l'État, délivré à la SCI SIM un permis de construire modificatif en vue de régulariser les travaux de démolition et reconstruire la façade sur rue à l'identique et créer un vide sanitaire sur ce terrain. Par des courriers du 24 janvier 2022 et du 16 février 2022, les requérants ont formé respectivement un recours administratif auprès du maire de Savigny-le-Temple et du préfet de Seine-et-Marne à l'encontre de ces permis de construire, qui ont été implicitement rejetés. Ils demandent l'annulation du permis de construire initial, du permis de construire modificatif et des décisions rejetant leurs recours administratifs.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre l'arrêté du 21 mars 2017 :

2. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Aux termes de l'article R* 424-15 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur du 5 octobre 2013 au 23 juin 2019 : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier. / () / Un arrêté du ministre chargé de l'urbanisme règle le contenu et les formes de l'affichage ".

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment d'un constat d'huissier produit en défense par la société pétitionnaire et établi pour elle, que les 21 septembre, 21 octobre et 21 novembre 2017, un affichage du permis de construire du 21 mars 2017 a été réalisé au niveau du terrain d'assiette du projet et qu'il était visible depuis la voie publique, contrairement à ce qu'allèguent les requérants. Si les requérants soutiennent que l'affichage de ce permis était illisible, il ressort de la photographie produite dans le constat d'huissier que cet affichage était visible et lisible depuis la voie publique. En outre, la circonstance que les requérants se prévalent d'une fraude n'a pas d'incidence sur l'opposabilité du délai de recours contentieux qui court à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain. Il s'ensuit que l'affichage du permis de construire du 21 mars 2017 sur le terrain d'assiette du projet doit être regardé comme régulier et a fait courir le délai de recours à l'égard des tiers. Les conclusions à fin d'annulation de cet arrêté, enregistrées au greffe du tribunal le 11 mai 2022, sont tardives et la fin de non-recevoir opposée en défense par la société pétitionnaire et le préfet de Seine-et-Marne doit être accueillie.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre l'arrêté du 29 avril 2019 :

4. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / () ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir utilement contesté le permis initial, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement que les requérants ont contesté tardivement le permis initial, délivré le 21 mars 2017. Ils doivent, par suite, être regardés comme n'ayant pas contesté utilement ce permis et leur intérêt à agir contre le permis modificatif ne peut être apprécié qu'au regard de la portée des modifications de celui-ci, délivré le 29 avril 2019, apporte au projet de construction initialement autorisé. Or, il ressort des pièces du dossier que le permis de construire modificatif porte sur la régularisation des travaux pour démolition et reconstruction de la façade sur rue à l'identique ainsi que la création d'un vide sanitaire. D'une part, si les requérants, voisins immédiats du projet, se prévalent d'un préjudice de vue et d'une perte d'ensoleillement, ils ne font état d'aucun élément relatif à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction tel que modifié par le permis de construire modificatif. D'autre part, la circonstance alléguée relative à l'exécution des travaux et à la localisation du vide-sanitaire est sans incidence sur l'appréciation de l'intérêt à agir des requérants. Par suite, les requérants ne disposent pas d'un intérêt à agir pour contester la légalité de cet arrêté et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'expertise :

8. Les conclusions à fin qu'une expertise soit ordonnée n'étant pas utiles à la solution du litige, il n'y a pas lieu d'y faire droit. Par suite, de telles conclusions sont rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu de mettre à la charge solidaire des requérants le versement de la somme de 1 500 euros à la société pétitionnaire au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

10. La commune de Savigny-le-Temple n'étant pas partie à l'instance, mais seulement observatrice, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme qu'elle demande en application desdites dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E et autres est rejetée.

Article 2 : Mme F E, Mme D E épouse A, Mme H E épouse B, M. I E et Mme J C épouse E verseront solidairement la somme de 1 500 euros à la SCI SIM au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Savigny-le-Temple au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, désignée représentante unique pour l'ensemble des requérants, à la SCI SIM, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la commune de Savigny-le-Temple.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 17 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Jeannot, première conseillère,

Mme Blanc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

La rapporteure,

T. BLANCLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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