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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204754

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204754

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204754
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSILVA MACHADO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Silva Machado, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous une astreinte de 50 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ; il n'est pas fait mention de son hépatite C qui n'a pas été prise en charge et des différentes opérations chirurgicales qu'elle a subie ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° du L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de son état de santé ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle a tissé des liens en France et qu'elle entretient une relation amoureuse stable ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des risques encourus pour intégrité physique en République démocratique du Congo.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable pour tardiveté ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Delmas pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Delmas a lu son rapport en l'absence des parties qui n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante congolaise née le 27 juillet 1990 à Kinshasa (République démocratique du Congo), est entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, le 28 novembre 2019 afin d'y solliciter l'asile. Le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 29 décembre 2020, confirmée le 9 juillet 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 5 janvier 2022, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Seine-et-Marne :

2. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. ". Aux termes du deuxième alinéa du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-5 du même code, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de quinze jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour notifiées simultanément. Cette notification fait courir ce même délai pour demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement dans les conditions prévues à l'article L. 752-5 du même code. ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B a bénéficié d'une domiciliation postale au sein du service de premier accueil des demandeurs d'asile de Melun situé 2 bis avenue Jean Jaurès à Melun, dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. En outre, il ressort des pièces du dossier que les décisions obligeant Mme B à quitter le territoire français, lui fixant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle doit être éloignée d'office contenues dans l'arrêté en litige, ont été notifiées simultanément à l'intéressée par voie postale à son adresse de domiciliation au service de premier accueil des demandeurs d'asile, en recommandé avec demande d'avis de réception. Il ressort des termes mêmes de la requête que ce pli a été déposé à l'attention de Me B à cette adresse le 15 janvier 2022. Enfin, il ressort de l'arrêté en litige qu'il comportait la mention des voies et délais de recours ouverts contre les décisions attaquées, dont la requérante est réputée avoir compris le sens. Dans ces conditions, Mme B doit être considérée comme ayant reçu notification de l'arrêté du 5 janvier 2022 ainsi que celle des voies et délais de recours le 15 janvier 2022, date du dépôt de l'avis de mise en instance du pli au service de premier accueil des demandeurs d'asile de Melun.

4. D'autre part, Mme B fait valoir qu'elle n'a pas pu être touchée par l'envoi du pli contenant l'arrêté en litige compte tenu de son état de santé. Toutefois, il ressort du compte-rendu d'opération établi par un praticien de l'hôpital privé des Peupliers que la requérante a fait l'objet d'une myomectomie par laparotomie médiane sous ombilicale avec ligature vasculaire et exérèse de corps étranger rétro péritonéal le 8 décembre 2021. S'il n'est pas contesté que cette opération était douloureuse et que la mobilité de la requérante a pu en être réduite un temps, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment du bulletin d'hospitalisation du 23 février 2022 et de l'attestation non datée de l'infirmière assurant les soins post opératoires, que cette opération aurait eu une incidence notable sur les déplacements de la requérante au point qu'elle n'ait pu retirer le pli contenant l'arrêté en litige dans sa boîte aux lettres au service de premier accueil des demandeurs d'asile de Melun au cours de la seconde quinzaine du mois de janvier 2022. Par ailleurs, la circonstance que Mme B ait été placée en garde à vue le 29 avril 2022 n'a pas eu pour effet de rouvrir lesdits délais.

5. Enfin, la requête susvisée de Mme B n'a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun que le 12 mai 2022, soit longtemps après l'expiration du délai de quinze jours rappelé au point 2 du présent jugement qui lui était imparti à cette fin. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de sa requête étaient tardives et, par voie de conséquences, irrecevables. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Seine-et-Marne en défense doit être accueillie. Il y a lieu, par voie de conséquences, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, présentées par Mme B.

D E C I D E

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : S. DELMASLa greffière,

Signé : L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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