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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204765

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204765

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204765
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGATE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n° 2206588 du 11 mai 2022, le président de la 10ème chambre du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Melun la requête de la société halles Paris sud.

Par cette requête, enregistrée au greffe de tribunal administratif de Melun le 11 mai 2022, la société halles Paris sud, représentée par Me Verdeil et Me Herry, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le directeur des grandes entreprises a refusé de lui accorder le bénéfice d'aides du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences de la propagation de l'épidémie de covid-19, pour les mois de février, mars et avril 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui verser la somme de 183 897 euros par mois, soit un total de 551 691 euros, majorée des intérêts de retard au taux légal à compter respectivement des 30 mars, 12 mai et 27 mai 2021, et de prononcer la capitalisation annuelle des intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de le condamner aux dépens.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées en tant qu'elles ne contiennent aucune référence à un motif de droit ou de fait et qu'elles ne reposent sur aucun texte légal ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle détenait l'intégralité du capital de la société J. Colas et Cie, et chacune de ces deux sociétés exploitait un fonds de commerce ; depuis l'opération de transmission universelle de patrimoine, elle exploite les deux fonds de commerce, qui sont tous deux en difficulté ; l'opération de transmission universelle de patrimoine n'a eu pour effet que de modifier la société exploitant le fonds de commerce précédemment exploité par la société J. Colas et Cie, mais l'activité en elle-même n'a pas été modifiée ; la position de l'administration revient donc à lui refuser le bénéfice du fonds de solidarité covid-19, du fait de cette seule restructuration, alors qu'il est établi que l'activité de la société les halles de Paris et celle de la société J. Colas et Cie ont toutes les deux été affectées par la crise sanitaire, et sont directement visées par la loi n°2020-290 du

23 mars 2020 ;

- en l'absence de transmission universelle de patrimoine, la société les halles de Paris, ainsi que la société J. Colas et Cie, auraient répondu individuellement à l'ensemble des critères leur permettant de bénéficier du fonds de solidarité;

- quand bien même la foire aux questions publiée par l'administration fiscale à propos du fonds de solidarité aurait été modifiée avant l'opération de restructuration, la position de l'administration à propos des fusions est manifestement illogique, puisqu'elle revient à exclure purement et simplement du bénéfice du fonds de solidarité les entreprises ayant opéré des restructurations internes dans le contexte de la crise sanitaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de commerce ;

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pradalié,

- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiées halles Paris sud exerce une activité de commerce de gros de fruits et légumes. Le 30 septembre 2020, la société J. Colas et Cie a fait l'objet d'une transmission universelle de patrimoine (TUP) au profit de la société la halles Paris sud, qui en était l'associée unique, sur le fondement des dispositions de l'article 1844-5 du code civil. Par des décisions successives, le directeur des grandes entreprises du ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a rejeté les demandes d'aide aux entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, pour les mois février 2021 à avril 2021, présentées par la société halles Paris sud sur le fondement du décret susvisé du 30 mars 2020. La société halles Paris sud demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, dans sa rédaction applicable au litige : " Il est institué, jusqu'au 31 août 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation () ". L'article 3 de la même ordonnance dispose : " Un décret fixe le champ d'application du dispositif, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 1844-4 du code civil : " Une société, même en liquidation, peut être absorbée par une autre société ou participer à la constitution d'une société nouvelle, par voie de fusion () ". Selon l'article L. 236-3 du code de commerce, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - La fusion ou la scission entraîne la dissolution sans liquidation des sociétés qui disparaissent et la transmission universelle de leur patrimoine aux sociétés bénéficiaires, dans l'état où il se trouve à la date de réalisation définitive de l'opération. Elle entraîne simultanément l'acquisition, par les associés des sociétés qui disparaissent, de la qualité d'associés des sociétés bénéficiaires, dans les conditions déterminées par le contrat de fusion ou de scission () ".

4. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'absorption d'une société par voie de fusion entraîne la dissolution sans liquidation de la société absorbée ainsi que le transfert de l'ensemble des éléments composant l'actif et le passif de cette dernière vers la société absorbante, les deux sociétés fusionnées ne formant alors qu'une seule et même personne morale.

5. Pour rejeter les demandes d'aide en litige, le directeur des grandes entreprises s'est fondé sur la circonstance que la société requérante, qui a absorbé le 30 septembre 2020 la société J. Colas et Cie, ne pouvait pas se prévaloir du chiffre d'affaires réalisé par cette société absorbée au cours de la période de référence de l'année 2019 pour déterminer sa perte de chiffre d'affaires au titre des mois pour lesquels elle sollicitait l'aide prévue par le décret du 30 mars 2020 modifié.

6. Toutefois, compte tenu des effets d'une transmission universelle de patrimoine, opération qui n'entraîne pas la liquidation de la société absorbée, la société requérante, en tant que société absorbante qui ne peut être considérée comme distincte de la société absorbée, doit être regardée comme ayant poursuivi l'exploitation de cette dernière. Dans ces conditions, et eu égard à l'objectif du décret susvisé du 30 mars 2020, qui institue un fonds de solidarité destiné aux entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, la société requérante était fondée à retenir comme chiffre d'affaires de référence au titre des mois de février 2021 à avril 2021 le chiffre d'affaires mensuel moyen, ou au titre du mois pertinent, réalisé en 2019 par la société absorbée J. Colas et Cie.

7. Il résulte de toute ce qui précède que la société halles Paris sud est fondée à demander l'annulation des décisions de refus de ses demandes d'aide pour les mois de février 2021, mars 2021 et avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution / () ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique qu'il soit enjoint au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne, ou à tout autre service relevant du ministre chargé de l'économie, de procéder à un nouvel examen des demandes présentées par la société requérante au titre des mois de février 2021, mars 2021 et avril 2021, en tenant compte des motifs du présent jugement, et dans un délai de deux mois à compter de la notification du même jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions par lesquelles le directeur des grandes entreprises a refusé d'octroyer à la société halles Paris sud le bénéfice de l'aide prévue par le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 au titre des mois de février 2021 à avril 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne, ou à tout autre service relevant du ministre chargé de l'économie, de procéder à un nouvel examen des demandes de la société halles Paris sud dans un délai de deux mois à compter la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la société halles Paris sud la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société halles Paris sud, au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Pradalié, premier conseiller,

Mme Tiennot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 10 octobre 2024.

Le rapporteur,

G. PRADALIELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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