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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204766

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204766

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204766
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantYTURBIDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2022, M. A C, représenté par Me Yturbide, demande au tribunal :

1°) d'annuler, en toutes ces décisions, l'arrêté du 14 avril 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré son certificat de résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence ou, subsidiairement, de réexaminer, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) subsidiairement, de lui accorder un délai supérieur à trente jours pour organiser son départ ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les frais irrépétibles.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de la durée de son séjour en France, des attaches familiales qu'il y dispose, de son insertion et de son activité professionnelle alors qu'un retour dans son pays d'origine constituerait une mesure disproportionnée ;

- pour les mêmes motifs, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente faute pour l'administration de justifier la délégation de signature de son auteur ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il pouvait prétendre à la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement du 7° de l'article L 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Le préfet de Seine-et-Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, né le 7 novembre 1987 de nationalité algérienne, est entré en France le 13 août 2016. Il s'est marié le 13 avril 2018 avec une ressortissante française. A raison de ce mariage, un certificat de résidence algérien mention " conjoint de français " lui a été délivré. A la suite de son divorce prononcé le 20 septembre 2019, le préfet de Seine-et-Marne, par un arrêté du 14 avril 2022 dont il demande l'annulation, lui a retiré ce certificat de résidence, a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur un autre fondement, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application notamment les dispositions pertinentes de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle comporte également les considérations de fait qui en constituent le fondement. Le préfet s'est, ainsi, notamment fondé sur les conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé, sa situation matrimoniale ainsi que sa situation professionnelle, ses attaches dans son pays d'origine et qui sont précisées dans l'arrêté querellé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée ne peut être qu'écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur

situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 5°) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

4. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. D'une part, M. C étant de nationalité algérienne, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 423-23 du même code à la date de l'arrêté contesté, qui ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. En revanche, il peut se prévaloir des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien précitées, qui contiennent les mêmes dispositions et sur lesquelles le préfet de Seine-et-Marne a porté son appréciation pour refuser de délivrer à l'intéressé un titre de séjour.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté en litige, l'entrée sur le territoire français de M. C présentait un caractère récent. Alors même qu'il a été, entre 2018 et 2019, marié quelques mois avec une ressortissante de nationalité française, l'intéressé ne contestant pas au demeurant le motif du retrait de son certificat de résidence, le requérant qui est divorcé et sans enfant ne justifie pas d'une situation familiale particulière. En se bornant à indiquer que ses deux frères, dont un à la nationalité française, vivent en France, le requérant n'établit pas l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec eux. Par ailleurs, le seul contrat de travail conclu en mars 2021 et les bulletins de paie établis entre mars 2021 et décembre 2021 ne sont suffisants pour établir une insertion professionnelle particulière. Enfin, M. C n'établit pas qu'il serait isolé dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et eu égard, en particulier, à la brièveté du séjour de M. C sur le territoire français et à sa situation familiale, l'arrêté en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel il a été pris. Il n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne ait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de M. C en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles ( ) L. 423-23, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

8. M. C soutient que la décision contestée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour alors qu'il relève des critères fixés au 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu à la date de la décision contestée l'article L. 423-23 du même code. Toutefois, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui, notamment, remplissent effectivement les conditions prévues à l'article L. 423-23, de ce code auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. C ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 de ce code dont les dispositions sont reprises au 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, le préfet de Seine-et-Marne n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Le moyen tiré du vice de procédure doit, en conséquence, être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la décision contestée étant signée par le préfet de Seine-et-Marne et non pas, comme le soutient à tort le requérant, par délégation de ce dernier, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ne peut être qu'écarté.

10. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour opposée à M. C n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Il résulte de ces dispositions que la procédure contradictoire préalable qu'elles prévoient ne s'impose pas dans les cas où il est statué sur une demande.

12. Il ressort des dispositions des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire. Au surplus, en l'espèce, il résulte des énonciations de l'arrêté en litige qui ne sont pas utilement contestées que M. C a été informé de l'intention de l'administration de lui retirer son certificat de résidence algérien en l'invitant à produire ses observations écrites ou orales. L'intéressé a alors produit une réponse dans laquelle il reconnaît la séparation d'avec son épouse et sollicite la délivrance d'un titre de séjour salarié. Dans ces conditions, M. C ne saurait, en tout état de cause, utilement invoquer la méconnaissance du principe du contradictoire prévu par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire, dès lors qu'elle a été prise consécutivement au retrait du certificat de résidence pour lequel la procédure contradictoire a effectivement été suivie et au rejet de la demande du titre de séjour qu'il avait formée dans le cadre de cette procédure.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; "

14. Si M. C doit être regardé comme se prévalant des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il ne peut prétendre à la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur ce fondement. Surtout, il n'établit pas entrer dans un des cas prévus par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fixe les catégories d'étrangers ne pouvant faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut être qu'écarté.

15. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, la décision portant obligation de quitter le territoire ne porte pas une atteinte excessive au droit à la vie familiale que M. C tient des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est également pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée pour son information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. D, président,

Mme Morisset, conseillère,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

La rapporteure,

A. B

Le président,

M. DLa greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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