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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204814

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204814

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204814
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAARPI TAELMAN LE PORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mai 2022, M. B D, représenté par Me Taelman, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au le préfet de Seine-et-Marne de réexaminer son dossier dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation du requérant, notamment familiale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, faute d'examiner sa situation sous l'angle de l'admission exceptionnelle au séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 9 de cette convention ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant à trente jours son délai de départ volontaire ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Delmas pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delmas,

- et les observations de Me Carles substituant Me Taelman , représentant M. D qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que son client perçoit une rémunération de 1 800 euros par mois ;

- M. D, confirme les observations de son conseil.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant algérien né le 12 février 1987 à Sidi Aich (Algérie), est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 13 octobre 2019. M. D a été interpellé le 12 février 2022 sur la commune d'Isles-les-Villenoy (77450) pour des faits de conduite sans permis de conduire dans le cadre d'un contrôle routier. Il a été auditionné le 11 avril 2022 au sein de la brigade motorisée de gendarmerie de Meaux. Par un arrêté du 11 avril 2022, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° et du 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. (). ".

3. En premier lieu, par un arrêté n° 22/BC/025 du 22 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné à Mme C A, cheffe du bureau de l'éloignement, délégation de signature aux fins de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté du 11 avril 2022 fait référence aux dispositions du 1° et du 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, cet arrêté mentionne que le requérant est marié avec une compatriote qui comme lui est en situation irrégulière, qu'ils ont deux enfants en France et indique qu'il exerce une activité professionnelle sans autorisation de travail au sens des dispositions du 2° de l'article L. 5221-2 du code du travail. En outre, si M. D conteste le bien-fondé des éléments de la motivation de l'arrêté en litige selon lesquels ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables et selon lesquels il ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, une telle contestation relève de la légalité interne de la décision contestée et non de sa légalité externe. Ainsi, la décision en litige comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, pour faire obligation à M. D de quitter le territoire français, le préfet de Seine-et-Marne a fondé sa décision sur la circonstance que l'intéressé était entré irrégulièrement sur le territoire français et sur la circonstance que l'intéressé exerce une activité professionnelle en France sans disposer d'une autorité de travail. Ainsi, le préfet s'est fondé à la fois sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur celles du 6° de ce même article. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré régulièrement dans l'espace Schengen, et il n'est pas contesté en défense qu'il serait entré régulièrement en France. Ainsi, en estimant que la situation du requérant entrait dans le champ d'application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur de droit. Toutefois, si M. D fait valoir que son entreprise dans laquelle il travaille depuis plus de douze mois le soutien et constitue avec lui un dossier de régularisation, il est constant que l'intéressé ne disposait pas d'une autorisation de travail lui permettant d'exercer la profession de plombier en qualité de salarié. Par suite, la situation de l'intéressé entrait dans le champ d'application des dispositions du 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur le motif tiré de la méconnaissance des dispositions du 6° de l'article L. 611-1 de ce code. Au surplus, le requérant s'est maintenu sur le territoire français en méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet ne peut, dans les circonstances de l'espèce, qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de l'intéressé ne peut qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, si les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 subordonnent l'exercice d'un travail salarié en France par les ressortissants algériens à la possession d'une carte délivrée par l'office national algérien de la main-d'œuvre dans le cadre d'un contingent annuel fixé d'un commun accord par les deux pays, cette règle ne fait pas obstacle au pouvoir qui appartient à l'administration française, en l'absence d'une stipulation expresse le lui interdisant, de régulariser la situation des ressortissants algériens non titulaires de ladite carte séjournant irrégulièrement en France. Toutefois, si un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit, il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Cependant, le préfet de Seine-et-Marne avait la faculté d'examiner l'opportunité de la régularisation de M. D, il n'était pas tenu d'examiner d'office son admission exceptionnelle au séjour en mobilisant son pouvoir de régularisation. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'erreur de droit, faute pour le préfet d'avoir examiné la situation du requérant sous l'angle de son admission exceptionnelle au séjour ne peut qu'être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. D fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France. Toutefois, rien ne s'oppose à la reconstitution hors de France de sa cellule familiale avec son épouse, également algérienne, dont la régularité du séjour n'est ni alléguée ni établie, et leurs deux enfants âgés seulement de 10 et 5 ans. En outre, le requérant n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale ou privée dans son pays d'origine, où il n'est pas contesté qu'il a vécu avant son départ pour la France à l'âge de 32 ans. Enfin, si M. D fait valoir qu'il occupe un emploi dans le secteur du bâtiment au titre d'un contrat à durée indéterminée, il reconnaît ne l'occuper que depuis une année, ce qui ne permet pas de considérer qu'il bénéficie en France d'une intégration professionnelle durable. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le préfet de Seine-et-Marne n'a davantage pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

10. En septième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention susvisée relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. La seule circonstance que les enfants de M. D aient accompli le début de leur scolarisation en France ne permet pas de considérer qu'ils seraient dans l'incapacité de poursuivre une scolarité dans le système scolaire algérien. Ainsi, cette circonstance, à elle-seule, ne fait pas obstacle à ce qu'ils suivent leur père dans le cadre sa mesure d'éloignement. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige affecterait suffisamment l'intérêt supérieur des deux enfants de M. D. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe I de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

12. En huitième lieu, les stipulations de l'article 9 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés. Par suite, M. D ne peut utilement se prévaloir de cet engagement international pour demander l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

13. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 avril 2022 lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

14. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 avril 2022 lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant fixation du pays de destination de la reconduite :

16. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire et de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours ne peut qu'être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 avril 2022 lui fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 avril 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au le préfet de seine et marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

Le magistrat désigné,

S DELMASLa greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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