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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204845

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204845

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantNERESTAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mai 2022, M. B A, représenté par Me Nerestan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État (préfet de Seine-et-Marne) la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'un défaut de motivation.

La décision fixant le délai de départ volontaire :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est illégale dès lors que le préfet n'a pas procédé à un examen individuel de sa situation ni ne lui a permis de présenter des observations.

La décision fixant le pays de destination :

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Les éléments de la procédure ont été communiqués au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Potin, conseillère, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 29 août 1996 à Diataya (Mali), déclare être entré sur le territoire national en janvier 2016 et y résider habituellement depuis. Il a sollicité le 15 janvier 2021 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 2 février 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire national au cours de l'année 2016 et soutient s'y maintenir depuis cette date. S'il fait valoir l'intensité de son insertion professionnelle, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'apporte pas la preuve de la promesse d'embauche dont il se prévaut et que les fiches de paye produites à l'instance ne couvrent que la période de mars 2021 à janvier 2022. Dans ces conditions, le requérant ne peut être regardé comme justifiant de manière suffisamment probante de la réalité ou de l'intensité de son insertion sociale et professionnelle en France. Enfin, si l'intéressé se prévaut de la présence régulière en France de son père et de ses trois frères, ce dernier est néanmoins célibataire et sans charge de famille sur le territoire français et ne démontre pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans. Eu égard à ces éléments, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas commis une erreur d'appréciation en estimant que la situation de l'intéressé, ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels de nature à justifier son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Aux termes de de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

5. En l'espèce, la décision litigieuse du préfet de Seine-et-Marne comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est suffisamment motivé même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont M. A entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire

6. Aux termes de l'article L. 612-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui a transposé les dispositions correspondantes de l'article 7 de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait fait état auprès du préfet de circonstances particulières qui auraient nécessité, qu'à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui fût accordé. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le délai de départ est entachée d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen particulier ou qu'elle a été adoptée à l'issue d'une procédure qui violerait les droits de la défense ou le droit d'être entendu. En tout état de cause, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet aurait insuffisamment motivé sa décision ou n'aurait, dans les circonstances de l'espèce, pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de décider de lui octroyer un délai de départ volontaire. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le pays de destination :

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Si M. A soutient que la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office méconnaît les stipulations et dispositions précitées, il n'apporte aucun élément probant de nature à établir la réalité des risques et faits dont il se prévaut. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 février 2022, par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, avec obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

La rapporteure,

M. Potin

Le président,

J-Ch. GraciaLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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