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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204927

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204927

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204927
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du " 20 mai 2022 ", enregistrée au greffe du tribunal le 17 mai 2022, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal la requête présentée pour Mme B A.

Par cette requête, enregistrée au tribunal administratif de Versailles le 14 avril 2022 et un mémoire enregistré le 29 février 2024, Mme B A, représentée par Me Semak, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 mai 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif, à compter du 7 mai 2021 et jusqu'au 29 février 2023, dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à l'OFII d'examiner sa demande d'admission, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à l'OFII de procéder à une évaluation de sa vulnérabilité, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros hors taxes, soit 2 400 euros toutes taxes comprises, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'État.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen de leur situation personnelle et d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile antérieurs à la recodification entrée en vigueur le 1er mai 2021 ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du

26 juin 2013 et de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle n'a pas été prise au terme d'une procédure contradictoire préalable ;

- elle méconnaît l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du

26 juin 2013 dès lors qu'elle est disproportionnée et porte atteinte à la dignité humaine ;

- elle méconnaît les dispositions relatives au droit à des conditions matérielles d'accueil, les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 522-1 à L. 522-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'a bénéficié d'aucun entretien individuel destiné à évaluer sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est dans une situation d'extrême vulnérabilité ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'autorité de la chose jugée dès lors que par un jugement du 25 janvier 2024, le tribunal administratif de Versailles a considéré que le préfet, en enregistrant sa demande d'asile en procédure normale le 16 juin 2022, avait retiré sa décision de refus d'enregistrement du 3 mai 2021 de sorte que la " déclaration en fuite " sur laquelle se fonde la décision attaquée a également été retirée.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration demande au tribunal de procéder à une substitution de base légale, en faisant valoir que la décision serait tout aussi légalement fondée sur les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur depuis le 1er mai 2021 et conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère,

- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante ivoirienne née le 24 juin 1981, a présenté une demande d'asile le 6 janvier 2020 qui a été enregistrée en procédure dite " Dublin ". Par une décision du 7 mai 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin aux conditions matérielles dont elle bénéficiait. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur jusqu'au 1er mai 2021 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code, dans sa version issue de la loi n°2020-1733 du 16 décembre 2020 applicable à compter du 1er mai 2021 : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ".

4. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point. Ainsi que le fait valoir l'OFII dans son mémoire en défense, la décision contestée de suspension des conditions matérielles d'accueil vise l'article L.744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au lieu de l'article L.551-16 du même code issu de la recodification entrée en vigueur le 1er mai 2021. Dès lors que la requérante, qui a pu présenter des observations écrites, n'a pas été privée de garanties procédurales, il y a lieu de procéder à la substitution de base légale demandée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait été prise sans qu'il n'ait été procédé à un examen particulier de sa situation, alors que l'autorité administrative disposait des éléments à cet effet, notamment, de la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie lors d'un entretien tenu le 6 janvier 2020.

6. En quatrième lieu, si l'OFII, quand il envisage de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, est tenu de mettre le demandeur d'asile en mesure de présenter ses observations, il ressort en l'espèce des pièces du dossier que l'OFII a informé la requérante, par un courrier du 6 avril 2021, qu'une telle mesure était susceptible d'être prise à son encontre au motif qu'elle n'a pas voulu faire de test PCR et qu'elle disposait d'un délai de quinze jours pour faire parvenir ses observations. Il ressort également des pièces produites en défense par l'OFII que ce courrier a été adressé en lettre recommandée avec accusé de réception et a été distribué par les services postaux le 8 avril suivant à l'adresse de domiciliation de la requérante. La décision attaquée a été prise le 7 mai 2021, soit après l'expiration du délai qui avait été accordé à l'intéressée pour faire valoir ses observations. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière à défaut de contradictoire préalable doit être écarté.

7. En cinquième lieu, il résulte des dispositions citées au point 3 que si tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile, il n'est pas imposé qu'un tel entretien soit à nouveau mené préalablement à la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Par suite, et alors qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment de la copie d'écran du formulaire renseigné lors de l'entretien réalisé au cours de l'enregistrement de la demande d'asile de Mme A au guichet unique, produite en défense par l'OFII, que l'intéressée a bénéficié d'un tel entretien lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, elle ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité avant que l'OFII n'édicte la décision attaquée. Par ailleurs, Mme A n'établit pas avoir informé l'administration d'un quelconque changement de situation ou s'être prévalue de nouveaux éléments, notamment lorsqu'elle a été informée par l'OFII qu'il envisageait de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil, la seule production de pièces médicales dans le cadre de la présente instance ne permettant pas d'établir que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte. Dans ces conditions, l'OFII a pu suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sans entacher sa décision d'un vice de procédure. Le moyen soulevé en ce sens doit, dès lors, être écarté.

8. En cinquième lieu, pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil de Mme A, l'OFII s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée avait refusé de se soumettre au test PCR le 22 février 2021, faisant ainsi obstacle à son vol de transfert à destination de l'Espagne. Mme A soutient avoir prévenu la préfecture par deux courriers du 17 et 18 février 2021 de son impossibilité à se rendre à sa convocation en vue de son transfert compte tenu de son état de santé et d'examens médicaux prévus dans le cadre d'une intervention chirurgicale d'un fibrome et produit divers comptes rendus médicaux et ordonnances énonçant la nécessité d'une opération chirurgicale. Toutefois, les éléments produits n'établissent ni la date de l'intervention chirurgicale ni sa nécessité absolue ou l'impossibilité pour elle d'en bénéficier en Espagne, pays vers lequel elle devait être transférée. En outre, la production d'un arrêt de travail d'une durée de 15 jours à compter du 17 février 2021, seulement deux jours après le courrier de la préfecture la prévenant de son transfert vers l'Espagne le 22 février 2021, ne faisant mention d'aucun élément sur sa situation de santé ne permet pas d'établir qu'elle ne pouvait pas se rendre à l'aéroport en vue de l'exécution de son transfert. Par ailleurs, comme l'atteste un courrier de la préfecture de l'Essonne du 15 février 2022, que l'intéressée a refusé de signer, Mme A avait été préalablement informée que la réalisation d'un test PCR était requise pour son transfert en Espagne. Elle avait également été informée que si elle ne se conformait pas à la réalisation de ce test, elle serait réputée s'opposer à son transfert et pourrait se voir retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Enfin, si Mme A soutient qu'elle souffre d'une hernie discale et d'un fibrome utérin, elle ne justifie pas, par les documents médicaux produit, d'une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées. Par suite, le directeur général de l'OFII a pu légalement, sans commettre d'erreur de droit ni de fait, lui retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle ne s'était pas présentée à la convocation du 22 février 2022 muni du résultat de son test PCR. Il n'a pas non plus entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Les moyens doivent être écartés.

9. En sixième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, et ainsi qu'il a été exposé au point 6, la procédure contradictoire préalable a été respectée. En outre, la requérante n'établit pas que la décision attaquée constituerait une décision disproportionnée ni qu'elle aurait pour conséquence de porter atteinte à la dignité de son niveau de vie alors que l'OFII a examiné la situation personnelle de Mme A ainsi qu'il a été exposé aux points 5 et 8. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 20 de la directive 2013/33/UE doit être écarté.

10. En dernier lieu, la circonstance que le préfet de l'Essonne ait implicitement retiré sa décision portant refus d'enregistrement de sa demande d'asile déposé le 3 mai 2021 est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui n'y trouve pas sa base légale. Le moyen ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentée par Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Semak.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère,

Mme Lina Bousnane, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

J. Darracq-Ghitalla-Ciock

Le président,

X. Pottier La greffière,

A. Starzynski

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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