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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204938

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204938

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204938
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2204937 enregistrée le 17 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Bapceres, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge d'un montant de 1 492,56 euros ;

2°) d'enjoindre à la restitution des sommes récupérées au titre de l'indu ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision de refus de remise de l'indu ;

4°) de lui accorder la remise de sa dette ;

5°) de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la caisse d'allocations familiales a méconnu les dispositions de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale dès lors que la décision d'indu ne lui a jamais été notifiée ;

- la décision attaquée ne comporte aucune motivation en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le département ne démontre pas avoir saisi la commission de recours amiable ;

- le département ne démontre pas que la commission de recours amiable s'est réunie dans des conditions régulières de convocation, de composition et de quorum, conformément aux exigences du paritarisme ;

- la décision attaquée ne mentionne aucun élément de nature à fonder l'indu ;

- la preuve du versement effectif des sommes indues n'est pas apportée ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle a toujours respecté les conditions prévues aux articles L. 262-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles ;

- elle est de bonne foi et justifie d'une situation de précarité.

La requête de Mme A a été communiquée au département de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par un courrier du 20 novembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce qu'il n'y aurait plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à la remise de sa dette dans l'hypothèse où la décision de récupération d'indu contestée serait annulée.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mars 2023.

II. Par une requête n° 2204938 enregistrée le 17 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a confirmé l'indu de prime d'activité mis à sa charge d'un montant de 371,28 euros ;

2°) d'enjoindre à la restitution des sommes récupérées au titre de l'indu ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision de refus de remise de l'indu ;

4°) de lui accorder la remise de sa dette ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat et de la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la caisse d'allocations familiales a méconnu les dispositions de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale dès lors que la décision d'indu ne lui a jamais été notifiée ;

- la décision attaquée ne comporte aucune motivation en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la caisse d'allocations familiales ne démontre pas avoir saisi la commission de recours amiable ;

- la caisse d'allocations familiales ne démontre pas que la commission de recours amiable s'est réunie dans des conditions régulières de convocation, de composition et de quorum, conformément aux exigences du paritarisme ;

- la décision attaquée ne mentionne aucun élément de nature à fonder l'indu ;

- la preuve du versement effectif des sommes indues n'est pas apportée ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle a toujours respecté les conditions prévues aux articles L. 842-1 et suivants du code de la sécurité sociale ;

- elle est de bonne foi et justifie d'une situation de précarité.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 février 2023, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête de Mme A.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés ;

- la demande de remise est dépourvue d'objet dès lors que l'indu de prime d'activité a été compensé par la régularisation de l'allocation de soutien familial.

Par un courrier du 20 novembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce qu'il n'y aurait plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à la remise de sa dette dans l'hypothèse où la décision de récupération d'indu contestée serait annulée.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 16 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2021-306 du 23 mars 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Avirvarei, conseillère ;

- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a bénéficié de plusieurs allocations et notamment du revenu de solidarité active et de la prime d'activité. Elle a découvert sur son espace personnel de l'allocataire pour la période de février à octobre 2021 un trop-perçu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 492,56 euros et un trop-perçu de prime d'activité d'un montant de 371,28 euros. Par un courrier du 8 février 2022, reçu le 15 février 2022, Mme A a contesté les deux indus mis à sa charge et a demandé une remise gracieuse. Mme A demande l'annulation des deux décisions implicites de rejet par lesquelles respectivement le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé en totalité l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge et la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a confirmé en totalité l'indu de prime d'activité mis à sa charge et qu'une remise gracieuse lui soit accordée.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées sont relatives à la situation d'une même allocataire et ont fait l'objet d'une instruction concomitante. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les indus de revenu de solidarité active et de prime d'activité :

3. Mme A soutient que la caisse d'allocations familiales a méconnu les dispositions de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale en l'absence de notification de décision de récupération d'indu. Ce faisant elle doit être regardée comme se prévalant des dispositions de l'article R. 262-92-1 du code de l'action sociale et des familles et de l'article R. 847-1-1 du code de la sécurité sociale applicables depuis l'entrée en vigueur du décret n° 2021-306 du 23 mars 2021.

4. D'une part, aux termes de l'article R. 262-92-1 du code de l'action sociale et des familles : " I.- L'action en recouvrement du paiement indu de revenu de solidarité active s'ouvre par l'envoi au bénéficiaire par le président du conseil départemental ou, le cas échéant, par le directeur de l'organisme chargé du service de cette prestation, par tout moyen donnant date certaine à sa réception, d'une notification constatant, sur la base des informations dont dispose l'organisme, que le bénéficiaire a perçu un indu. Cette notification :/ 1° Précise la nature et la date du ou des versements en cause, le montant des sommes réclamées et le motif justifiant la récupération de l'indu ; /2° Indique : / a) Les modalités selon lesquelles, dans un délai de vingt jours à compter de la réception de cette notification et préalablement à l'exercice du recours mentionné à l'article L. 262-47, le bénéficiaire peut demander la rectification des informations ayant une incidence sur le montant de l'indu ; / b) La possibilité pour l'organisme, lorsque le bénéficiaire ne fait pas usage du a, de récupérer à compter de l'expiration du délai mentionné à l'article R. 262-88 les sommes indûment versées par retenues sur les montants à échoir, sauf si le bénéficiaire rembourse ces sommes en une seule fois, sans préjudice de la possibilité pour ce dernier d'exercer les recours mentionnés à l'article L. 262-47 ; / c) Les voies et délais de recours ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 847-1-1 du code de la sécurité sociale : " I.- L'action en recouvrement du paiement indu de la prime d'activité s'ouvre par l'envoi au bénéficiaire par le directeur de l'organisme chargée de celle-ci, par tout moyen conférant date certaine à sa réception, d'une notification constatant, sur la base des informations dont dispose l'organisme, que le bénéficiaire a perçu un indu. Cette notification : 1° Précise la nature et la date du ou des versements en cause, le montant des sommes réclamées et le motif justifiant la récupération de l'indu ; 2° Indique : a) Les modalités selon lesquelles, dans un délai de vingt jours à compter de la réception de cette notification et préalablement à l'exercice du recours mentionné à l'article L. 845-2, le bénéficiaire peut demander la rectification des informations ayant une incidence sur le montant de l'indu ; b) La possibilité pour l'organisme, lorsque le bénéficiaire ne fait pas usage du a, de récupérer à compter de l'expiration du délai prévu au premier alinéa de l'article R. 847-2 les sommes indûment versées par retenues sur les montants à échoir, sauf si le bénéficiaire rembourse ces sommes en une seule fois, sans préjudice de la possibilité pour ce dernier d'exercer les recours mentionnés à l'article L. 845-2 ; c) Les voies et délais de recours () ".

6. Il résulte des dispositions précitées que s'agissant du revenu de solidarité active et de la prime d'activité, l'action en recouvrement s'ouvre par l'envoi au bénéficiaire d'une notification constatant que ce dernier est débiteur d'un trop-perçu de ces prestations. Ces mêmes dispositions prévoient notamment que cette notification précise la nature, le montant et la date des versements en cause et qu'elle mentionne notamment la possibilité d'exercer un recours préalable et les voies et délais de recours contentieux.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme A a eu connaissance des indus de revenu de solidarité active et de prime d'activité litigieux par une mention sur son espace personnel une fois que la récupération a été effectuée. Il ne résulte pas de l'instruction qu'une décision de récupération d'indu lui ait été notifiée à ce titre.

8. Or, si l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, en ce qui concerne le revenu de solidarité active, et l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale, en ce qui concerne la prime d'activité, permettent à l'organisme chargé de leur service de procéder au recouvrement des indus par retenue sur les montants à échoir ou, à défaut, sur les échéances à venir dues au titre des prestations familiales et des prestations dont la liste est fixée par ces mêmes dispositions, il ne s'agit que de l'une des modalités de l'action en recouvrement qui doit, dans tous les cas, être précédée de la " décision de récupération de l'indu ", dont le principe est prévu aux articles législatifs précités, et les modalités, fixées respectivement à l'article R. 262-92-1 du code de l'action sociale et des familles et à l'article R. 847-1-1 du code de sécurité sociale. Eu égard à la portée de la décision de récupération d'indu, qui ouvre l'action en recouvrement du paiement indu et en informe l'intéressé, et aux effets des actes de recouvrement subséquents, et notamment des retenues qui peuvent être effectuées sans aucune autre information préalable que celle qui résulte de la notification de cette décision, la notification de la décision de récupération de l'indu constitue une garantie pour l'intéressé, dont le défaut est de nature à vicier l'ensemble de l'action en recouvrement. L'absence de toute notification de la décision de récupération de l'indu constitue donc un vice de procédure qui affecte aussi la régularité de la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire.

9. Il s'ensuit, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des deux requêtes, qu'il y a lieu d'annuler, d'une part, la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme A d'un montant de 1 492,56 euros, et d'autre part, la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a confirmé l'indu de prime d'activité mis à sa charge d'un montant de 371,28 euros. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au département de Seine-et-Marne et à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne de rembourser les sommes déjà recouvrées à Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sauf à régulariser - dans ce délai - les décisions de récupération d'indu ainsi que les retenues irrégulièrement faites par de nouvelles retenues effectuées seulement après la notification de ces décisions.

Sur la remise gracieuse des deux indus litigieux :

10. Les deux décisions attaquées portant récupération d'indus de revenu de solidarité active et de prime d'activité étant annulées, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à la remise de ces mêmes dettes.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne et de la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne, la somme de 1 200 euros chacun à verser au conseil de Mme A, Me Bapceres, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé en totalité l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 492,56 euros et la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a confirmé l'indu de prime d'activité mis à sa charge d'un montant de 371,28 euros sont annulées.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de remise.

Article 3 : Il y a lieu d'enjoindre au département de Seine-et-Marne et à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne de rembourser les sommes déjà recouvrées à Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sauf à régulariser - dans ce délai - les décisions de récupération d'indu ainsi que les retenues irrégulièrement faites par de nouvelles retenues effectuées seulement après la notification de ces décisions.

Article 4 : Le département de Seine-et-Marne et la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne verseront une somme de 1 200 euros chacun au conseil de Mme A, Me Bapceres, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bapceres renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes nos 2204937 et 2204938 est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au département de Seine-et- Marne, à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne et à la ministre du travail et de l'emploi.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Lina Bousnane, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La rapporteure,

A. Avirvarei

Le président,

X. PottierLa greffière,

A. Starzynski

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne et à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2204937

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