jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2205034 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | KECHIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 mai 2022, la société Valenton kebab, représentée par Me Kechit, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 octobre 2021 du maire de la commune de Valenton portant rejet de sa demande d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public sous la forme d'un permis de stationnement en vue de l'installation d'une terrasse de restauration sise 16 rue de la Sablonnière ;
2°) à titre principal, d'enjoindre à la commune de Valenton de lui délivrer l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public demandée, et à titre subsidiaire d'enjoindre à la commune de réexaminer sa demande dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Valenton la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte et d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'erreurs de droit en tant qu'elle a été prise en l'absence d'un motif d'intérêt général, en violation du principe d'égalité et en violation du principe de liberté du commerce et de l'industrie ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, la commune de Valenton, représentée par Me Pudlowski, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet, et à ce qu'une somme de 10 000 euros soit mise à la charge de la société Valenton kebab au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la voirie routière ;
- le code de commerce ;
- la loi n°2014-173 du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine ;
- le décret n°2014-1750 du 30 décembre 2014 fixant la liste des quartiers prioritaires de la politique de la ville dans les départements métropolitains ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pradalié,
- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public.
- les observations de Me Bilien, représentant la commune de Valenton.
Considérant ce qui suit :
1. La société Valenton kebab exploite un restaurant sis au 34 rue de la Sablonnière à Valenton (Val-de-Marne). Par un courrier en date du 13 septembre 2021, elle a adressé à la commune de Valenton une demande d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public, en vue d'exploiter une terrasse extérieure en face de son restaurant, sur la zone dite du champ Saint-Julien, pour une superficie de 25 mètres carrés. Le silence gardé par l'administration ayant fait naître une décision implicite de rejet, la société Valenton kebab demande l'annulation de cette décision.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée / () ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, prévue par l'article R. 421-5 du code de justice administrative, ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie, est de nature à faire obstacle à ce que le délai de forclusion, prévu par l'article R. 421-1 du même code, lui soit opposable.
3. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. Dans une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par les textes applicables, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières, dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
4. La règle énoncée ci-dessus, qui a pour seul objet de borner dans le temps les conséquences de la sanction attachée au défaut de mention des voies et délais de recours, ne porte pas atteinte à la substance du droit au recours, mais tend seulement à éviter que son exercice, au-delà d'un délai raisonnable, ne mette en péril la stabilité des situations juridiques et la bonne administration de la justice, en exposant les défendeurs potentiels à des recours excessivement tardifs. Il appartient, dès lors, au juge administratif d'en faire application au litige dont il est saisi, quelle que soit la date des faits qui lui ont donné naissance.
5. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier en date du 10 juillet 2020, la société Valenton kebab faisait part à la commune de Valenton de son mécontentement suite à des travaux devant son commerce et sollicitait la fourniture d'éléments lui permettant de constituer, à son tour, un dossier de demande d'autorisation d'occupation du domaine public. Contrairement à ce que soutient la société requérante à plusieurs reprises dans ses écritures dans le cadre de la présente instance, ce courrier ne constitue par une demande d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public, faisant naître une décision implicite de rejet en cas de silence gardé par l'administration, mais seulement d'une demande d'information. Par un courrier du
13 septembre 2021, dénommé " réitération de demande d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public ", la société Valenton kebab a adressé à la commune de Valenton une demande d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public, " en vue d'exploiter une terrasse extérieure en face de son restaurant, sur le Champ Saint-Julien, pour une superficie de 25 mètres carrés, dans laquelle il est question de déposer des tables et des chaises pour accueillir la clientèle dans les heures d'ouverture du restaurant " ; la société Valenton kebab indique dans ce courrier avoir réitéré sa demande en date du 10 juillet 2020 " à l'occasion de nombreux emails et lors des deux rencontres que vous avez eues le 24 juillet 2020 et le 16 juin 2021 ". Par un courrier en date du 1er octobre 2021, la société Valenton kebab a adressé à la commune de Valenton une demande de communication des motifs de sa décision implicite de rejet de sa demande d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public, indiquant avoir adressé une première demande d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public par courrier en date du 10 juillet 2020, et avoir réitéré sa demande " plusieurs fois, et notamment les 21 avril 2021, 7 mai 2021 et
16 juin 2021 ", sans préciser sous quelle forme ces dernières demandes auraient été adressées.
6. Il ressort également des pièces du dossier que la commune de Valenton n'a pas mentionné les voies et délais de recours contre la décision implicite de rejet litigieuse, que cela soit par un accusé de réception intégrant ces mentions ou par un autre moyen. Par ailleurs, la circonstance que la société Valenton kebab ait fait part dans ses correspondances de sa connaissance d'une partie des règles usuelles en matière de voies et délais de recours ne permet pas de faire regarder la société requérante comme ayant eu connaissance des voies et les délais de recours concernant la décision litigieuse.
7. Il résulte de tout ce qui précède que le silence gardé par la commune de Valenton sur la demande d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public adressée par la société Valenton kebab a fait naître une décision implicite de rejet, à l'encontre de laquelle la société requérante pouvait exercer un recours juridictionnel avant l'échéance d'un délai raisonnable expirant le 13 novembre 2022. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, enregistrée le 19 mai 2022, soit dans le délai raisonnable précité, doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
8. D'une part, si l'autorité chargée de la gestion du domaine public n'est pas tenue, dans le respect du principe d'égalité, d'autoriser une personne privée à occuper une dépendance de ce domaine en vue d'y exercer une activité économique, elle ne dispose pas à cet égard d'un pouvoir discrétionnaire et ne saurait fonder une décision de refus sur des motifs autres que ceux relevant de l'intérêt général ou de l'incompatibilité de l'occupation envisagée avec l'affectation et la conservation du domaine. D'autre part, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité administrative règle de façon différente des situations différentes, pourvu que la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l'objet de la décision qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.
9. Il ressort des pièces du dossier que le restaurant de la société Valenton kebab et le restaurant " Saray " sont voisins et qu'il est soutenu sans être contredit qu'ils exercent une activité similaire, que le restaurant Saray a installé une terrasse sur une parcelle d'environ 50 mètres carrés située en face des deux restaurants, après avoir été autorisé par la commune de Valenton à y installer une terrasse de 25 mètres carrés, et que la terrasse installée par le restaurant Saray se situe au milieu de la parcelle. Si la commune de Valenton se prévaut d'un projet de " réaménagement de l'espace que souhaite occuper la société Valenton kebab ", lequel se situe dans un quartier prioritaire de la politique de la ville, dénommé quartier " Lutèce-Bergerie " et numéroté QP094036 dans l'annexe au décret n°2014-1750 du 30 décembre 2014 fixant la liste des quartiers prioritaires de la politique de la ville dans les départements métropolitains, et si elle soutient que les deux restaurants seraient dans des situations différentes, au motif que " le restaurant Saray a formulé spontanément une première demande, à une date antérieure à celle à laquelle le restaurant Valention kebab a formulé la sienne " et que " le projet de réaménagement envisagé fait l'objet d'évolutions constantes, de telle sorte que () le maire pouvait accorder une autorisation au restaurant Saray et refuser celle sollicitée par la société Valenton kebab ", il ressort toutefois des pièces du dossier que, pour établir la réalité du projet de réaménagement dont elle se prévaut, la commune de Valenton se borne à mentionner le décret n°2014-1750 du 30 décembre 2014, identifiant dans son annexe le quartier " Lutèce-Bergerie " parmi les quartiers prioritaires de la politique de la ville, ainsi qu'une délibération du conseil territorial de l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre en date du 18 décembre 2018 tendant à la définition d'un protocole de préfiguration des projets de renouvellement urbain, adopté par l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre pour un périmètre concernant notamment la commune de Valenton, qui ne permet pas d'apprécier si la parcelle d'environ 50 mètres carrés située en face du restaurant de la société requérante est appelée à faire l'objet de modifications. Il en va de même du contrat de ville prévu par l'article 6 de la loi n°2014-173 du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine, dont l'échéance initialement prévue en 2020 a été reportée par la loi n°2020-935 du 30 juillet 2020 au 31 décembre 2022.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Valenton ne justifie pas, par les éléments qu'elle produit, que la décision attaquée de refus d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public est fondée sur un motif relevant de l'intérêt général ou de l'incompatibilité de l'occupation envisagée avec l'affectation et la conservation du domaine. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la société Valenton kebab est fondée à demander l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution / () ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".
12. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que la commune de Valenton réexamine la situation de la société Valenton kebab dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la société requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
14. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de la commune de Valenton sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le maire de la commune de Valenton a rejeté la demande d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public de la société Valenton kebab est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Valenton de réexaminer la demande de la société Valenton kebab, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Valenton versera à la société Valenton kebab la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Valenton kebab et à la commune de Valenton.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lalande, président,
M. Pradalié, premier conseiller,
Mme Tiennot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 10 octobre 2024.
Le rapporteur,
G. PRADALIELe président,
D. LALANDE
La greffière,
C. KIFFER
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026