jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2205055 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | MORDANT FILIOR SERRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 mai 2022, M. B A, représenté par Me Odin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui retiré son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui restituer sa carte de séjour ou d'éditer une nouvelle carte de résident aux mêmes caractéristiques, sous quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État (le préfet de Seine-et-Marne) la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
Les décisions attaquées :
- sont insuffisamment motivées ;
- méconnaissent les dispositions de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaissent l'article L. 823-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de toute fraude de la part du requérant et de son ex-épouse ;
- en tout état de cause, méconnaissent les dispositions des article L. 423-6 et L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le requérant a bien été marié plus de quatre ans ;
- méconnaissent les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Les éléments de la procédure ont été communiqués au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense, malgré une mise en demeure adressée le 7 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Potin, conseillère, les parties n'étant pas présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né le 20 octobre 1977 à Bouzareah (Algérie), a épousé une ressortissante française le 4 octobre 2013. Il a obtenu un certificat de résidence d'une durée d'un an le 6 mai 2014 puis un certificat de résidence d'une durée de dix ans le 16 juin 2015. Par arrêté du 27 avril 2022, le préfet de Seine-et-Marne a retiré ce dernier certificat de résidence algérien au motif que M. A ne remplirait plus les conditions posées par l'article 7 bis de l'accord franco-algérien dès lors que son mariage a été dissous le 16 juin 2018 et que la rupture de la vie commune est intervenue le 1er novembre 2016 et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. / () Elle peut être retirée en raison de la rupture de la vie commune dans un délai maximal de quatre années à compter de la célébration du mariage. /Toutefois, lorsque la communauté de vie a été rompue par le décès de l'un des conjoints ou en raison de violences familiales ou conjugales, l'autorité administrative ne peut pas procéder au retrait pour ce motif ". Aux termes de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et
l'administration () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco algérien du
27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence est délivré de plein droit () / 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il a été inscrit préalablement sur les registres de l'état civil français. () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre 2 ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () a) au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2, et au dernier alinéa de ce même article. () ". Ces stipulations régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles relatives à la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France.
4. Toutefois, en l'absence de stipulations expresses sur ce point prévues par l'accord franco-algérien, le préfet peut légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte, de retirer une décision individuelle créatrice de droits obtenue par fraude. L'administration doit cependant rapporter la preuve de la fraude, le requérant, à qui n'incombe pas la charge de la preuve de l'absence de fraude, étant présumé de bonne foi.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le certificat de résidence algérien portant la mention " conjoint de français " initialement délivré à M. A le 6 mai 2014 lui a été renouvelé pour une durée de dix ans le 16 juin 2015. Le préfet fait valoir dans sa décision que l'intéressé ne remplit plus les conditions prévues à l'article 7 bis a) de l'accord précité dès lors que le couple s'est séparé le 1er novembre 2016, le divorce étant par ailleurs intervenu le 16 juin 2018. S'il ressort du jugement de divorce en date du 16 juin 2018 rendu par le tribunal de grande instance de Clermont-Ferrand, que la cohabitation des époux a cessé au 1er novembre 2016 et qu'aucun enfant n'est né de cette union, il apparaît néanmoins qu'à la date du renouvellement du certificat de résidence, la communauté de vie n'avait pas encore cessé. En outre, M. A produit plusieurs documents dont il ressort que les époux déclaraient une adresse commune à la date de renouvellement du certificat de résidence. Il résulte de l'ensemble de ces éléments qu'à la date de son renouvellement, le requérant remplissait les conditions de mariage et de communauté de vie requises pour l'attribution d'un certificat de résidence de dix ans prévu par les stipulations de l'accord franco-algérien. Si le retrait peut être fondé sur la fraude, la décision attaquée n'est pas fondée sur ce motif, étant en tout état de cause relevé que le seul fait que la vie commune ait cessé quelques mois après la délivrance du certificat de résidence, n'est pas suffisant pour établir l'existence d'une fraude. Enfin, aucun dispositif de retrait du certificat de résidence légalement délivré en cas de modification de situation familiale intervenue après sa délivrance n'est prévu par les textes. Par suite, aucune fraude ne pouvant être reprochée, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant retrait de certificat de résidence.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du
27 avril 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a ordonné le retrait de son certificat de résidence algérien délivré le 16 juin 2015. La décision du même jour faisant obligation à M. A de quitter le territoire dans le délai de trente jours doit être annulée par voie de conséquence.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Le présent jugement implique nécessairement que le certificat de résidence algérien dont M. A était titulaire lui soit restitué. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de procéder à cette restitution dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte. En outre, le présent jugement implique nécessairement que M. A soit muni d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de la restitution de son certificat de résidence. Le préfet de Seine-et-Marne délivrera sans délai une telle autorisation provisoire à l'intéressé.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 27 avril 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de procéder à la restitution du certificat de résidence algérien dont M. A est titulaire dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'État (le préfet de Seine-et-Marne) versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie sera délivrée au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gracia, président,
M. Israël, premier conseiller,
Mme Potin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
La rapporteure,
M. Potin
Le président,
J-Ch. GraciaLa greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026