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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205163

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205163

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205163
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMARMIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mai 2022, M. A B, représenté

par Me Marmin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de l'impossibilité de vérifier la régularité de la composition du collège des médecins de l'OFII et la compétence du signataire de l'avis ;

- a été prise en méconnaissance des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord

franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le pays de destination méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2022/001602 du 20 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dominique Binet, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, se maintenant irrégulièrement en France, a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence le 10 novembre 2021 sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 10 mars 2022, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables et mentionne des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B. Il comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de séjour. Dans ces conditions, la décision est suffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe n'impose au préfet de communiquer l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Cet avis, émis le 23 janvier 2022, a été produit par la préfète du Val-de-Marne dans le cadre la présente instance et permet de constater que le rapport a été établi par un médecin de l'office et signé par un collège de trois autres médecins. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision de refus de séjour en litige a été prise au terme d'une procédure irrégulière doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien

du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

5. Pour refuser à M. B la délivrance d'un certificat de résidence, la préfète du Val-de-Marne s'est notamment fondée sur l'avis émis le 23 janvier 2022 par le collège de médecins de l'OFII et a relevé que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé, et que son état de santé lui permet de voyager. Pour contester cette appréciation, le requérant, qui présente une rétinite pigmentaire, soutient que la prise en charge de cette pathologie nécessite la prescription de verres correcteurs spécifiques et d'un complément alimentaire qui ne sont pas disponibles en Algérie. Toutefois, si deux certificats médicaux établis en 2022 par des médecins exerçant dans ce pays, que produit M. B, font état de ce que la prise en charge médicale de l'intéressé ne peut y être assurée, ils sont rédigés en des termes identiques et ne contiennent aucune précision suffisante, le troisième de ces certificats étant illisible. Par ailleurs, si deux attestations établies par des opticiens établis en Algérie font état de l'indisponibilité des verres correcteurs que M. B doit porter, ces documents ne permettent pas d'établir l'impossibilité de se procurer ces verres sur l'ensemble du territoire du pays d'origine du requérant. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour en litige fait une inexacte application des stipulations précitées du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 29 décembre 1968.

6. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision de refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui déclare être entré en France le 15 février 2020, est célibataire et sans enfant à charge et qu'il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales ou personnelles dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale et méconnu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

9. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Si M. B soutient qu'en raison de son état de santé, un retour dans son pays d'origine l'exposerait à des souffrances aiguës dans la mesure où il ne pourrait bénéficier du soutien et du suivi adéquat pour sa pathologie, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination aurait méconnu les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de ce l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le rapporteur,

D. Binet

Le président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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