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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205241

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205241

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205241
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMAILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2122733 du 14 décembre 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Melun, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. C, enregistrée le

26 octobre 2021.

Par cette requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun sous le numéro 2205241, M. D C, représenté par Me Maillet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2021 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour temporaire, et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée en fait, relativement à la prise en compte de sa vie personnelle et professionnelle ;

- elle entachée d'illégalité interne :

* elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle méconnait les stipulations des articles 3-1, 9 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

* elle méconnait les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'alinéa 5 de l'article L. 513-2 ancien du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 7 juin 2022, le préfet de police de Paris, représenté par

Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Allègre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant congolais né le 20 octobre 1986 à Kinshasa (République Démocratique du Congo), est entré sur le territoire le 23 septembre 2011. Il a présenté une demande d'asile qui a été successivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile les 21 juin 2012 et 28 mars 2013. Par un arrêté du 26 mars 2015, le préfet du Doubs lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Lors d'un contrôle de police effectué le 1er octobre 2021, il a été constaté son absence de droit au séjour, et par un arrêté du même jour le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-00991 du 27 septembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme B A, attachée d'administration de l'Etat, adjointe au chef de section des reconduites à la frontière, pour signer tous actes, arrêtés et décisions nécessaires à l'exercice des missions fixées par les articles R. 122-1 et R122-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment, dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté du 1er octobre 2021, qui vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention franco-congolaise du 1er janvier 1974, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses articles L. 611-1, L. 611-2, L. 612-1, L. 614-1 et suivants,

L. 711-1 , L. 711-2, et L. 721-3, mentionne que M. C s'est vu refuser la délivrance d'un titre lui conférant un droit au séjour ou un droit au maintien sur le territoire, qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi rédigé, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La circonstance que l'arrêté ne mentionne pas sa situation personnelle et familiale est à cet égard sans conséquence, l'autorité administrative n'étant pas tenue de préciser en quoi la situation particulière de l'intéressé ne fait pas obstacle à la mise en œuvre de cette procédure. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il ressort des pièces du dossier que M. C est présent en France depuis 2011. Si M. C soutient qu'il est père d'une fille née le 5 mai 2013, résidant habituellement sur le territoire national et y étant scolarisée, il n'est pas contesté qu'il ne vit pas avec elle mais réside à Belfort. S'il soutient être titulaire de l'autorité parentale en vertu d'un jugement du tribunal de grande instance d'Auxerre, d'une part, il ne produit pas ce jugement et d'autre part il n'établit pas participer effectivement à l'entretien et l'éducation de sa fille en se bornant à produire deux billets de train de juillet 2014 et un billet de 2020 à destination de Sens, où réside sa fille, une facture d'hôtel à Sens de janvier 2020, la preuve de la remise de deux mandats cash en 2013 pour un montant total de 550 euros, ainsi que trois preuves de dépôt " Western Union " à destination de la mère de sa fille pour un montant total de 220 euros en 2020. Dans ces circonstances, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue duquel elle a été prise.

5. Quatrièmement, aux termes du 1. de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Aux termes de l'article 9 de la même convention : " les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. () ", et aux termes de son article 16 : "1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. / 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. ". Dès lors, comme il a été dit au point précédent, que M. C ne démontre pas participer effectivement à l'éducation et à l'entretien de sa fille, ni entretenir des relations régulières avec elle, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait pour effet de porter atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant, pas plus qu'elle impliquerait par sa seule intervention une séparation de son enfant, ni, enfin qu'elle constituerait un immixtion contraire à l'article 16 précité. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

6. En cinquième lieu, dès lors que le préfet de police de Paris n'a pas statué sur le droit au séjour de M. C, et n'était d'ailleurs pas tenu de le faire, sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de leur méconnaissance ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de préfet de police de Paris obligeant M. C à quitter le territoire doivent être rejetées.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes du cinquième alinéa de l'article L. 721-4 nouveau du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur depuis le

1er avril 2021, reprenant les dispositions du cinquième alinéa de l'article L. 513-2 ancien du même code : " un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". M. C qui dit être exposé à des risques en cas de retour dans son pays d'origine, allègue que les autorités de la République Démocratique du Congo sont dans l'impossibilité de le protéger des exactions l'ayant contraint à fuir son pays. Toutefois, s'il prétend établir la légitimité de ses craintes en renvoyant aux pièces produites devant les autorités responsables de l'asile, d'une part, il ne produit à l'occasion de la présente instance aucune de ces pièces, et d'autre part, les décisions prises sur ces demandes ne sont pas plus produites à l'exception de la décision de refus de réexamen de sa situation par l'OFPRA. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précitées, doit être écarté, et les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent rejetées.

Sur l'injonction :

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée au titre des frais de l'instance non compris dans les dépens.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Kalawa N'Lunzi C et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Allègre premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le rapporteur,

E. ALLEGRELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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