vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2205292 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SIMON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 mai et le 29 septembre 2022, M. E C, représenté par Me Simon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'a pas été signée par une autorité compétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- il appartient à la préfecture de produire l'avis défavorable de la commission du titre de séjour ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur de droit en ce qu'il s'est borné à faire état d'une menace pour l'ordre public sans se prononcer sur son droit au séjour ;
- le préfet a considéré à tort qu'il représentait une menace à l'ordre public ;
- la décision en litige méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.
M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n°2022/002249 du 15 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Marine Robin, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant tunisien, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " auprès des services de la préfecture de Seine-et-Marne. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 mars 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Si M. A C sollicite, dans le cadre de sa requête, son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il ressort des pièces du dossier que son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été prononcée par une décision du président du bureau de l'aide juridictionnelle en date du 15 juin 2022. Dès lors, ses conclusions tendant à ce que le tribunal l'admette à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a, par suite, pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions de la requête :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D B, nommé préfet de Seine-et-Marne par un décret du Président de la République du 30 juin 2021, publié au Journal officiel de la République française du 1er juillet 2021 et qui a pris ses fonctions le 19 juillet suivant. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes applicables et mentionne précisément les faits sur lesquels le préfet s'est appuyé pour considérer que la présence du requérant sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public ; elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquels elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'ait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A C avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ".
7. Aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe n'impose au préfet, lorsque la commission du titre de séjour a été consultée, d'en communiquer spontanément l'avis. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que le défaut de production de l'avis de la commission du titre de séjour du 20 janvier 2022 entacherait à lui seul la décision contestée d'illégalité. En tout état de cause, cet avis a été produit par le préfet de Seine-et-Marne dans le cadre de la présente instance.
8. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
10. Il résulte des dispositions qui viennent d'être citées que le préfet peut refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger si sa présence en France sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public quand bien même il remplit les conditions posées pour bénéficier d'un tel titre de séjour. Il en va ainsi, notamment, lorsque l'étranger se prévaut des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas commis d'erreur de droit en opposant, un motif tiré de ce que la présence en France de M. A C représente une menace pour l'ordre public à la demande de titre de séjour présentée par ce dernier. Dès lors que le préfet s'est borné à opposer un tel motif, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point 8.
11. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. A C est entré en France en 1998 et qu'il a bénéficié d'une carte de résident valable du 14 octobre 2003 au 13 octobre 2013. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a commis, depuis l'année 1999, des faits de vol, de vol avec violence ayant entrainé une interruption temporaire de travail inférieure et supérieure à huit jours, de vol avec violence ayant entrainé la mort, d'arrestation, d'enlèvement, de séquestration ou de détention arbitraire suivi d'une libération avant sept jours, de violence sur personne dépositaire de l'autorité publique violence ayant entrainé une interruption temporaire de travail inférieure et supérieure à huit jours et de conduite de véhicule sans permis et en état d'ivresse, dont certains ont été commis au cours de sa détention. Si M. A C se prévaut de ce qu'il n'a pas fait l'objet de nouvelle condamnation depuis 2013, il ressort des pièces du dossier qu'il est incarcéré depuis cette date. S'il fait état de réductions supplémentaires de peine traduisant un bon comportement en détention, ces décisions ont été prises au cours des années 2020 et 2021 et sont donc récentes à la date de la décision attaquée, alors que l'intéressé s'est vu infliger antérieurement plusieurs décisions de retrait de crédits de réduction de peine. Dans ces conditions, eu égard à la gravité des faits commis par M. A C et au caractère réitéré de faits de vols et de violence, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas entaché sa décision d'illégalité en considérant que le comportement du requérant représentait toujours une menace à l'ordre public à la date de sa décision.
12. En septième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Si l'intéressé se prévaut de la présence en France de sa famille de nationalité française, le livret de famille et le certificat de scolarité produits ne suffisent pas à établir la nature des liens qu'il entretient avec ses deux filles. En outre, les attestations produites par son frère et sa sœur ne suffisent pas à établir qu'il entretient avec eux des liens intenses, anciens et stables. Enfin, si M. A C se prévaut d'une promesse d'embauche en qualité de technicien fibre optique et soutient que la décision contestée le place dans une situation administrative et personnelle précaire, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait pas poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine, où il n'établit pas qu'il serait dépourvu de toute attache familiale. Dans ces conditions et compte tenu de la menace pour l'ordre public que représente la présence de M. A C sur le territoire français, la décision de refus de séjour en litige ne porte pas au droit de ce dernier au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
14. Enfin, en dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 13, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation à l'endroit du requérant.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A C doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A C.
Article 2 : La requête de M. A C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Marine Robin, conseillère,
Mme Héloïse Mathon, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La rapporteure,
M. Robin
Le président,
T. GallaudLa greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026